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SANG POUR SANG 80S PARTIE 1 , un dossier de Jérémie Marchetti

 

Aucune liste (ne cherchez pas : AUCUNE) n'est exhaustive, celle-ci ne déroge pas à la règle : reste le souci d'avoir cherché à la rendre la plus complète possible, et espérons que ce but là est au moins atteint. Le principe ? Voyez des titres comme Hellraiser, Conan le Barbare, L'emprise, Vendredi 13, Les griffes de la nuit, Electric Dreams, SOS fantômes, L'au delà, Baby Blood, Poltergeist, Histoire de fantômes chinois, Dark Crystal, Aux frontières de l'aube, sans parler des partouzes organiques de Society, du vilain chien philosophe de Baxter, de l'imperturbable soif de connaissance de Herbert West dans Re-Animator, des possédés hystériques d'Evil Dead : tous ceux-à ont fait indiscutablement le cinéma fantastique et d'horreur des années 80. Et les traces qu'ils ont laissé, aussi bien chez le grand public que chez la communauté des fantasticophiles, est encore perceptible aujourd'hui..

Mais qu'en est-il de leurs rejetons ? De tous ses films qui tentaient de les imiter, ou non, de se démarquer, de se frayer un chemin dans le coeur d'un public avide de sensations fortes ? Échec commercial et critique, mauvaise distribution, incompréhension : avec du retard, espérons que ceux-là trouveront leur public à nouveau dans la communauté des fans du genre. De la série B du samedi soir, au nanar jouissif, en passant par les chefs d'œuvres obscurs et des inédits de taille ; nostalgie et découverte sont au rendez-vous, histoire de se remémorer également ses grands écarts télévisuels que furent Canal + ou la défunte Cinq.
Question hiérarchie, la qualité des films n'est évidemment pas la même du premier au dernier film ; c'est la logique décroissante qui l'emporte.
Enjoy & Die !

 

 

Fondu au Noir (1981) Vernon Zimmerman: Le fan
Difficile en temps que cinéphile de ne pas être durablement touché par la folie furieuse qui agite le frêle Eric, dont la passion pour le cinéma reste définitivement incomprise aux yeux de ses proches, ne faisant que lui marcher dessus à longueur de journée. A la manière de ses potes de cinoche Carrie, Willard ou May, le jeune garçon se révolte par le biais de sa passion, d'un "don" : ici la cinéphilie. A lui de perdre pied en se dissimulant dans moults costumes et masques qu'il enfile pour imiter de grandes stars et rejouer à loisir les scènes de ses films préférés, et ainsi faire le nettoyage par le vide en éliminant les gêneurs (dont un Mickey rourke inconnu dans un rôle de grande gueule). Encore un de ces splendides films faisant d'Hollywood cette cité de rêves et (surtout) de cauchemars, pour une escalade meurtrière poignante et grinçante à souhait. Fondu au noir a tout d'un petit classique.

 

 

Prison de Cristal (1987) Agusti Villaronga : Le chant des enfants morts
Il aura fallu un certain temps avant le film coup de poing de Villalonga ne débarque chez nous, par l'intermédiaire de l'éditeur Optimal, alors orienté vers le cinéma gay. Ceux qui pensent y découvrir un thriller érotique quelque peu ambigu et vaguement sulfureux vont vite prendre leurs jambes à leur cou..
Au fin fond de l'Espagne franquiste, un ancien médecin nazi continue à violer et torturer impunément des adolescents dans un manoir perdu en Catalogne. Après une tentative de suicide, l'homme se retrouve paralysé dans un immense poumon de fer : malgré les réticences de sa femme, il accepte l'aide d'un jeune inconnu, alors fort bien renseigné sur ses agissements passés. Eros et Thanatos s'entrecroisent dans un huis-clos nauséeux parfaitement dérangeant, faisant s'entrechoquer le Pasolini de "Salò" et l'onirisme ténébreux d'Argento. Poésie fiévreuse, décors expressionnistes et jusqu'au boutisme prononcé : on vous aura prévenu...

  

 
 

Laurin (1989) Robert Sigl / The Magic Toyshop (1987) David Wheatley : Innocence [INÉDIT]
Malgré son "jeune" âge, "Laurin" semble avoir été réalisé en plein coeur des années 70 : on se laisse baisser bercer par sa langueur affirmée, par ses images blafardes, son ambiance suavement gothique. Suivant la route toute tracée de "Valerie au pays des merveilles" et autre "Lemora", "Laurin" appuie moins sur le champignon du surréalisme et des effets chocs, tout en jouant à merveille avec cette inévitable "inquiétante étrangeté". Et ce n'est plus de créatures surnaturelles et sensuelles dont il est question ici, mais de monstres bien réels, en l'occurrence ici un tueur d'enfant. Le cadre, chargé de vapeurs inquiétantes, joue la carte de l'irréel. Il en émane une angoisse sourde et une beauté spectrale toute particulière, jusque dans le regard magique et plein d'espoir de la petite Dóra Szinetár. Tout aussi invisible dans nos contrées, "The magic toyshop" se présente comme la seconde adaptation cinématographique d'Angela Carter après "La compagnie des loups" : écrasé par l'ombre du chef d'oeuvre de Jordan, le film ne dépareille pas face à son homologue, opposant les grandes forêts obscures à un huis-clos dans une fabrique de jouets magiques. Découverte de la sexualité (plus franche encore que chez Jordan), onirisme grandiloquent, magie vénéneuse, lyrisme appuyé : une douce réussite qu'il nous tarde de (re)voir en dvd.

 

 

Spider Labyrinth (1988) Gianfranco Giagni: La vilaine bête [INÉDIT]
La confirmation est faite, il n'y a pas eu que des nanars au pays de Fellini en cette fin des 80's...ou en tout cas, la trop grande majorité a laissé peu de chances aux débutants de placer leur produit. Si le cas Soavi est largement renommé, celui de Giagni est un mystère complet. Son thriller horrifique, totalement inconnu du grand public comme des cinéphiles, nous embarque sur les chemins d'une secte arachnéenne établie dans une inquiétante ville d'Europe de l'Est, auquel va se frotter un jeune professeur à la recherche de mystérieuses tablettes. C'est tout le cinéma d'Argento et de Pupi Avati qui est convoqué, au fil de machination morbide, d'assassinats sauvages, d'érotisme sulfureux, et de fantaisies grand-guignolesques éclatant lors d'un final aussi grotesque que too much ; et "Spider Labyrinth" ne fait pas qu'accumuler les références, il annonce même les débordements d'Hiruko the Goblin (Sergio Stivaletti a dû s'amuser) et certains éléments de "La neuvième porte". Rien que ça....
On oubliera pas de sitôt cette femme araignée grognant et serrant les crocs, harpie rougeoyante vêtue de noir ne laissant aucune chance à ses victimes. La séquence où elle course une jolie fille apeurée dans un labyrinthe de draps durant d'une nuit d'orage place directement Giagni en tête des dignes successeurs du grand Dario. Il ne fait pas de doute qu'on aurait préféré que ce "Il nido del ragno" soit le troisième volet de la trilogie des mères...

