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COMPTE-RENDU FESTIVAL DE GERARDMER 2017

-par David Maurice-

 

 

Comme chaque année, je me rends sur Gérardmer pour couvrir le Festival International du Film Fantastique. Ce dernier étant le festival du film fantastique de référence en France, le digne successeur d’Avoriaz depuis 1994, www.horreur.com se doit d’être présent lors de cette importante manifestation annuelle.

 

Après deux années à la climatologie difficile (2015 sous une abondance de neige et 2016 sous des torrents de pluie), j’espérais cette année pouvoir enfin profiter du côté chaleureux des files d’attentes et discuter avec les festivaliers sans claquer des dents, sautiller sur ses pieds et se frotter les mains comme un taré pour se réchauffer ou encore froncer des sourcils pour éviter de se rincer les yeux.

Alors oui, il a fait froid, très froid même, lors de cette première soirée d’ouverture du festival le mercredi 25 Janvier 2017 (température négative proche des -10 degrés puis proche des -15 degrés la première nuit) mais nous retiendrons cependant l’absence de pluie ou de neige tombante durant les cinq jours de festival. La belle aubaine !

  

En tout cas, une chose est sûre cette année : nous avons eu l’une des plus belles compétitions depuis que le festival est organisé à la Perle des Vosges ! Difficile de départager certains films présents parmi les dix en compétition au vu de leur qualité. Une programmation qui en disait déjà long sur cette nouvelle édition qui est allée encore plus loin que les deux précédentes (qui avaient déjà été de très bons crûs en la matière).

Une compétition qui allait être très serrée avec notamment dans la liste des dix le très primé « grave », le recordman italien « on l’appelle Jeeg Robot », le film-sensation du PIFFF « the autopsy de Jane Doe », le nouveau M. Night Shyamalan « split » ou encore le petit challenger dont on entendait beaucoup de bien « the girl with all the gifts ».

Outre les films, n’oublions pas également de citer les expositions présentées lors de cette 24ème édition du festival.  L’occasion notamment de découvrir à la Maison de la Culture et des Loisirs (MCL) le roman graphique horrifique d’Aurélien Rosset « Emprise » qui a connu un succès critique et public.

A également été à l’honneur l’exposition arts plastiques « Pulsions Intérieures » à la Villa Monplaisir. L’occasion d’y découvrir par exemples les sculptures d’Edouard Heyraud (www.facebook.com/vizz000) ou encore les crânes revisités de Sanskullartime (www.alittlemarket.com).

 

 

Enfin, entre autres, il y avait l’exposition sur les maîtres de l’horreur, Stephen King et Clive Barker, à l’Espace Tilleul, ainsi que l’espace « Le Grimoire » avec ses stands dvds/tee-shirts/livres/jeux où vous pouviez notamment retrouver l’ami Loïc Bugnon, créateur et organisateur du Festival Bloody Week-End !

 

Allez, sans plus attendre, revenons en détails sur ce festival !

 

MERCREDI 25 JANVIER 2017

Par un beau ciel bleu l’après-midi, nous avons fait une petite marche sur le lac gelé (15cm de glace tout de même) après avoir fait la rencontre d’une chef bénévole du festival chez qui nous séjournions durant les cinq jours que dure cette manifestation. Après s’être restaurés dans le centre-ville de Gérardmer, il fut temps de nous rendre à la cérémonie d’ouverture du festival à laquelle nous étions invités comme d’accoutumée.

Après une petite attente dehors en compagnie de festivaliers toujours aussi sympathiques pour la plupart, nous voici assis au troisième rang de la grande salle de l’Espace Lac, en compagnie des autres représentants de la Presse et des photographes venus tout comme nous couvrir le festival. Le temps que nos orteils (que nous avions perdus dehors par cette température glaciale) se réchauffent, nous avons suivi avec beaucoup d’intérêt les discours habituels entre autres de Lionel Chouchan (créateur et délégué général du festival), Pierre Sachot (président de l’association Fantastic’Arts) ou encore Jean-François Duval (Adjoint au Maire de Gérardmer) qui nous gratifie une fois de plus d’une belle plume, drôle et intelligente à la fois.

