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Andreas se retrouve soudainement dans un Monde qu’il ne connait pas, dans une ville dont il n’a aucun souvenir. Arrivé sur place, on lui trouve un appartement mais également un travail sans même qu’il ait besoin de lever le petit doigt. Ce Monde où tous semblent heureux de vivre parait si merveilleux, si invraisemblable même, qu’Andreas finit par se poser des questions. Quelque chose cloche, il en est persuadé. Très vite, Andreas perçoit une sortie, une façon de quitter ce Monde étrange. Un plan d’évasion est alors élaboré.



En 2007, le Festival International du Film Fantastique de Gérardmer donne un palmarès des plus étonnants et des plus inattendus. Alors certes, la compétition n’était pas extrêmement relevée cette année-là, mais beaucoup laissait à penser que les comédies fantastiques de très bonne facture qu’étaient "Fido" et "black sheep" allaient tout renverser sur leur passage. Mais ceci était sans compter sur la présence dans la liste des nominés d’un petit film venu du froid norvégien intitulé "norway of life" (de son vrai titre "Den brysomme mannen" traduit dans plusieurs pays anglophones par "the bothersome man", autrement dit « l’homme gênant »).
Alors que "Fido" et "black sheep" se partageaient le Prix du Jury tout en récoltant respectivement le Prix de la Meilleure Musique et le Prix du Public, les quatre autres prix disponibles furent octroyés à "norway of life" : le Grand Prix, le Prix de la Critique, le Prix du Jury Jeunes et enfin le Prix SyFy !

Une sacrée surprise pour ce film à petit budget qui tombera très rapidement dans l’oubli et ce malgré quelques passages en festivals remarqués. La raison à cela ? Le film de Jens Lien, écrit par son compère de toujours Per Schreiner (avec qui il alla présenter deux courts-métrages à Cannes avant de donner naissance à "norway of life"), est assez difficile d’accès de par cette narration lente, métaphorique et baignant dans le surréalisme, un genre qui indéniablement ne plaira pas à tout le monde.
Le réalisateur Jens Lien ne le cache pas : « Je trouve l’absurde et l’abstrait plus attirants que le fantastique » déclare-t-il en interview. Et quand ce dernier découvre le surréalisme, il comprend que c’est dans ce mouvement artistique qui prône l’importance de l’imaginaire qu’il veut donner naissance à ses œuvres, dont notamment ce fameux "norway of life" dont il est question ici.



Oui, "norway of life" est une œuvre à part. Ce genre de film qui interroge, qui nous intrigue du début à la fin de par ses séquences étranges, très proches parfois de l’imaginaire. Une impression par moments d’être dans un rêve, d’être plongé dans un Monde irréel tant les situations sont des plus inhabituelles. Balancés au beau milieu d’un désert (alors que nous étions dix secondes avant sur les quais en train d’attendre tranquillement le métro dans l’introduction du film), nous sommes ensuite soudainement plongés en pleine ville.

Une grande ville moderne dont les habitants semblent dépourvus d’expression, indifférents les uns des autres, comme en témoigne cette scène où une personne est retrouvée empalée et éviscérée en pleine rue (après s’être jetée d’une fenêtre et s’être enfourchée sur une grille) sans qu’aucun passant ne daigne y jeter un regard.
Même constat dans cette société qu’Andreas a intégré on ne sait par quel miracle : alors que notre homme vient de se couper le doigt et saigne abondamment, ses collègue le regardent d’un air passif, au mieux intrigué au pire blasé.
Et la vie au foyer n’est pas meilleure : quand Andreas apprend à sa petite amie qu’il la quitte pour une autre, la seule chose qui semble préoccuper cette dernière est de savoir s’il sera tout de même présent pour le dîner entre amis du samedi suivant...

Un Monde sans émotion, si ce n’est celle d’être perpétuellement joyeux et heureux de vivre (et ce malgré les aléas de la vie évoqués ci-avant), sans saveur pouvons-nous même dire (les repas n’ont aucun goût, l’alcool aucun effet sur les humains...), dans lequel seul Andreas semble ressentir des choses, et surtout montrer un mal-être évident face à tous ces regards candides. Un sentiment de solitude se fait alors ressentir pour Andreas qui voit bien que quelque chose ne tourne pas rond dans ce Monde dont il ignorait jusque là l’existence du moindre mètre carré.

Entouré de tous ces pantins aux perpétuels sourires, au bien-être inébranlable, Andreas semble n’être qu’un vulgaire pion sur un échiquier dont le destin semble déjà tout tracé. Pire, il semble même transparent aux yeux de beaucoup, que ce soit dans son propre foyer où sa petite amie semble bien plus occupée à parler rénovation de l’habitat que vie de couple, ou dans son travail où il se voit congédié par un chef arborant un grand sourire comme si tout ceci n’était qu’une vilaine plaisanterie. Des constats qui montrent clairement qu’Andreas n’est dans ce Monde qu’une « pièce » parmi tant d’autres : un amant de plus, que ce soit pour sa petite amie ou sa maîtresse, un outil de bureau que l’on peut remplacer quand bon nous semble pour son chef.