  

 
 

Threads (1984) Mick Jackson /Lettres d'un homme mort (1986) Konstantin Lopushansky : Nofuture [INÉDIT]
Face au très sobre "Testament" et au très dépassé "Le jour d'après", threads emporte tout. Et pour cause, le lien entre ces trois oeuvres est leur thème et leur histoire : que ce serait-il passé si la bombe nucléaire nous serait tombé sur la gueule dans les eighties ? Anglais pur souche, "Threads" s'impose comme le digne successeur de "La bombe" de Waitkins, faux documentaire électrisant ayant fait son apparition au cours des sixties. Tous partagent le fait qu'ils aient été tourné pour la télévision. Une autre époque...
Le schéma est simple (on installe quelques personnages, la menace prend place, puis on fait tout péter), le résultat lui, est d'une crudité et d'un réalisme confinant au malaise absolu. Jamais on aurait cru autant trembler devant ces corps calcinés, ces immeubles balayés d'un souffle jauni, ce catalogue de chairs brûlées et écharpées. Des images qui font mal et qui restent (une femme au regard halluciné tenant son enfant cramé dans les bras, un couple agonisant dans leur propre maison, un cordon ombilical arraché avec les dents...) pour un spectacle sans concession, sans fioritures, sans espoir.
Même constat pour "Lettre d'un homme mort" présenté à Avoriaz en 1987, avant de disparaître dans les limbes d'une distribution hasardeuse. Le nucléaire est une fois de plus passé par là : dehors, tout n'est que ruines et cadavres en décomposition, silhouettes décharnées parées de masques à gaz, machines fortifiées foulant le sol et l'eau ; à l'intérieur des maisons, on se tait, on se meurt...ou on tente de se guérir en vain. On creuse des tombes au beau milieu de ce qui fut des salons, on s'enfonce dans des bunkers crapoteux, on cherche une solution...un homme, ancien prix Nobel, écrit à son fils, persuadé que celui-ci est encore vivant. Des images difficiles et sinistres, quelque part entre le noir et blanc glacé et un sépia trépassé : la vision du grand boom y est superbe, et le passage par un hôpital de grands brûlés risquent de donner des sueurs froides aux non avertis. Une autre manière d'appréhender la guerre froide, loin des sirènes d'Hollywood...

 

 

Parents (1989) Bob Balaban : On n'a pas fini de vous faire aimer la viande
Avec ses tableaux à la Norman Rockwell, son score tagada tsoin tsoin, et ses couleurs pastels, "Parents" vous chatouille les sens; vous fait frétiller les naseaux, vous flatte l'oeil. Dans "Blue Velvet", dont "Parents" est le lointain cousin, l'herbe tendre cachait des magmas d'insectes moribonds; ici, la cave à vin respire la viande fraîche, mais pas n'importe laquelle...
Ce qui nous donne une épatante comédie noire où un gamin à la limite de l'autisme découvre le passe-temps et les préférences culinaires fort curieuses de ses parents (Randy Quaid n'aura jamais été aussi inquiétant). Classieux et fulgurant : un film qui vous apprendra à vous méfier des voisins...et de votre assiette !

 

 

Appel d'Urgence (1987) Steve de Jarnatt : 72 minutes chrono
On connaît le post-nuke, par contre on connaît moins le prè-nuke !! Voilà ce que représente un peu ce Miracle Mile, sorte de roman à l'eau de rose escamoté par une poignée de missiles nucléaires. Ainsi, suite à une panne d'electricité, le brave Harry arrive très en retard à son rencard (avec la très laide Mary Winningham, oui ben on peut pas tout avoir !) : par (mal)chance, le garçon reçoit un coup de fil alarmiste depuis une cabine téléphonique, où un scientifique lui annonce la destruction entière de L.A dans 1h10 précisément. Info ou Intox ? Sur ce suspens délirant, Steve de Jarnatt ("Cherry 2000" !) installe avec sûreté un chaos de plus en plus incontrôlable. Il s'en dégage un parfum de rêve bousculé, de folie à la fois crépusculaire et planante. A ce qu'on ajoutera la belle musique synthé de Tangerine Dream et une galerie de personnages farfelus, dont le baraqué Brian Thompson en culturiste gay ! Une love story sur fond de fin de civilisation, c'est quand même autre chose...

 

 

Baiser Macabre (1980) Lamberto Bava : Le frigo de la peur
Symbole durable et pittoresque du bis rital borderline, Lamberto Bava a eu ses fulgurantes durant les funestes 80's, plus au détour de certaines séquences, que de films entiers (constat amère certes). Et pourtant, tout semblait annoncer un futur prodigieux dès le premier film du fiston, dont le style s'apparente tout sauf à l'univers de Bava père.
L'influence de Pupi Avati, ici scénariste, y est immense; composant alors l'un des huis clos les plus immoral et malsain qu'on est pu voir au cinéma : dans un manoir décrépît s'affronte une petite fille sadique, une veuve esseulée cachant un terrible secret, un aveugle qui en sait trop et...un frigo ! Bava junior brise les tabous (nécrophilie et infanticide) avec brutalité, dans une tragédie aux décors étouffants, aux sonorités maladives et au final extrême. Mémorable, jusque dans son ultime image, traumatisante et grotesque à souhait.

 

 

Montclare, au rendez-vous de l'horreur (1982) Tony Williams : psychose House
"Next of Kin" n'a rien d'un giallo, et pourtant, l'ombre d'un certain Dario Argento semble y planer : sans doute parce que le style de Williams frappe, sans pourtant se sentir écraser par cette référence (voulue...ou pas). Avec le temps, le film s'est imposé comme une petite référence dans le domaine de l'ozploitation (le cinéma d'exploitation australien) : plus qu'un simple thriller horrifique, c'est une bombe à retardement. Il ne se passe alors pas grand chose dans cette grande maison de retraite lugubre d'on hérite la très attachante Linda, où les pires secrets restent tapîent dans les ténèbres, prêts à bondir. Mais le spectateur lui, craint, s'identifiant à une héroïne tâtonnant elle aussi dans le mystère : cadavre blafard perçant l'obscurité, ballon rouge, fontaine de sang, ombres menaçantes...jusqu'au dénouement explosif, avec un ralenti en plongée totalement hallucinatoire et irréel. Terrassant.