 

Arrive alors le jury de cette nouvelle compétition. Olivier Coursier et Simon Buret du groupe Aaron, Olivier Baroux, Audrey Fleurot, Hervé Hadmar, Marc Herpoux, Louis Leterrier et Florence Loiret Caille entourent un Jean-Paul Rouve dont le discour en fera rire plus d’un dans la salle. Il faut bien avouer que le retrouver dans le rôle de président du jury de cette 24ème édition est très surprenant, ce dernier n’ayant pas grand chose à voir avec le cinéma fantastique vous en conviendrez. C’est d’ailleurs lui qui dira lors de son discours « Je n’y connais rien (au cinéma fantastique NDLR) », ou encore « En plus j’ai peur donc il y a certains films que je ne verrai même pas, pour ça je me reposerai sur mes amis du jury » sans oublier son dorénavant célèbre à la Perle des Vosges « Sérieusement je suis incompétent, ce qui est plutôt normal en France pour un président ! ». Ce fut donc sur ces belles paroles que le festival fut ouvert cette année. Un festival qui commença par le film « split », le nouveau M. Night Shyamalan.

 

FILM 01 : SPLIT (LE VRAI RETOUR DE M. NIGHT SHYAMALAN ?)

Les fractures mentales des personnes présentant un trouble dissociatif de la personnalité ont longtemps fasciné et interrogé la science. Il se dit même que certains peuvent développer des attributs physiques spécifiques pour chacune de leurs personnalités, une sorte de prisme cognitif et physiologique à l’intérieur d’une seule et même personne.

Kevin a déjà révélé au docteur Fletcher, sa psychiatre dévouée, 23 personnalités avec, pour chacune, des attributs physiques différents. Mais l’une d’elles reste encore enfouie au plus profond de lui. Elle va bientôt se manifester et prendre le pas sur toutes les autres. Poussé à kidnapper trois adolescentes, dont la jeune Casey aussi déterminée que perspicace, Kevin devient dans son âme et sa chair le foyer d’une guerre que se livrent ses personnalités multiples, en même temps que les divisions qui jusqu’alors régnaient dans son subconscient volent en éclats.

Ah, il nous manquait le M. Night Shyamalan des débuts avec bien-entendu des films comme "sixième sens", "signes" et "incassable"! Oubliés les ratés de "phénomènes" ou encore "le dernier maître de l'air" (pour ne citer qu'eux), après "the visit" notre cher cinéaste semble remonter lentement une pente devenue dangereusement glissante depuis plusieurs années et tente de prendre un tire-fesses dirons-nous avec "split", un thriller fantastique et psychologique qui d'emblée nous rappelle l'affiche de cette 24ème édition du festival!

Sous la forme d'un petit huis clos souterrain, "split" réussit à captiver son public en le plongeant dans les méandres d'un cerveau malade qui n'est autre que celui d'un schizophrène présentant 23 personnalités (ainsi qu'une 24ème en gestation)! Un être déséquilibré qui séquestre trois jeunes filles dans l'unique but d'assouvir les pulsions de certaines de ses identités.
Angoissant, tout en laissant place à l'humour le temps de quelques instants où notre geôlier change de personnalité, "split" doit beaucoup à son casting 4 étoiles mené de mains de maître par un James Mc Avoy (le Professeur X dans la saga "x-men") qui excelle dans son rôle de schizophrène et une Anya Taylor-Joy (« the witch », « Morgane ») parfaite en victime de ce dernier. Imprévisible et inquiétant, changeant de ton, d'attitude et d'expression du visage (selon les personnalités qui se manifestent) avec une facilité déconcertante, James Mc Avoy est au sommet de sa forme et porte indéniablement le film sur ses épaules (un film à voir en VOST assurément)!


Malgré le peu de grandes surprises dans son final (que l'on aurait peut-être préféré plus tordu) et surtout un résumé un brin trop racoleur (où sont les 23 personnalités promises ? Seules 6-7 seront de la partie…), ce "split" demeure toutefois un retour gagnant pour son réalisateur. Sans être transcendant, voilà un bon film d'ouverture qui laisse présager cette année encore une bien belle compétition à la Perle Des Vosges!

 

JEUDI 26 JANVIER 2017

 

FILM 02 : PREVENGE (CHERIE, ET SI ON FAISAIT UN BEBE?)

Ruth est enceinte de sept mois et, comme de nombreuses futures mères pendant leur grossesse, elle croit pouvoir entendre la voix de son bébé qui s’adresse à elle. À la différence près que sa progéniture à elle l’encourage sur la voie de la folie meurtrière. Portant encore le deuil de son mari disparu quelques mois plus tôt, Ruth accepte d’être formée aux techniques létales par son bambin. Elle se lance alors dans une virée sanglante afin d’éliminer toute personne amenée à la côtoyer, du propriétaire d’une animalerie au DJ d’un club, en passant par une femme d’affaires solitaire. En plein carnage, le ventre arrondi de Ruth lui sert de parfait alibi : après tout, qui pourrait suspecter d’être une meurtrière sans pitié une femme enceinte au si doux visage ?

