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Réalisation
René Manzor

Scénariste
René Manzor

Date de sortie
1990

Genre
survival

Tagline


Cast
Louis Ducreux
Patrick Floersheim
Brigitte Fossey & François-Eric Gendron


Pays
France

Production


Musique
Jean Félix Lalanne

Effets spéciaux



Votre note: -
Moyenne: 4
(16 votes)
Le petit Thomas est un enfant comblé : des milliers de jouets, une mère parfaite, un grand-père adorable, un chien fidèle, beaucoup de malice et un immense château lui servant de foyer. Pour le moment, la fête de Noël bat son plein : la mère de Thomas se rend sur son lieu de travail, à savoir de grandes galleries marchandes grouillantes de monde. Elle cause malheureusement la colère d'un Père Noël licencié particulièrement agressif, qui se rend dans sa demeure pour terroriser son jeune fils, auquel il avait fixé un rendez-vous par Minitel quelques heures auparavant. Rêvant de capturer le Père Noël, Thomas attend sagement l'arrivée de sa proie. Mais il ne sait pas qu'à l'autre bout de la cheminée, c'est un psychopathe grimé en Père Noël qui l'attend…



L'AVIS :

Rien ne laissait présager que "36-15 code père noel" allait devenir l'un des meilleurs films horrifico-fantastiques français des années 90. Un flop pourtant au box-office, doublé d'un rejet de la critique. Rejet et flop assurément incompréhensibles quand on découvre avec stupéfaction ce petit chef-d'œuvre de noirceur.

Il sera difficile cependant de se laisser tenter par un film signé René Manzor, qui a également oeuvré pour l'univers du fantastique français avec le moyen "Le passage" (Alain Delon surjoue, Lalanne chante, l'horreur quoi !) et de l'infâme "Un amour de sorcière". Manzor cherche avant tout à coller à un style digne du cinéma ricain, et prouver par la même occasion que les frenchies aussi peuvent s'en sortir dans le genre fantastique/gros budget.

René Manzor est donc loin d'être un immonde tâcheron du cinéma, et son goût pour le fantastique torturé fait bien souvent plaisir à voir (on trouvait déjà de beaux moments de fantastique dans "Le passage" par exemple).



En quelques mots, "36-15 code père noël" est la rencontre impensable entre "Maman j'ai raté l'avion", les films "Die Hard" et "Halloween, La nuit des masques". Cocktail infect ? Non et au contraire même…
Depuis "Shining", on a rarement vu une aussi bonne utilisation de l'espace et de son décor principal, en l'occurrence une gigantesque demeure (on dira carrément "château"), au style gothique appuyé et à laquelle ressemble beaucoup l'hôtel Overlook dans le film de Kubrick.

Mais à la différence de "Shining", Manzor préfère faire évoluer son héros dans des couloirs étroits et obscurs, à l'inverse des couloirs lumineux et spacieux de "Shining". L'obscurité quasi-totale : sans doute l'une des plus grandes peurs des bambins, à laquelle va goûter pendant longtemps le pauvre Thomas. Seulement, il n'y a pas que le noir qui risque de lui flanquer la pétoche…

Le travail sur les décors est accompagné par des éclairages bleutés et froid superbes, et d'une bande sonore versant dans la mélancolie (la chanson de Bonnie Tyler a beau parler de Noël, c'est bien triste quand même, surtout si on la remet dans le contexte de la scène où elle est utilisée), le merveilleux, et rapidement dans le tonitruant et dans la nervosité.



Pas de gore dans le film de Manzor (ça rime en plus), les seuls meurtres étant victimes d'une efficace ellipse, mais un long affrontement brutal et tendu entre le mioche innocent et le clochard dégénéré. Une rencontre inhabituelle, qui fait mal, qui angoisse. Thomas a certes le cerveau d'un petit génie, il croit toujours au Père Noël et s'entraîne à simuler des poursuites avec son toutou préféré dans les dédales du château. Son endroit préféré ? Une grotte remplie à rabords de jouets de toutes sortes, où trône un beau/faux avion dans lequel le jeune garçon se repose. De cette image marquante, Manzor pointe sans doute du doigt l'état d'esprit de Thomas pendant son implacable duel : il reste par moment solide et combat sans relâche (l'avion), mais reste tout de même un enfant (la mare de peluche jonchant le sol et entourant l'engin).

La mise en scène a du punch, elle captive, la tension est formidablement mise en place, et le comportement de Thomas est surtout très crédible : pas de punchlines idiotes lorsqu'il tend un piège au tueur, ou de franches rigolades lorsque celui-ci s'en prend plein la gueule, non rien de tout ça. Thomas devra mener sa bataille dans les larmes et le sang, dévoré par un très récent chagrin (l'assassinat monstrueux de son brave compagnon canin), en titubant, en serrant les dents et les poings. Le look de mini-Rambo n'y est pas pour rien, le film se transforme instantanément en Survival.



La corruption du personnage de Santa Claus n'est pas nouvelle du tout ("Christmas Evil" ou la saga "Douce nuit sanglante nuit" avaient déjà préparé le terrain) mais Manzor en offre la meilleure à ce jour : les symboles construisant le véritable Père Noël sont littéralement détruits (gentillesse = méchanceté, sécurité et chaleur = inquiétude et froideur, acte de générosité = acte de monstruosité…), c'est le croquemitaine qui transparaît à la place, quand le donneur de cadeaux devient le monstre nourrissant les peurs et livrant punitions et malheurs. Noël est brisé, et cette image du snowglobe écrasé par un camion poubelle (?!?) le dévoile subtilement.

Patrick Floersheim incarne à la perfection cette image tétanisante du Père Noël assassin, inoffensif au départ (quoique le secret reste entier) mais en proie à une certaine paranoïa l'incitant à croire qu'il est rejeté systématiquement par les enfants (l'intro dans la rue enneigée), et qui va définitivement prendre forme lorsqu'il frappe cette petite fille trop curieuse. Pas de pitié, on découvre avec horreur qu'il ira jusqu'au bout de sa cruelle mission. Cette situation atroce pour le petit Thomas contraste avec un esthétisme pas vraiment loin du conte de fées (ou du conte de Noël), avec sa forêt tortueuse et enneigée, ses boutiques pimpantes fêtant en grandes pompes le 24 décembre, son château…

Rien à redire, voila un très beau morceau de fantastique et de frissons à la française, où les terreurs de l'enfance rejoignent la beauté féerique de Noël.

Disponible en combo DVD/BR chez LE CHAT QUI FUME. Master HD de toute beauté qui rend justice au travail d'orfèvre de René Manzor. Niveau bonus, comme d'habitude, c'est l'exhaustivité, avec notamment un entretien passionnant avec René Manzor de 88 minutes, le commentaire audio du réalisateur, le clip de Bonnie Tyler, un court-métrage de René Manzor, un comparatif film/storyboard, une galerie photo, un module "L’enfance de l’art avec Alain Musy" et bien d'autres choses encore. Une édition définitive pour ce très beau film.






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36-15 CODE PERE-NOEL