 

 

Dressé pour Tuer (1986) Samuel Fuller : Dog Bites
Si "Cujo" se posait en huis clos spectaculaire (qu'il s'agisse du livre ou du film), jamais il ne prétendait à autre chose. En fin de parcours, Fuller s'intéresse lui toujours plus à la nature destructrice de l'homme et de sa bêtise galopante, mais en mettant un splendide berger allemand sur les devants de la scène pour mieux catalyser la part obscure de l'humain. Quand une jeune actrice recueille l'animal dans les collines de L.A, elle apprendra bien trop tard que celui-ci a suivi un entraînement visant à le faire attaquer uniquement des personnes de couleur noire. Dur...
La bataille pour rendre le toutou inoffensif ne se fera pas sans mal et le constat est glaçant : la bête fait trembler, mais l'homme davantage.

 

 

A la limite du cauchemar (1983) William Asher : Tata Yoyo
Une belle occasion d'offrir un premier rôle à l'incroyable Susann Tyrell, dont la figure grimaçante (et sous employée) fait des miracles partout où elle passe...ou un carnage comme dans le cas présent. Vouant une obsession quasi-incestueuse pour son neveu, une vieille fille sans enfant bute les parents du gosse (l'accident de voiture ouvrant le film ne vous donnera certainement pas envie de toucher le volant avant une bonne semaine) et le récupère, le chouchoutant des années durant, jusqu'au jour ou l'éphèbe crie à l'indépendance. Et forcement, ça passe mal...
On reste bouche bée devant cette boule de tendresse malsaine, de haine, et de nymphomanie refoulée, à quelques foulées de la Piper Laurie de Carrie, sortant alors couteau de boucher et machette quand la raison se barre fissa. Des choix audacieux (outre le personnage de la tantine, le représentant des forces de l'ordre est une ordure homophobe menaçant régulièrement le héros) et une violence graphique relativement poussée pour une oeuvre infiniment dérangeante et réussie.

 

 

Zeder (1983) Pupi Avati : La terre des Morts
Si on pourrait reprocher mollement à Pupi Avati de reprendre la même structure pour ses films horrifiques, on ne peut pas lui en vouloir de les réussir quoiqu'il en est. C'est le cas de ce " Zeder " adoptant un schéma identique à La maison aux fenêtres qui rient (un mystère, un homme et sa compagne, une bâtisse étrange) mais y injectant davantage de surnaturel. On est ici sur les terres des spectres et des âmes revanchardes, dans une longue enquête à la fois trouble et passionnante au dénouement proprement terrifiant. Avati réussit une fois de plus à merveille à tirer tout le malaise de ses édifices maladifs à souhait et à apporter des idées aussi perturbantes qu'étranges (la caméra fixée dans le cercueil d'un mort). Mieux encore : il semblerait que le célèbre roman d'un célèbre romancier (Stephen King, pour ne pas le citer) lui doit son thème principal...et son épilogue ! Mais chut chut...

 

 

Quelque Part dans le Temps (1980) Jeannot Szwarc : Les amants intemporels
Le cinéma fantastique, ce n'est pas seulement des monstres qui gargouillent du bide, des malédictions ancestrales, des fantôches flippants ou des mutants en mal de chair fraîche : la délicatesse, au pays de l'imaginaire indomptable, ça existe aussi ! Jeannot Szwarc (à qui l'on doit le second opus des "Dents de la mer", "Les insectes de feu" ou encore "Supergirl") l'avait bien compris en adaptant "Le jeune homme, la mort et le temps" de Richard Matheson : obsédé par un actrice qu'il n'a jamais connu - du moins semble t-il - un homme a recours à l'auto-hypnose pour revenir au début du siècle dernier et ainsi la retrouver ! Voyager le temps par amour : voilà qui chasse toute explication science-fictionnelle pour ainsi mieux apporter des considérations plus poétiques. Le couple Christopher Reeve/Jane Seymour resplendit et la musique de John Barry semble nous transporter ailleurs ; sous son superbe écrin, "Quelque part dans le temps" a la magie cristalline des jours pluvieux baignés de soleil et la mélancolie inconsolable de ces rêves auquel on vous arrache. Allons d'ailleurs droit au but : il s'agit sans nul doute de l'une des plus belles histoires d'amour du cinéma. Manque de pot, celle-là a raté sa vocation de classique...

 

 

Paperhouse (1987) Bernard Rose : Dessine moi une maison
Dans la vague "onirique" dans laquelle ont été saisi les 80's, Bernard Rose ("Candyman", c'est bien lui) a su composer l'œuvre la plus originale et la plus effrayante de toute, sans pour autant s'embarrasser d'un quelconque baratin psy (c'est lui qui le dit en tout cas). Portrait juste et sans fioritures d'une gamine pas franchement sage, "Paperhouse" capte avec peu de moyens toute l'inquiétude et la profonde terreur, mais aussi la merveille, du monde des rêves. Ici, l'héroïne se découvre le don de construire son rêve à loisir, à partir d'un banal dessin. Mais caprices et indécisions lui feront rapidement redescendre de son pied d'estal. Mélancolique et pertinent (ah les envolées de Hanz Zimmer) quand il touche à la relation de deux gosses se découvrant petit à petit, gravement flippant lorsqu'il fait rentrer en jeu la figure du croque-mitaine, "Paperhouse" frappe par la beauté surréaliste de ses images, et touche le coeur au plus profond. Fabuleux.

 

 

High Spirits (1988) Neil Jordan : A réveiller les morts
Quand Neil Jordan s'essaye au vaudeville tendance ectoplasme écossais, on tire la gueule. Et pourtant, pas de quoi : un casting épatant, un budget conséquent (on a rarement un aussi beau château hanté ; merci Anton Furst !), des fx superbes (belle variété de spectres : d'entités volantes, en passant par un théâtre de carton pâte doué de vie ou des morts-vivants !), un rythme parfaitement soutenu. Mais mieux encore, ce joyeux bordel ou de véritables fantômes investissent un domaine transformé en attrape touristes à base de faux fantômes, bénéficie d'une atmosphère jamais vu, enivrante et pleins de charmes ténébreux. Et Daryl Hannah en belle fantômette, ça vaut le coup d'oeil ! Dommage qu'une partie du film, jugée trop sombre, soit restée (et restera) dans certains tiroirs poussiéreux...