Premier film hors compétition que nous voyons cette année et déjà présenté au PIFFF en décembre 2016, "prevenge" est un sympathique petit thriller mêlant slasher et giallo. Le parcours d'une jeune femme enceinte qui n'est pas sans rappeler un certain "baby blood" ou encore "Rosemary's baby" durant lequel une jeune femme désorientée (en deuil suite au décès du père de son futur enfant) assouvit les pulsions meurtrières que lui dicte l'enfant qu'elle porte en elle. S'ensuit alors, avec en fond une terrible bande originale, une vague de meurtres à l'arme blanche sans réel temps mort, le film distillant notamment une bonne dose d'humour bienvenue lors de chaque confrontation avec une victime. Peu sanglant mais sacrément divertissant, voilà bien un film simple mais efficace à découvrir!

 

FILM 03 : HOLIDAYS (CA VA ETRE TA FETE !)

Cette anthologie propose une interprétation sombre et originale de nos fêtes traditionnelles bien-aimées – la Fête des Pères, la Saint-Valentin, Pâques, le Nouvel An, la Saint-Patrick, Halloween, la Fête des Mères et Noël – et s’attaque à notre folklore, nos coutumes et nos croyances, tout en célébrant l’horreur de ces jours si particuliers qui reviennent chaque année.

Deuxième film vu en hors compétition, "holidays" est plus précisément un film à sketches comme on a pu en voir récemment dans les sagas de "v/h/s" ou "the abc's of death". Même si sa présence au festival demeure étrange (le film est disponible légalement sur la toile depuis plusieurs mois), elle n'est pas moins intéressante et finalement assez logique, le public étant friand de ce genre de productions depuis longtemps déjà (quia dit "creepshow"?)

Basé sur les traditionnelles fêtes célébrées tout au long de l'année (Noël, Pâques, St Valentin, Halloween, Fête des pères, Fête des mères, Nouvel an et St Patrick) auxquelles il leur donne à chacune une vision fantastique, "holidays" nous offre huit segments réalisés par des spécialistes du genre tels que Kevin Smith ou encore Nicholas McCarthy et Gary Shore. Comme bon nombre de films à sketches, nous avons du bon et du moins bon et effectivement ici 5 segments retiendront notre attention sur les 8 proposés, laissant planer une suspicion de remplissage pour boucler le projet. Dommage... Restent toutefois quelques histoires bien torchées, certaines gores et trashs (un Nouvel An ensanglanté, un Halloween trash à souhait) d'autres plus portées sur la subtilité et l'originalité scénaristique (Pâques ou la St Patrick). Pas indispensable mais tellement mieux qu'un "the abc's of death 2" passé deux auparavant à Gérardmer qui présentait bien plus de remplissage sans intérêt!

 

FILM 04 : ON L'APPELLE JEEG ROBOT (OU QUAND UN PAUMÉ FOUT UNE RACLÉE A TOUTES LES MAFIAS LOCALES)

Poursuivi par la police dans les rues de Rome, Enzo doit plonger dans les eaux du Tibre dans lesquelles il est contaminé par une substance radioactive. Alors doté de superpouvoirs, il décide de mettre ceux-ci au service de ses activités criminelles. Du moins jusqu’à ce qu’il rencontre Alessia, une jeune femme fragile, persuadée qu’il est l’incarnation de Jeeg Robot, le héros de manga japonais venu sur Terre pour sauver le monde. Mais Enzo devra d’abord affronter Fabio dit « le Gitan », un psychopathe mafieux qui travaille pour la Camorra…

Nous l'attendions avec impatience sur les terres vosgiennes! Grand concurrent de "grave" dans cette 24ème édition du festival, "on l'appelle Jeeg robot" de Gabriele Mainetti arrive ce jeudi 26 janvier dans la compétition! Lui qui a déjà été le grand vainqueur des Donatello 2016 (l'équivalent des Césars en Italie) et qui a déjà reçu le Grand Prix à l'Etrange Festival 2016 et le Silver Scream Award au Festival du Film Fantastique d'Amsterdam vient chercher une ou plusieurs récompense(s) à Gérardmer!

