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Après avoir vécu une période sombre de sa vie, Kate ne cesse de voir ressurgir du passé ses vieux démons, reflets d’évènements tragiques qu’elle ne parvient pas à oublier (la perte prénatale d’un enfant qu’elle portait et ce quelques jours seulement avant qu’il ne naisse, une instabilité due à un alcoolisme qui a failli lui faire perdre sa petite fille). Alors qu’elle souhaite retrouver une vie de couple épanouie et équilibrée avec son mari John, la jeune femme décide d’adopter un enfant et ainsi de donner une sœur à sa fille Max et son fils Daniel. Cette jeune fille, ce sera Esther : une enfant d’origine russe de 9 ans rencontrée dans l’orphelinat voisin. Kate et John tombent littéralement sous le charme de cette charmante petite fille très aimable et cultivée qu’ils adoptent très rapidement et intègrent au sein de leur foyer. Mais depuis l’arrivée d’Esther dans la petite famille, des évènements étranges surviennent, pire des drames se produisent et les interrogations se multiplient. Ces incidents ont-ils un lien avec cette mystérieuse petite fille fraîchement arrivée dans le cocon familial ?



Après avoir œuvré sur le remake de "la maison de cire" en 2005, un film d’honnête facture, le réalisateur catalan Jaume Collet-Serra se relance dans le cinéma de genre et réalise un nouveau film horrifique intitulé "orphan".

Co-produit par Léonardo DiCaprio, le long-métrage de Jaume Collet-Serra, rebaptisé "Esther" dans nos contrées, deviendra rapidement culte aux yeux de nombreux cinéphiles qui n’hésiteront pas à lui donner une place de choix dans le sous-registre des enfants tueurs du cinéma fantastique.

Un sous-registre qui ne manque pourtant pas de représentants mais qui ne cesse de proposer de nouvelles pelloches au fil des années. Alors que certaines mettent en scène des enfants diaboliques (on pense notamment à Regan de "l’exorciste" ou à Damien de "la malédiction"), des enfants aux pouvoirs surnaturels et mystérieux ("Daisy", "le village des damnés"…) ou encore des enfants revenants (Gage dans "simetierre", Toshio dans "ju-on : the grudge"…), d’autres long-métrages préfèrent nous mettre face à des enfants « normaux » dirons-nous (dans le sens où ces derniers sont bien vivants, humains et ne semblent pas possédés par un quelconque démon) mais présentant cependant des troubles mentaux/psychologiques ("Joshua", Michael Myers de la saga des "halloween", Birdie et Helbie dans "mum and dad", Isaac et Malachai dans "les démons du maïs"…) et/ou étant tout simplement méchants envers les adultes ("the children", "ils", "eden lake", "les révoltés de l’an 2000"…).

"Esther" fait volontiers partie de ces enfants violents, méchants et semblant avoir un petit quelque chose qui ne tourne pas rond dans la cafetière (d’ailleurs le slogan du film annonce d’emblée la couleur : « There’s something wrong with Esther »), une graine de psychopathe en quelque sorte qui va vous en faire voir de toutes les couleurs…



… Car le film de Jaume Collet-Serra fait partie de ces longs-métrages qui se veulent prenants du début à la fin. Faisant l’effet d’un véritable redresse-poils dans sa partie finale avec sa terrifiante révélation (que nous ne divulguerons pas afin de ne pas gâcher l’effet de surprise pour celles et ceux n’ayant pas encore vu le film), "Esther" a su conserver un rythme haletant jusqu’à ce moment fatidique grâce notamment à un scénario habile, fourmillant de petits indices et accumulant les incidents mystérieux et autres évènements tragiques au fil de l’histoire.

Un rythme allant crescendo, une enquête avançant pas à pas et des révélations qui sont amenées au fur et à mesure par divers personnages (Sœur Abigail de l’orphelinat, le médecin d’un institut d’Europe de l’Est…) en gravitation autour du noyau dur formé par Kate, John et leurs trois enfants. C’est indéniable : Jaume Collet-Serra parvient à entretenir un suspense avec brio, le tout dans une ambiance de plus en plus pesante.