 

 

L'enfant Miroir (1989) Philip Ridley : Le garçon et la mort
Hors du temps, hors des modes, hors de la réalité...c'est un peu comme ça dans le film du prodigue Philip Ridley (c'est quand tu veux un nouveau film !) : on se perd dans champs de blés s'étalant à l'infini, on croise des formes étranges sur la route, on ne fait qu'inhaler des vapeurs de bois, de rouille et d'essence. Gamin turbulent, trop influencé par ses livres d'épouvante, Seth est persuadé que sa voisine est une vampire. Mais sa situation familiale houleuse, son décorum morbide et son imagination débordante le mèneront à la tragédie. D'un script malsain et bouleversant, Ridley tire un petit chef d'oeuvre au lyrisme sauvage, dans une "American Gothic" hantée par des tueurs d'enfants et des figures brisées par la vie (dont un Viggo Mortensen déjà fort charismatique), et évoquant dans ses lubies aussi bien "Twin Peaks" que "La nuit du chasseur". Juste incroyable.

 

 

La Foire des Ténèbres (1983) Jack Clayton : Luna Park
On se souvient plus du film de Jack Clayton (réalisateur des "Innocents", et c'est pas rien) pour ce qu'il représente (la seule production Disney interdite aux moins de 13 ans !!) que pour sa nature même. Triste...
Une genèse peu glorieuse alors pour l'adaptation du grand inspirateur de "Bazaar" (on remercie Bradbury monsieur King !), entre son remontage visant à leur rendre plus spectaculaire, ses fx passés à la trappe (dont de la 3D post-Tron), son score de Delerue mis sur la touche (celui de James Horner fait quand même son petit effet) ; ce qui nous donne une oeuvre hybride (trop flippant pour les enfants, pas assez pour les adultes), mais d'une classe folle (son cadre rétro), au charme naïf et à l'atmosphère foncièrement inquiétante. Ce pandémonium maléfique et ses méfaits tenaces (dont une belle invasion de tarentules) ont quelque chose qui titille le gosse effrayé au fond de nous. Et ça, on aime !

 

 

Mort un Dimanche de Pluie (1986) Joel Santoni : Au coeur de la nuit
Au milieu de téléfilms et de comédies lambda, "Mort un dimanche de pluie" c'est un peu un orage sur un trop joli jardin dans une filmo comme celle de Santoni. Ce même orage par lequel commence le film, s'abattant sur une maison bourge et design perdue en rase campagne. Et ce soir là, un crochet surgit des ténèbres vient déchirer une bâche en plastique protégeant une partie du salon ; maman et fifiille ne sont pas rassurées, et nous non plus. Ambiance...
Dans son malaise diffus et parfois insoutenable, "Mort un dimanche de pluie" évoque par instant un "Funny Games" avant l'heure...la revendication sociale en plus. Ce ne sont pas des serial killers dénués de mobiles ici, mais des clochards bien décidés à ruiner la vie de celui qui à briser la leur sans le savoir. Jean-Pierre Bisson et Dominique Lavanant (!!) sont des monstres de cruauté et de sadisme et ceci, malgré le fait que leur vengeance soit tout à fait justifiée. Des échappées malsaines bien françaises (une tentative de castration ou Bacri retrouvant sa fille ligotée nue dans la cave !) et une tension redoutable. Méchant.

 

 

La Forteresse Noire (1983) Michael Mann : Le mal par le mal
Il n'est pas aisé de juger une pièce déchirée recousue à la vite comme l'est le film de Michael Mann, et encore aujourd'hui on attend, à la fois frétillant et un poil désabusé, le montage final de la bête. Les "restes" témoignent d'un grand film brinquebalant mais fascinant, où jamais les ténèbres n'ont paru aussi profondes et étincelantes. On reste une fois de plus subjugué (perplexe pour certains) devant cet affrontement entre une entité lovecraftienne et une cohorte de nazis nichés dans les Carpathes. Spectacle expressionniste et gothique en diable, vibrant et planant, "The keep" a sû se tirer (paradoxalement) petit à petit de son anonymat par son statut de film maudit (!!) mais aussi grâce aux efforts de notre Stephane Piter national. Le dvd lui, continue malheureusement de briller par son absence.

 

 

Rêves Sanglants (1982) Roger Christian : Messie Onirique
Avant la vague Freddy Krueger, ça causait déjà cauchemars ! La preuve, avec ce bien beau film signé Roger Christian ("Planète Hurlante" et aussi..."Battlefield Earth", ouille !), où un jeune garçon est interné après une tentative de noyade, par ailleurs superbement filmée dans une intro tétanisante. Là, il devient un John Doe parmi d'autres. Problème : le garçon aurait le pouvoir, malgré lui, de faire vivre ses propres cauchemars à son entourage. Tornade mentale, capharnaüm au pays des angoisses et des refoulements. Christian distille ses scènes chocs, se complait beaucoup moins dans le spectaculaire que le saga du grand griffu, séduit par son absence de manichéisme, par sa mise en scène léchée. Une étrange réussite.

 

 

3615 Code Père Noël (1989) Rene Manzor : Le père Noël est une ordure
Un mélo morbide plus loin ("Le passage"), Manzor offre son film le plus achevé et le plus original (soyons méchant : vu la filmo bon...), grillant avant l'heure le concept du grisant "Maman j'ai raté l'avion" ; sauf qu'ici, ce n'est pas des bandits bêtes et méchants qui viennent taper à la porte, mais un clodo grimé en père Noël, bien décidé à se débarrasser une bonne fois pour toute de nos chères têtes blondes. Du coup, le choc entre thriller "grand public" et contes de fées noir d'ébène rend l'expérience aussi efficace que perturbante. Une pointure du survival français (oui !) prenant pour terrain de jeu un immense château gothique (on a vu plus banal) et comme héros un petit Rambo rapidement dépassé par la situation (on est loin du video kid infaillible qu'on s'imagine durant la première partie). La traque, exténuante, violente, se conclue sur un plan final sans équivoque : le rêve n'est plus, et ne sera plus jamais.