Jens Lien dira d’ailleurs une phrase très intéressante qui illustre une grande partie de son film : « Quand la société essaye d’être parfaite, elle perd quelque chose d’important ». Et ce quelque chose, c’est la diversité. Car on tend à entrer dans un moule préconçu, un formatage qui semble l’unique bonne direction à suivre pour tendre vers l’optimum de vie. Un optimum que l’on retrouve de ce fait à tous les coins de rue car il n’y a pas 500 chemins différents pour atteindre la perfection, l’excellence, LA vie idéale. Ainsi, tout le monde se ressemble, tout le monde navigue sur le même bateau et aspire au même destin.

Dans "norway of life", tout le monde est heureux (quand ils ne sourient pas, ils restent neutres, amorphes, mais ne montrent en tout cas jamais de mécontentement), tout le monde exprime les mêmes sentiments, tout le monde manifeste les même expressions, tout le monde est parfait, tout le monde a tout ce qu’il désire... Mais le Monde semble soudain si banal, si ennuyeux, si superficiel. Comme pour critiquer la société de consommation (et au passage le leader suédois du mobilier), on nous dépeint ici un Monde en quête de perpétuel changement dans l’unique but d’avoir un logement toujours plus beau, toujours plus tape-à-l’œil : un superficiel qui domine sur la vie de couple et l’amour qui cimente ce dernier. Une vie finalement très gaie et aguicheuse vue de l’extérieure mais finalement très morose et pathétique de l’intérieur, sans saveur, en parfaite léthargie d’un point de vue émotionnel.

Comme l’explique Jens Lien, "norway of life" laisse libre cours à votre imagination (un peu comme un autre primé de Gérardmer quelques années plus tard, l’étrange "the end") et ne vous donnera pas la clé de tous ses mystères. A chacun de se faire sa propre interprétation du film qu’il vient de visionner.

[Début du spoiler]

Pour ma part, l’explication qui est selon moi la plus logique est la suivante. Comme nous l’imaginons au début du film, en proie à une culpabilité jamais véritablement énoncée (peut-être a-t-il trompé sa compagne étant donné que ce dernier semble avoir un penchant parfaitement assumé pour l’adultère), Andreas se suicide en se jetant sur les rails du métro. Ce dernier se retrouve alors dans une terre d’attente, une sorte de purgatoire (d’ailleurs le terme « purgatoire » décrit une transition, un « état provisoire où l’on souffre » : ce qui est exactement le cas ici avec notre malheureux Andreas). Se suicider, c’est rejeter le don absolu de la vie, c’est bien évidemment un pêché pour les Chrétiens. Toutefois, à Andreas de se racheter et de se faire pardonner auprès de Dieu. Chose qu’il ne fera pas en pêchant de nouveau (adultère) et en tentant de s’échapper de ce « Monde d’attente » pour atteindre le Paradis furtivement. Le chapitre final de "norway of life" nous dépeint le Jugement Dernier à l’issu duquel notre malheureux Andreas se verra envoyé non pas au Paradis mais bel et bien en Enfer (l’endroit où il atterrit est loin d’être de tout repos).

[Fin du spoiler]



Au final, voilà bien un film étrange, énigmatique et drôle à la fois (les petites pointes d’humour par-ci par-là, toujours discrètes, font mouche) mais surtout fascinant. "Norway of life" n’est certes pas accessible à tous les publics de par la lenteur de son scénario, cette ambiance surréaliste omniprésente et cette narration métaphorique, mais ce sont pourtant bien ces critères qui en font un véritable ovni dans le paysage fantastique et surtout une réussite dans son genre.








Du même réalisateur :

Grandi ??? Moi ??? Toujours 1m73 comme lors de mon arrivée!

Portrait de David Maurice

5.04

Quel enfoiré alors ce Lionel! MDR! Comme tu le sais, j'ai effectivement pris pour habitude depuis toutes ces années de critiquer chaque mois au moins un film moyen (pour ne pas dire parfois médiocre) tout en laissant la place à un ou deux films que j'incite au contraire à découvrir (ce mois-ci, vous avez eu droit à un fort moyen "rise of the zombies", à un sympathique "spiral" et à un coup de cœur avec ce "norway of life"). Que veux-tu, j'aime la diversité!!! Oui, le film de Jens Lien m'a agréablement surpris. Dommage que ce dernier soit tombé si rapidement dans l'oubli, ce dernier ne répondant pas (ou alors en infime partie) au cahier des charges du Grand Public (une narration très lente, un scénario pas suffisamment explicite). Ravi en tout cas que nous soyons cette fois encore (lol) du même avis! En espérant te revoir en grande forme parmi nous prochainement!

Une œuvre fantastique intelligente et drôle

Portrait de Lionel Jacquet

5.04

« Norway of life » est une œuvre d’une rare précision, distillant avec classe, sur un rythme lancinant, une critique acerbe d’un monde moderne qui a oublié ce qu’était le vrai bonheur.

Vrai bonheur, aussi, de voir M.MAURICE, donner une bonne critique d'un bon film et donc qu'il grandit enfin (huhu)