Un sentiment d’insécurité commence en effet à se faire ressentir dès lors que l’on apprend (assez vite) qu’Esther est méchante, pire même machiavélique. Sous ses allures de première de la classe (langage soutenu, vêtements certes à l’ancienne mais distingués, doux regard et voix mielleuse) à qui on donnerait le bon Dieu sans confession, la fillette montre progressivement son vrai visage et s’avère froide, cruelle et terriblement intelligente du haut de ses neuf printemps.

Même si l’horreur est également graphique dans "Esther" (jambes cassées, coups de marteaux en plein visage, crâne défoncé, tentative d’homicide par le feu… Esther n’est vraiment pas un enfant de chœur!), cette dernière est surtout ici psychologique.
Pour arriver à ses fins, Esther n’hésite pas à manipuler les gens qui l’entourent, les monter les uns contre les autres, se servant parfois des faiblesses de certains (une Kate plus facile à déstabiliser car déjà fortement fragilisée par ses anciens soucis d’alcoolémie et la perte de son enfant) et profitant de la peur d’autres pour s’en accaparer tels les pions d’un échiquier (la pauvre petite Max qui préfère obéir et couvrir Esther pour ne pas qu’il arrive malheur à sa mère).

Une gamine au regard parfois ténébreux qui fait froid dans le dos et que Jaume Collet-Serra rend encore plus terrifiante quand il la fait surgir dans le noir, lui fait faire de violentes crises ou encore lui fait arpenter les couloirs sombres de la maison en pleine nuit (le tout en vue subjective à la manière d’un Chucky).



Comme si cette gamine machiavélique et ce scénario à suspense allant crescendo ne suffisaient pas à créer cette ambiance glaciale, Jaume Collet-Serra s’amuse avec les cadrages pour nous pousser à prévoir de potentiels jump-scares qui finalement n’arriveront pas forcément et se manifesteront quand parfois nous ne nous y attendrons pas. Ajoutez par ailleurs à cette tension souvent palpable cette impression d’isolement tout au long du film (une maison-chalet loin de tout, perdue dans la neige et dont l’accès ne semble permis que par un pont qu’emprunte une petite route sinueuse) et vous avez là un parfait sentiment d’insécurité qui se dégage d’ "Esther".

Outre le personnage d’Esther jouée par la jeune Isabelle Fuhrman ("after earth", "hunger games"…), le reste du casting est également de bonne facture et les personnages sont suffisamment fouillés et travaillés pour que nous puissions adhérer sans problème à leur milieu. Nous pouvons souligner l’important travail apporté sur les personnages de Kate (interprétée par Vera Farmiga, déjà aux prises avec un enfant terrible dans "Joshua" et vue également dans "les infiltrés", "conjuring : les dossiers warren" ou encore la série "bates motel"), jeune femme perdue et anéantie pour qui tout semble aller de mal en pis, mais également de Daniel et Max, deux enfants aux caractères opposés mais qui devront faire face ensemble à l’adversité. Alors que Daniel est dépeint comme un jeune rebelle haïssant Esther du fait que son père semble la préférer à lui (ce qui créera une certaine hostilité entre les deux enfants), Max elle est tout à fait l’opposé de son frère : douce, chétive, craintive, la malheureuse petite fille, sourde et muette de naissance, sera témoin de la plupart des agissements d’Esther sans pouvoir dévoiler ces lourds secrets sous peine de représailles (cette dernière protège sa mère et se laisse manipuler par Esther même si cela doit lui coûter la vie, chose qu’elle ne perçoit peut-être pas étant donné son très jeune âge)… A ce titre, le personnage de Max apporte sans conteste un coté émouvant au film de Jaume Collet-Serra, notamment dans les relations mère-fille (la mère protectrice qui lit à sa fille toute mimi une histoire en langage des signes pour l’endormir). Une petite fille si craintive, témoignage de l’innocence, qui fera d’autant plus de peine quand cette dernière sera sous l’emprise d’Esther.



Léonardo DiCaprio avait vu juste en parcourant le scénario de David Leslie Johnson : "Esther" est un très bon thriller psycho-horrifique et restera longtemps parmi les meilleurs films mettant en scène des enfants tueurs sortis depuis le début de ce siècle (aux côtés d’un certain "eden lake" notamment).
Un film hautement recommandable si vous ne l’avez toujours pas vu!








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