 

 

Le Dernier Survivant (1985) Geoff Murphy : Je ne suis plus une légende
Sans doute le plus beau et le plus étrange film de SF des années 80. Et ça nous venait alors de nouvelle-Zélande, avant le raz de marée Peter Jackson.
Zac se réveille comme chaque matin chez lui. Dehors, plus aucun signe de vie. Face à un monde fantôme, face à lui-même, Zac se débat comme un beau diable pour ne pas chuter dans le gouffre de la folie et découvre que c'est l'ultime expérimentation de l'entreprise où il travaille qui a causé la perte de notre univers. Mais un jour...
"The quiet earth" (titre o combien plus poétique) ce n'est pas la lutte d'un homme face à des irradiés, des vampires assoiffés ou des morts-vivants friands de cerveau, mais celle d'un homme face au cauchemar solitaire, au silence qui tue. Non au spectaculaire, oui à l'angoisse sourde, au vertige de l'inconnu. La seconde partie lorgne du côté du "Monde, la chair et diable" et le spectre du nucléaire s'efface pour laisser placer à des explications bien plus surprenantes. L'image finale, elle, nous achève tranquillement.

 

 

Incidents de Parcours (1988) George A.Romero : Liaison fatale
Sortie de ses zombies (dont il restera sans doute prisonnier toute sa carrière), Romero est l'homme de deux films : "Martin" et son vampire maladif , puis ce "Monkey Shines" et son capucin malfaisant. Depuis "King Kong" et le sympathique "Link", on ne pensait plus avoir peur des gros singes. Romero nous apprend à craindre les petits. Inimaginable, et pourtant...
Diabolique idée d'avoir réduit son héros au point zero (un accident l'ayant rendu tétraplégique), le rendant démunie face à la boule de poil, d'abord affectueuse, qui se dresse devant lui. Rendue folle par des injections douteuses, la guenon s'attache mortellement à l'handicapé, quitte à se débarrasser de son entourage. Loin des revenants qui ont fait sa gloire, Romero s'attache à une relation fusionnelle et bestiale jamais vu et joue sur un terrain inhabituel : celui des sentiments, et plus loin même du thriller psychologique. Identité vacillante et violence éruptive : nos ardeurs sont vites calmées par un épilogue bien trop positif, mais la tension, elle, a déjà violemment explosé dans un dernier face à face décapant.

 

Les Poupées (1986) Stuart Gordon : Poupées de cire, poupées de sang
Avant Chucky, avant les "Puppet Master", avant les "Demonic Toys", il y avait eu "Dolls". Et on a tendance à l'oublier un peu. Bon ben ça tombe bien, ce dossier est là pour rafraîchir les mémoires de cinéphages assoupis ! On a là non seulement une série b annonciatrice de la vague des poupons pompants (même si quelques unes étaient passées par là), mais se présente comme l'un des plus beaux fleurons de la firme Empire. Gordon nous fait partager un conte de fées pour adultes à la fois jouissif et parfaitement manichéen, où les méchants sont punis (très méchamment) et les gentils se retrouvent sain et saufs. C'est à la fois savoureux, inquiétant (ours en peluche vorace, transformations en polichinelle...) et tout à fait poétique : rare sont les films d'horreur à nous faire retrouver notre âme d'enfant. Par contre, les phobiques des morceaux de porcelaines et de plastiques auront bien du mal !!

 

Sonny Boy (1989) Robert martin Caroll : Conte Cruel de la Jeunesse
L'odyssée de ce gamin à la fois tendre et vorace, c'est un peu "L'enfant sauvage" dans l'Amérique de Lynch et de Peckinpah : l'Amérique sale, barrée, peuplée de figures tantôt repoussantes, tantôt attachantes, comme arrachées d'une toile de Bosch. Une Amérique qui sent la poussière, la poudre, la charogne et l'alcool. Le tableau est fou, le film aussi. Dans un scope irréprochable, un ado élevé par une bande de cinglés (Paul Smith en peintre surréaliste adepte du canon et sa compagne travestie jouée par...David Carradine !) tente de trouver la liberté, et l'amour. Pas simple...
Émouvant, comme un baiser sur une plaie brûlée, et chaotique parfois (pour ne pas dire maladroit) dans sa construction suite aux tripatouillages du producteur Olivier Assonitis. On reste impatient de redécouvrir le film dans une copie (et une version) digne de ce nom. En l'état : un joli diamant brut fêlé...

 

 

Oz, un Monde Extraordinaire (1985) Walter Murch : Disneyweurld
On parle assez peu, voire pas du tout , de cette séquelle au film de Fleming. Disney reprenant l'univers à sa sauce, on voit déjà arriver chansons et autres facilités de circonstances ; magie dans l'air, c'est le contraire qui se produit. Le film reprend exactement où l'autre s'arrêtait : après le passage de la tornade, Dorothy est envoyé à l'asile pour y subir des électrochocs. S'y échappant, elle regagne le monde de Oz, malheureusement en ruines. Quand à l'état de la route de brique jaune, une catastrophe. Alors ? Disney inoffensif ?
Au programme donc, de nouveaux amis (un robot, un ancêtre de Jack Skellington, un canapé doué de vie et une poule qui parle !!!) et un bestiaire étrange et magique comme il se doit (sorcière collectionneuse de tête, punks démesurés en roller, créature de pierre...) pour un bien beau film d'aventure. Mission accomplie.

 
 

Angoisse (1987) Bigas Luna / L'homme qui voulait savoir(1988) George Sluizer : Double Killer
Voilà un exercice qu'un Brian Depalma ou qu'un William Castle auraient apprecié ! Loin de la movida qui fit de lui le concurrent direct de Almodovar, Bigas Luna compose le film de serial-killer le plus tendu et le plus original de l'histoire du cinéma avec le très fameux "Schizophrenia" : ce qui débute comme du sous "Psychose" (un bon gros vieux garçon habitant chez maman arrache les yeux de ses victimes) bifurque vers le film à tiroir lorsque le spectateur découvre qu'il s'agit d'un "film dans le film". Le spectateur sensible (les fantasticophiles n'y verront qu'un thriller pas plus glauque qu'un autre) se retrouvera très vite dans cette salle bondée où les regards fusent, les malaises naissent et l'angoisse monte, monte au rythme de séances d'hypnoses dantesques et d'énucléations sanguinolentes. Le danger est t-il dans l'écran ou dans la salle ? Lunas jongle avec malice, caresse le surréalisme et l'expérimental, tripote nos nerfs comme le tueur trifouille le globe oculaire des corps inertes. Épuisant donc, stressant bien évidemment, et bigrement virtuose.
Toujours en Europe, mais cette fois de notre côté, avec ce qu'on pourrait considérer comme le meilleur film de serial killer de l'hexagone : mauvaise nouvelle pour les friands de rigoles sanguinolentes, pas une perle de sang ne vient tâcher le lent mais diabolique film de George Sluizer. Un jeu du chat et de la souris entre un touriste à la recherche de sa compagne (dont il n'a plus trouvé la trace depuis trois bonnes années) et le soi-disant tortionnaire, un père de famille prospère à la psychologie tordue. Au sommet de ce suspens acide, Bernard Donnadieu y est monstrueux en diable barbu. La tête basse, Sluizer ira reshooté son film à Hollywood dans les 90's, connaissant le même sort de titres brillants comme "Nightwatch" ou "Funny Games".