Film de super-héros mêlant les genres (comédie, fantastique, drame, action sans oublier émotions et scènes sentimentales!) avec beaucoup de réussite et de fluidité, ce premier essai de notre réalisateur italien est fort concluant! On s'amuse à suivre Enzo, un anti-héros risible (petit voleur se gavant de yaourts et se délectant devant des films pornos à longueur de journée) devenu super-puissant après avoir été en contact avec un fût toxique (qui a parlé de "toxic avenger"?), aller de péripéties en péripéties malencontreuses. Alors qu'il met ses pouvoirs surnaturels au service du crime (distributeur de billets explosé, attaque musclée de fourgon blindé...), se mettant alors à dos des gangsters locaux, la mafia napolitaine et la police romaine, Enzo parvient à trouver du réconfort et de la tendresse auprès de la belle mais idiote Alessia qu'il va devoir protéger et secourir de tous ces criminels. Tout un programme donc pour notre anti-héros à la force herculéenne qui va donc affronter de redoutables ennemis armés et parfois même ayant des pouvoirs identiques (des combats musclés pouvant rappeler des "chronicle" ou "monsterz") dans une histoire au rythme effréné mêlant super-héros et japanimation avec brio! Drôle et bourré d'action : une belle réussite que voilà!

 

FILM 05 : RUPTURE (VOUS REPRENDREZ BIEN ENCORE UNE PETITE SERINGUE AVANT DE PARTIR?)

 

Renée Morgan, une mère célibataire, n’a jamais pu apprendre à être forte. Un jour, après avoir laissé son fils à l’école, elle est brutalement enlevée et jetée dans un camion qui part en trombe et roule pendant des jours. Elle n’a aucune idée où on l’amène, mais de toute évidence, on l’amène très loin… Le camion finit par arriver dans un vaste établissement, possiblement pharmaceutique ou gouvernemental. Un homme mystérieux la questionne sur son passé médical et sur ses peurs. D’autres personnes arrivent, d’autres personnes l’observent. Mais pourquoi elle ? Et que veulent ces gens ? La réponse à ces questions ira bien au-delà de tout ce qu’elle aurait pu imaginer…

Troisième film en compétition que nous voyons, "rupture" est un thriller mâtiné de science-fiction que nous pourrions rapprocher notamment de "the signal" ou "honeymoon" pour certaines thématiques abordées mais aussi pour cette volonté aussi de garder une petite part de mystère dans sa narration, laissant libre cours à l'imagination parfois débordante du festivalier! "Rupture" a beau être le moins mémorable des trois films en compétition vu pour le moment, il n'en demeure pas moins intéressant et surtout captivant. Passée une scène de kidnapping fort bien orchestrée, nous voici plongés en plein mystère sur les raisons de cette séquestration jusqu'aux 15 toutes dernières minutes durant lesquelles la vérité viendra à nous. Certes, le film joue la carte de quelques clichés (le sempiternel circuit labyrinthique dans les conduits d'aération notamment) voire de quelques facilités scénaristiques (une libération quelque peu facile, une échappée par les conduits d'aération passant inaperçue alors que les grilles murales ne sont pas remises à trois reprises...) mais qu'importe : le tout fonctionne plutôt bien et parvient à garder cette part de mystère qui se dévoile petit à petit au fil des tests (qui parfois font froid dans le dos), des perfusions et des injections par seringues. Claustrophobique par moments, énigmatique jusqu'à son chapitre final, ce huis-clos laborantique mis en scène par un casting fort honnête vous tiendra en haleine jusqu'à une révélation finale qui en dira long sur le malheureux devenir de certains protagonistes mais chut... je vous laisse le découvrir!

 

FILM 06 : VIRAL (UN PETIT VER POUR LA ROUTE?)

Année 2016. Le monde entier est subitement infecté par un mystérieux virus qui décime la quasi-totalité de la population. Dans une petite ville, Emma et sa sœur aînée Stacey découvrent, horrifiées, que les habitants contaminés se transforment en créatures féroces. Prises au piège, elles décident de rester chez elles avec leur famille et de réussir à tenir coûte que coûte en attendant les secours. Jusqu’au jour où Stacey, à son tour, se retrouve contaminée…

