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Au Moyen Age, des chevaliers teutons massacrent un village entier de pestiférés et de paysans, qui semblent être au service des forces du mal. Une cathédrale est construite à l'emplacement où les habitants du village ont été enterrés, empêchant ainsi toute propagation du mal. De nos jours, les forces du mal se réveillent, pour tenter de se libérer de l'édifice.



L'AVIS :

Commençant avec des petits rôles chez Fulci ou chez Argento, Michele Soavi deviendra à son tour un réalisateur essentiel dans le cinéma d'horreur made in italie.
Ce qui ne l'empêchera pas de manquer le coche (de peu) avec "Sanctuaire", une petite déception qui n'a heureusement rien d'un ratage ou d'un immonde nanar comme certains réalisateurs savent si bien faire.

On peut s'étonner de ce fait, surtout quand on s'aperçoit que Dario Argento est à la production et au scénario et que les Goblins, Keith Emmerson (la B.O de "Inferno" c'est lui) ou encore Philip Glass dirige la B.O. Le maitre rital aurait-il prit trop de place dans le projet ? Sûrement.

Allez, attardons-nous sur ce film qui aurait dû s'appeler DEMONS 3 au départ mais qui, suite à l'abandon du projet par Lamberto Bava et avec le remaniement du scénario par Dario Argento et Franco Ferrini, s'est vu proposé à Michele Soavi.



Dès le début, Soavi nous plante en plein Moyen Age lors du massacre d'un village entier pratiqué par des chevaliers teutons, qui s'empresse par la suite d'entasser les corps dans un charnier qui ne tarde pas à reprendre vie !! Une belle introduction, respirant l'air d'une de barbarie typiquement Moyenâgeuse, recrée avec une grande crédibilité. Pour en revenir au charnier, un lieu saint doit être construit à l'emplacement même des corps ; un emplacement à présent maudit. 850 ans plus tard, une immense cathédrale a été construite sur le lieu en question, empêchant les forces du mal de se répandre dans notre monde. Suite au déplacement d'une croix empêchant de délivrer les forces du mal, les démons vont pouvoir doucement se réveiller.

C'est un bibliothécaire qui en fera d'abord les frais, possédé pour l'occasion, entamant lentement sa transformation et menaçant ainsi sa nouvelle compagne, Lisa (jouée par Barbara Cupisti, qu'on a déjà aperçu dans "Bloody Bird" puis "Dellamorte Dellamore", mais aussi dans "L'éventreur de New York" et "Opéra"). Mais lors d'une crise de folie, le sacristain de l'église déclenche un mécanisme refermant les portes de l'édifice, empêchant les paroissiens de partir, et bloquant les forces du mal dans l'église, qui vont à présent se déchaîner. Il faudra d'ailleurs attendre la mort du Sacristain pour que le spectateur sorte un peu de sa torpeur, et cela à cause d'une première partie peu passionnante. Même l'enquête autour du lieu n'a rien de motivant, avec en sus cette vilaine impression de tout savoir avant la plupart des protagonistes. Feodor Chaliapin (incarnant l'architecte Varelli dans "Inferno") retrouve son rôle de moine blafard et squelettique présent dans "Le nom de la rose", et emprunte au final le même jeu.



"Sanctuaire" dégage une impression vague et déstructurée, parfois déconcertante, puisque Soavi se focalise peu sur ses personnages (eux aussi peu fouillés pour ne pas dire pratiquement pas) qui sont même souvent là pour jouer les victimes. Pas de héros à proprement parler, c'est audacieux et bizarre à la fois. Le bibliothécaire se transforme en démon, le flic tente de percer le mystère de la cathédrale, la jolie artiste traverse la deuxième partie comme un fantôme alors que la première partie lui prêtait une certaine attention et la fille du sacristain assiste aux événements, hébétée. Soavi passe de l'un à l'autre avec une certaine mollesse, sans qu'on s'accroche véritablement à l'un d'eux.

Même le concept du film aurait dû aller plus loin, et Soavi préfère enchaîner les scènes avec la puissance d'un escargot. Les éclats horrifiques n'y changent rien, le film décolle parfois mais manque de consistance. Parmi les acteurs on distinguera la très jeune Asia Argento (qu'on avait déjà aperçu dans "Demons 2"), à peine âgée de 14 ans. Aussi talentueuse soit-elle maintenant, il est difficile de la supporter ici, rappelant plus un pénible mélange de "Zazie dans le métro" et de Sophie Marceau dans "La boom", que la provocatrice qu'elle est de nos jours.

Soavi évite tant bien que mal d'être involontairement drôle comme ses comparses bisseux mais il sera bien difficile de ne pas esquisser un sourire lorsqu'on voit ce couple s'enfoncer un peu trop dans les galeries souterraines, jusqu'à ce que l'un des deux tourtereaux se prenne un train de plein fouet ou quand une maîtresse d'école se fait sauvagement empaler devant d'autres protagonistes décidément peu concernés.



Soavi reprend même deux scènes tirées de "Rosemary's Baby" et de "Poltergeist", à savoir l'accouplement avec le démon pour l'un, et le visage arraché devant le miroir pour l'autre. Et malgré tout ça, "Sanctuaire" s'en sort avec quelques qualités, surtout techniques, visuelles et sonores.

Car visuellement, le film est un véritable bijoux, balançant à la face du spectateur de splendides images comme ce prêtre empalé sous une pluie battante, ce beau démon cornu s'accouplant avec l'une des protagonistes, cet amas de corps boueux et rougeoyant qu'on croirait sortir d'une peinture de Bosch ou encore un démon ailé fricotant lui aussi avec une donzelle dévêtue (image très marquante qui sera reprise par le peintre Boris Vallejo).

Le gore a bien évidemment sa place avec, au programme: suicide au marteau piqueur, arrachage de tripes, victime empalée contre un mur à l'aide une grille pointue… La bande sonore possède également une aura mystérieuse qui restitue à la perfection l'atmosphère de la cathédrale, et même avec une rare puissance. Rien de parfait dans ce "Sanctuaire" là mais on peut y trouver de magnifiques restes, bien plus beaux que la plupart des productions horrifiques italiennes de l'époque.

A noter la présence du sympathique Giovanni Lombardo Radice au casting.

SANCTUAIRE débarque chez Le Chat qui Fume et, ça devient répétitif de le dire à chaque fois, l'éditeur a encore fait un travail remarquable avec ce magnifique combo DVD / BR. Rien que le fourreau et le digipack trois volets est de toute beauté. Au niveau des bonus, c'est à nouveau la panacée puisqu'on trouve de nombreux modules présentés par les stars du film : l'actrice Asia Argento, le maquilleur Franco Casagni, l'acteur Giovanni Lombardo Radice (excellent, avec des répliques à se pisser dessus!), le responsable du design Massimo Antonello Geleng ou bien encore le scénariste Franco Ferrini viennent nous livrer moults informations et souvenirs sur le tournage du film et sa création. Cerise sur le gâteau, même Michele Soavi est présent pour nous en dire plus sur son film. Si SANCTUAIRE, en tant que film, ne ralliera pas tous les fans de cinéma de genre à sa cause, nul doute que son édition DVD-BR le fera au vu de la qualité du travail fourni !