  

 
 

Strange Behavior (1981) [INÉDIT] / Les Envahisseurs Sont Parmi Nous (1983) Michael Laughlin : Le diptyque de l'étrange
Sans véritable raison, des adolescents massacrent leur camarade au coeur de la nuit. Machination ou coup de folie ? Si on aura deviné depuis longtemps ce qui se trame dans cette petite ville, on ne cesse de frémir tout le long, que l'on soit catapulté dans une soirée masquée ou une petite maison de banlieue douillette. D'un cadre élégant, "Strange Behavior" tire un slasher inconfortable et sanguinolent - cousin lointain d'un "Halloween" dont il reprend certains éléments clefs (le masque de William Shatner remplacé par celui de Tor Johnson) avant de déraper dans la science-fiction - au montage proprement décalé, aux images sublimes (scope forever !) et à l'interprétation haut de gamme (Louise Fletcher !!). Bien que le passable mais sympathique "Comportements troublants" lui volera tout son spitch (rien que ça), l'étrangeté du film original elle, est intacte.
Laughlin remet le couvert deux ans plus tard, toujours avec son scénariste Bill Condon (ainsi que Louise Fletcher) sous les bras. Hommage aux bandes alien/parano des 50's, Strange Invaders trouble tout autant par son atmosphère faussement tranquille mais se régale de maquillages impressionnants avec bon nombre d'arrachages de peaux et de liquéfactions peu ragoûtantes. Un manque de rythme flagrant, mais que de soin dans ce gentil morceau de sf nostalgique.

 

 

The House on The Sorority Row (1983) Mark Rosman : Farce Attaque
Avant ses sinistres méfaits dans la sf de pacotille et les guimauves qui collent aux dents, Mark Rosman avait tout de même sû donner ses lettres de noblesses au slasher après une petite décennie de sous "Friday 13th" pas toujours glorieux. Malgré la relative banalité de son décor principal (une confrérie d'étudiantes en fin de course) et de son intrigue (une resucée à peine discrète des "Diaboliques" tournant au jeu de massacre suite à une farce mal fignolée), THOTSR affiche une rigueur et un savoir faire incroyable, de ses dérapages fantasmagoriques lorgnant vers Bava (grenier lourds de secrets, pantin inquiétant, hallucinations morbides...) à la brutalité de ses meurtres (l'armée utilisée est une canne tenant à la fois du piolet et de la lance !) jusqu'à la vitalité précoce du score de Richard Band. La séduction y est immédiate.

  

 
 

Messe Noire (1981) Eric West / Trick or Treat (1986) Charles martin Smith [INEDIT] : Service à domicile
Carrie au masculin...et en plus destroy. En plus satanique aussi. Tête de turque d'un lycée militaire entier, des recrues en passant par les profs, un adolescent ingrat trouve le moyen de crier vengeance par le biais d'un ordinateur et de rites diaboliques. "Evilspeak" confronte technologie et archaïsme sanguinaire, le tout dans un crescendo particulièrement efficace et un vrai climat de souffre. Ses coups d'épées gorissimes et ses porcs bouffeurs d'hommes savent en tout cas, faire la différence. Grandiose.
Pour la forme, on citera aussi son petit cousin "Trick or treat" (racontant grosso modo la même histoire) où l'invocation aux forces du mal (ici un chanteur de hard rock démoniaque) s'effectue via un vynil !! Moins méchant que "Evilspeak" (bien qu'une pouffe s'y fasse tringler par un énorme monstre ), mais plus frais et plus rock.

 

Pulsions Homicides (1984) Graham Baker : Coup de Folie
Loin des buildings monstrueux et de la criminalité urbaine, on croit pouvoir enfin respirer côté campagne. Et bien, même pas...
Suite à la tentative de suicide, inexplicable, de sa moman , une jeune danseuse (la toujours craquante Meg Tilly) retrouve son village natal, alors tout juste traumatisé par un tremblement de terre. Ce tremblement de terre qui, anodin en apparence, a libéré une substance chimique allant rapidement transformer ce retour aux sources en transposition redneck de "The crazies". Un malaise prégnant, subtilement diffusé par un Graham Baker (à qui l'on doit le mésestimé troisième volet de "La malédiction") en pleine forme : des scènettes aussi cocasses que cette peau de vache dévalisant subitement une banque succèdent à d'autres beaucoup plus graves, comme ce médecin se prenant l'envie de bloquer le respirateur de sa patiente. Ravagés, les habitants de la ville répondent à leurs pulsions les plus violentes, qu'elles soient d'ordre sexuelles (Bill Paxton en bouseux incestueux) ou plus barbares (un sale gosse déblayé à la mitrailleuse). Un sacré moment de série b radicale.

 

 

La Main du Saigneur (1988) Anders Palm : Vendredi 12
Plus que son titre français au jeu de mot assez efficace, le titre original (Unmasked Part 25)lui, révèle la vraie nature de l'œuvre : une parodie. Et en place d'un regard hautain et d'un humour splaspick (on est loin du piteux "13 morts et demie")," La main du saigneur" ressemble à n'importe quel slasher crasseux de son époque (bien que le genre était à l'agonie alors), avec ses meurtres bien gores et son tueur masqué de circonstance. En faisant de ce croisement surréaliste de Jason Vorhees et de Toxie le héros du film, on sait qu'on a pas fini de jubiler. Sa vf lourdingue et ses gags (Jackson laissant une victime tomber de son chef plutôt que d'aller la poursuivre, une séance d'autographes, un shopping incongru dans une boutique de déguisement...) en font un ovni débilos bien gratiné.

