RDV SUR FACEBOOK



CONNEXION



Votre note: -
Moyenne: 4
(2 votes)
"Body piercing, sexe lesbien, démembrements, ces choses qui ont fait le succès de Shakespeare !" Et pour nous servir ce concentré de littérature, Lloyd Kaufman retourne derrière la caméra. Une véritable leçon de cinéma underground. Roméo aime Juliette et Juliette aime Roméo. Seulement les deux amants appartiennent à des familles rivales, rendant leur amour imp… MERDE !! L'histoire se déroule à Manhattan, parmi les dealers, les drogués, les punks et les tatoueurs. Troméo est un glandeur de première dont la seule préoccupation est d'aller massacrer les raves des Capulets, accompagné de son fidèle ami! Cette haine envers la famille Capulet provient du rachat abusif de la compagnie de films pornographique qui appartenait au père de Troméo, Monty Q (prononcer monti kïou). Un soir lorsque les deux larrons pratiquent leur passe temps favori, Troméo rencontre Juliet. Il tombe amoureux sans le savoir de la fille de l'homme qui a ruiné son père. Mais Juliet est destiné à un sombre crétin, président d'une entreprise de boucherie alors qu'elle est végétarienne. Ce mariage arrangé permettrait au père de Juliet de devenir un homme très puissant, à la tête du duo de produit idéal : viande et porno. Mais l'amour en ressort toujours vainqueur… non ?



Il fallait oser, Troma l'a fait, transposer l'histoire d'amour la plus célèbre du monde, dans un Manhattan crasseux et violent. Faire d'une l'œuvre littéraire symbole planétaire du pouvoir de l'amour, un monument du Trash.
Ici, les frasques sentimentalo-mielleuse de Roméo+Juliette sont bien loin, l'affront à Shakespeare est donc lavé.

De fait l'histoire de Roméo et Juliette ainsi actualisée est fort fidèle à la version originale. Autres temps, autres mœurs, mais si l'action se déroule au XXème siècle, l'époque n'est pas la seule donnée qui a été adaptée. En effet ici le milieu petit-bourgeois a été remplacé par la middle-class américaine, c'est pourquoi ici drogués, lesbiennes et excités en tous genres se côtoient en un joyeux bordel. En outre Troméo comme Juliet correspondent vraiment à des stéréotypes d'une jeunesse désenchantée et leur découverte de l'Amour ne manque pas de pertinence. L'intention du Roméo et Juliette de Shakespeare sous-tend ainsi tout le métrage, jusque dans les personnages.



Un autre point qui permet à ce Troméo & Juliet de coller à l'œuvre de Shakespeare, le film est entièrement dialogué en vers. Certes le langage est celui des rues de Manhattan, mais cette particularité des pièces de Théâtres de l'époque est respectée. Et il faut dire que la scène où les sbires de Monty Q et les Capulets s'insultent tout en rimes, est vraiment monumentale… Les rimes sont plutôt riches et confèrent au film un aspect encore plus décalé, voir même déviant!

Si le matériau original estampillé Shakespeare est bien présent, il est toutefois accommodé à la sauce Troma. L'humour trash est omniprésent, les rebondissements délurés et le gore ont donc ici aussi la part belle.
Troméo et Juliet ne s'adresse ainsi pas à tout public (confère la scène avec le pénis monster). La décadence demeure l'élément essentiel et habille le métrage de la première à la dernière minute, corsant fortement le Roméo et Juliette original. Les meurtres sont sanglants et le comportement des personnages complètement ahurissants. Un peu comme si tous étaient sous l'emprise de diverses drogues (certains sont surexcités, d'autres ramollis au possible).



La bande son Rock'n'Roll est parfaitement en harmonie avec l'image et rythme sauvagement les péripéties de Troméo et Juliet… Particulièrement le morceau Sacrifice, de MotörHead, très propice à une action rapide et délirante !

Malgré sa réalisation datant de 1996, le métrage fait très "old school" tant par le grain de l'image que par la musique utilisée. Un Troma dans la plus pure tradition.



En clair, une réussite sur (quasiment) toute la ligne qui ne déplaira qu'aux puristes qui pensent que l'oeuvre Shakespeare ne peut être adaptée, ni dans le temps ni dans le milieu social. On pourra toutefois lui reprocher un certain manque de tranchant au niveau des effets sonores, mais rien de très handicapant.

Encore un classique signé Troma ! Un film que vous devez avoir vu et posséder dans votre DVDthèque. Certes pas le meilleurs métrage de la firme (on lui préfèrera les "Toxic avenger" ou "Mother's Day"), mais un échantillon représentatif de ce qu'elle est capable de faire de mieux.