 

 

Nuits de Cauchemar (1987) Jeff Burr : On dirait le Sud
martine Beswick, Vincent Price et Susan Tyrell (rien que ça) ouvrent le bal de l'horreur. On trépigne. Jamais l'honnête faiseur Jeff Burr ne fera aussi dérangeant et déglingué de sa carrière : bien ancré dans un "deep south" déjà bien chargé, les sketches de ce "Offspring" offrent une belle palette de la degeulasserie humaine avec pour une fois, une qualité d'ensemble plutôt égal. Magie noire, freaks, nécrophile, enfants tueurs : que ce soit dans un marécage, sur les champs de bataille de la guerre de sécession ou dans un cirque, jamais le climat poisseux qui y règne ne trouve de répit. De trouvailles malsaines en débordements graphiques soudain (la chute de la troisième histoire est bien corsée), "Nuits de cauchemar" se place sans problème en tête des meilleures anthologies horrifiques de son époque. Et ça tombe bien, y'en a pas des masses.

 

 

waxwork : Crimes au Musée de Cire (1988) Anthony Hickox : Triste cire
Réutilisé fréquemment dans l'histoire du cinéma d'horreur, le motif du musée de cire a attendu la petite bombe d'Anthony Hickox pour se transcender de la manière la plus farfelue possible : peu intéressé par les cas de psychopathes adeptes de l'étalage de cire, "Waxwork" nous entraîne au delà du cordon de sécurité, dans le monde des statues de cire repoussantes qui peuplent l'inquiétant édifice. Bien plus que l'idée incroyablement jouissive de pouvoir entrer de plein pied dans des mondes parallèles habités par les créatures les plus célèbres de la littérature et du cinéma horrifique, "Waxwork" est un véritable carnaval à lui tout seul, où se bouscule la momie, Dracula (dans un passage outrageusement sanguinolent ), le Marquis de Sade et même un lycantrope ou des morts-vivants. Décomplexé et infatigable, le film de Hickox ne soufrera que très peu de la comparaison avec sa suite, creusent le sillon des univers alternatifs, mais se plantant lamentablement à vouloir en faire trop.

 

 

Alone In the Dark (1982) Jack Sholder : La nuit des fous vivants
Révélé par la suite la plus "gay" du grand brûlé griffu et par son buddy-movie timbré à base de limace alien, Jack Sholder avait pourtant frappé fort avec ce croisement entre film de siège et slasher qui n'entretient cependant aucun rapport avec la saga vidéoludique bien de chez nous. Niveau spitch, ça fait pas de cadeaux : un jeune médecin arrive en ville avec sa petite famille car muté pour un poste dans un hôpital psychiatrique. Mauvais plan : un quatuor de félés (un sadique, un prêtre pyromane, un pédophile et un mystérieux serial-killer saignant du nez après chaque méfaits !!!) s'évade lors d'une panne de courant foutant en l'air le système de sécurité électronique. Et c'est parti pour une nuit de terreur...
Voir réuni Donald Pleasance, martin Landau et Jack Palance tient déjà d'un plaisir non dissimulé, mais les nombreuses surprises (utilisation d'un masque de hockey avant l'arrivée du vilain de Crystal Lake, apparition impromptu d'un zombie...) et la scène d'anthologie du matelas auront bien fait de régaler les amateurs.

 

 

Une Nuit Trop Noire (1983) Tom McLoughlin : Fear from the Crypt

De toutes les séries b très orientées pop-corn/vidéo club de quartier présentes dans ce dossier, "One dark night" est sans doute celle qui prête le moins à rire. Ceux qui l'ont découvert à l'époque sur la glorieuse et défunte 5 en savent quelque chose...
Qu'importe si ses protagonistes sorties de "Grease" (un groupe de connes affichant des blasers violets) ou ses emprunts pas très discrets à "Phantasm" (le décor du mausolée ou le sorcier) trahissent le manque d'idées général, car cette première réalisation de Tom McLoughlin (qui réalisera juste après "Jason le mort vivant") fait relativement froid dans le dos. Pas de scènes gores, pas de morts violentes, un seul véritable décor : la clef de la réussite tient finalement à peu de chose. Le joli minois de Meg Tilly s'efforce ici de passer une nuit entière dans un grand mausolée où les forces du mal ne vont pas tarder à se déchaîner. Les cadavres ambulants très creepy (les maquillages sont franchement glauques) et l'ambiance assurent drôlement bien le spectacle. Pas rassurant.

  

 
 

The Midnight Hour (1985) Jack Bender [INÉDIT] / Spookies (1985) Genie Joseph, Thomas Doran & Brendan Faulkner : Ghouls just Wants Have Some Fun
Pas de chance, le passeport cinéma de Bender se résume à un "Child's Play 3" violemment mésestimé. Aussi inoffensif soit ce "Midnight hour" calibré pour la tv (malgré une scène de parricide totalement déplacée), il offre sans tricher ce qu'il nous doit : une série b endiablée faite pour être dégustée un soir d'halloween ! Après un larcin de costumes et la lecture d'une formule magique, un groupe de teenagers réveillent malgré eux tous les morts du cimetière, qui s'empressent d'aller courir à la fête du coin. Vampires et loups-garous s'invitent, alors que le héros intello s'amourache du spectre d'une chearleeder. Bourrés de clichés sans être horripilant, "The midnight hour" tient clairement le bon bout avec son ambiance décontractée (Shari "fille de Harry" Belafonte y pousse la chansonnette) - et parfois vaguement inquiétante-, sa bande-son saturée de tubes rétros et son humour bon enfant.
Beaucoup plus féroce (un gamin se fait taillader le visage puis enterré vivant durant les premières minutes du film !) mais nettement plu chaotique, "Spookies" est à peine aidé par son casting lamentable et se voit plutôt comme un catalogue caoutchouteux de créatures infernales et totalement incontrôlables : lycanthrope hystérique, sorcier dément, morts-vivants en masse (et dont certains sont sujets, semble t-il, à des gaz !), imposante femme araignée, grande faucheuse de carnaval, sorcière qui glousse... Le halloween-movie par excellence donc.

  

 
 

Nightdreams (1981) Francis Delia / Dr Caligari (1989) Stephen Sayadian [INÉDIT] : Fantasmes Zérotiques
Bienvenue dans le monde de Rinse Dream (pseudonyme de Stephen Sayadian) : ici les objets les plus anodins prennent forme humaine, on se perd dans des couloirs glacés sans fin, dans des pièces mal éclairées ; on oscille entre malaise clinique et fantasmes kitchs ; on se promène dans des rêveries amères et tordues, comme cette colonne de chair d'où pend une langue géante où l'héroïne vient se lover avec extase. "Nightdreams" est l'un des derniers rejetons du hard 70's, celui de la décadence et de l'imagination, plus enclin à se noyer dans un surréalisme pulp et singulier, que de tirer totalement profit de la plastique de ses comédiens. Bien qu'il soit gorgé de scènes pornographiques et que son scénario ne soit qu'un prétexte (une série de rêves), son esthétique irréprochable et ses tableaux barjos (une femme violée par un harlequin sardonique, des cowgirls dans un désert, un petit déjeuner cochon, une retranscription de giallo...) en fait une référence dans le genre "porno bizarro". "Dr Caligari", bien mieux construit et plus soigné encore, gagne en substance ce qu'il perd en sexe (le film est à peine "carré rose"). Deux expériences encore plus folles qu'un certain "Cafe Flesh".

 

 

The Navigator (1988) Vincent Ward : Time after Time
Sensible et évasif : voilà les traits du cinéma de Vincent Ward, qui entra par la grande porte d'Hollywood avec un mielleux "Au delà de nos rêves" pourtant pas dénué d'intérêt. Ses premières armes, il les fit en Nouvelle-Zélande (tout comme ses compatriotes Geoff Murphy ou Peter Jackson) avec des oeuvres délicates, lointaines, étranges." The navigator", lui, a le culot de brûler la priorité aux "Visiteurs" de Poiret, bien que forcément les deux films ne partagent qu'un simple concept en commun (des paysans moyen-ageux catapultés dans notre monde). Suite à une prophétie alarmante, un petit garçon part avec un groupe d'hommes sauver son village rongé par la peste : la seule manière d'éradiquer le fléau serait de planter une croix au sommet d'une église, située à l'autre bout de la terre. Mais après la traversée d'un tunnel, les comparses, vivant au 14ème siècle, se retrouvent à notre époque ! Ecartant toute coquetterie comique, Ward a parfois du mal à donner corps et âme à ses personnages, hélas assez creux, mais envoûte par le soin apporté aux images, à la fois faussement paisibles et délicieusement terribles, parfois lorgnant du côté de Dreyer. Et l'épilogue, radical, sait faire la différence avec n'importe quelle production américaine.

  

 
 

Le dragon du Lac de Feu (1982) Matthew Robbins / L'épée Sauvage (1982) Albert Pyun : La lame infernale
Ce qui pourrait ressembler sur le papier à un dessin animé Disney lambda (un prince délivrant un royaume des griffes d'un Dragon malfaisant) est à l'arrivée, et en live, un film d'aventure à la fois spectaculaire et austère. Austère, parce que le manque d'humour et de rythme desserrent l'ensemble (un comble pour une production de cette acabit !), spectaculaire car le film l'est vraiment, de ses décors infernaux en passant par les envols d'un dragon majestueux et incendiaire. Et tout ça, grâce au miracle de l'animatronique : autre temps, autres effets spéciaux. Les défauts évidents de l'oeuvre se retrouvent ainsi rachetés par les apparitions de la bête, et l'audace étonnante de l'entreprise (vierge dévorée en gros plan par des bébés dragons, prêtre carbonisé ou nudité féminine furtive !). C'est quand même autre chose que "Coeur de dragon" ça madame !!
Beaucoup plus bis,"The sword and the sorcerer" est un petit plaisir à la hauteur de son affiche très "frazetienne" : bousculant d'une tête des titres comme" Conan le destructeur" (facile !), le premier film de Papy Pyun à cette saveur d'un autre temps, celle d'une bande dessinée pour ados. D'un spitch totalement pompé sur le film de Milius, on nous sert un méchants sorcier, un serpent libidineux, des résurrections sanguinolentes, une épée à quatre lames, un héros crucifié... Petit mais costaud !

 

 

Nomads (1986) John Mctiernan : Voyage au Bout de la Nuit
Bien qu'on l'ai toujours connu comme le spécialiste de l'action made in hollywood (action fantaisiste, urbaine, guerrière, futuriste; militaire : tout y est passé !), une étrange aura semble planer sur le bonhomme Mctiernan à la vue de ce premier long : dans "Nomads", c'est sa part des ténèbres qui parle, intimiste et encore hésitante. Et fascinante, à coup sûr. Des longueurs certes, des bizarreries, des détails qui coincent (deux acteurs anglo-saxons qu'on oblige à parler un français hilarant n'est certainement pas la meilleure des idées), mais une atmosphère, un talent, des coups de sang. Un anthropologiste français (Pierce Brosnan !) succombe sur son lit d'hôpital et transmet une partie de sa psyché à une doctoresse penchée sur son cas : comme possédée, la jeune femme se remémore un passé qui ne lui appartient pas, celui d'un homme traquant une curieuse ordre de loubards (dirigé par le rockeur Adam Ant et la toujours imposante Mary Woronov) sans foi ni loi. Post-carperien en diable (on pense aussi au cinéma fantastique australien et ses mystères cadenassés), "Nomads" c'est le surnaturel, ancestral et obsédant, tapi entre deux buildings : sous le pavé et le bitume, des esprits, asociaux et gourmands en violence, perdurent sous nos yeux. Un premier coup d'essai soigné et définitivement curieux.

  

 
 

Mutant (1982) Allan Holzman / La Galaxie de la Terreur (1981) Bruce D.Clark : alienne le retour du dixième passager
Fort du succès de l'inébranlable "Alien", les ersatz du film de Scott ont fleuri violemment jusque dans les 90's. Si niveau scénario, la plupart tiennent du pure plagiat, cela n'empêche pas certains d'être de purs moments de cinéma bis. Les deux meilleures exemples restent sans problème ces deux productions Corman réalisées alors à la même époque, dont la perversité coquine et les débordements trouveront sans conteste leur public bisseux. Dans "Mutant", la créature, polymorphe, dégueulasse et envahissante, fout le boxon dans une station spatiale : pas novateur, mais carrément bien rythmé, assez gore et plutôt sexy (la scène de fesse "obligée" est funky à souhait ). "La galaxie de la terreur" lui, rallonge à sa sauce le climax de la planète LV 224 sur 1h30, avec un bataillon de monstres voraces et vicelards, n'hésitant pas à recourir au viol ! Mais derrière le casting de pures gueules (Grace Zabriskie, Robert Englund ou Sid Haig ), se cache une série b plus inventive qu'elle n'en a l'air, annonçant les spitch de "Sphere" et de "Event Horizon" avec une génération d'avance ! Dans les deux cas, un vrai petit bonheur (et bon dieu, quelles affiches !! ).