Les films de contamination et d'infection sont devenus légion au Festival de Gérardmer et chaque année au moins un long-métrage nous est présenté dans ce registre. Un genre qui peine de nos jours à apporter des touche d'originalité, chacun repassant par des sentiers déjà battus à plusieurs reprises par les prédécesseurs (à l'exception de certains ces dernières années comme le surprenant "summer camp" et l'intelligent "the bay", eux aussi passés par Gérardmer), mais c'est tout de même avec une certaine sérénité que nous allons à la projection de ce film hors compétition, ce type de production vue et revue parvenant cependant à être toujours un minimum divertissante (on peut penser au très classique "what we become" de l'édition précédente). Et effectivement nous avons eu droit ici à un film assez banal, avec son jeune casting aux prises avec des personnes contaminées devenues avides de chair fraîches, un Gouvernement qui se veut rassurant et protecteur de la population ou encore un huis-clos dans une maison entourée de personnes infectées. Nous suivons un fil conducteur très classique qui nous mènera lui aussi à un final très commun mais qu'importe : "viral" se suit plutôt bien en raison d'une dynamique fort appréciable (un rythme soutenu qui évite les temps morts) et de quelques idées et scènes originales (l'extirpation d'un ver parasite, des contaminés qui deviennent aveugles...). Bref, un petit moment de cinéma non transcendant mais suffisamment rythmé pour en sortir tout de même satisfait.

 

VENDREDI 27 JANVIER 2017

 

FILM 07 : CLOWN (LES BALLONS FLOTTENT AUSSI SUR GERARDMER)

 

Lorsque le clown engagé pour animer l’anniversaire de son fils lui fait faux bond, un père de famille qui travaille comme agent immobilier doit prendre la relève. Il trouve par hasard un vieux costume de clown dans le sous-sol d’une maison qui vient d’être mise en vente et il revêt le déguisement pour assurer le spectacle. Le lendemain de la fête, il réalise qu’il n’arrive plus à se débarrasser du costume alors devenu une seconde peau…

Quatrième film en compétition que nous voyons, la production Eli Roth "clown" a beau avoir été réalisée il y a trois ans, ce dernier apparait au festival cette année étant donné qu'il demeure inédit par chez nous. Film de clown tueur à la frontière entre le slasher et le film de possession démoniaque, le film de Jon Watts avait tout à fait sa place dans la compétition au vu de son profil. Un registre assez peu répandu mais que l'on prend toujours plaisir à dévorer ("ça", "dark clown", "killer clowns from outer space", sans oublier le Captain Spaulding de Rob Zombie). Alors oui "clown" traîne parfois un petit peu en longueur et nous pourrons lui reprocher de ne pas trucider un peu plus mais au final nous avons là un honnête film, amusant et saignant à la fois, doté de bons effets spéciaux et maquillages mais également d'un clown bien barré que l'on prend plaisir à voir se transformer progressivement en démon féroce dévoreur d'enfants! Après le très sympathique "cub" belge il y a deux ans, la dégustation d'enfants est à nouveau au menu de la compétition cette année!

 

FILM 08 : SEULS (ET HEUREUSEMENT QU'ILS NE SONT PAS NOMBREUX...)

 

 

Leïla, 16 ans, se réveille en retard comme tous les matins. Sauf qu’aujourd’hui, il n’y a personne pour lui dire de se presser. Où sont ses parents? Elle prend son vélo et traverse son quartier, vide. Tout le monde a disparu. Se pensant l’unique survivante d’une catastrophe inexpliquée, elle finit par croiser quatre autres jeunes : Dodji, Yvan, Camille et Terry. Ensemble, ils vont tenter de comprendre ce qui est arrivé, et apprendre à survivre dans leur monde devenu hostile.
Mais sont-ils vraiment seuls ?

 

Présenté en projection unique durant le festival, le film français "seuls" est une adaptation cinématographique d'une saga littéraire à succès dont la sortie cinéma est prévue début février. Film tout public présenté en hors-compétition, le film se veut le premier volet d'une saga estampillée ado comme "hunger games" ou "le labyrinthe". Avec son univers post-apocalyptique certes vu et revu mais toujours bienvenu (une ville dévastée, des autoroutes désertées, des voitures à l'arrêt ou accidentées un peu partout...), nous aurions pu nous attendre à quelque chose de réjouissant, le cocorico résonnant alors presque fièrement dans nos coeurs de patriotes. Hé bien non, une bonne douche tiédasse que voilà! Porté par un casting ultra-stéréotypé (le black délinquant, le jeune fils de riche maniéré, la sportive courageuse, la petite princesse timide...), "seuls" s'avère au final bien peu passionnant (il ne se passe vraiment pas grand chose et les dialogues entre gamins sont sans grand intérêt), bourré de maladresses scénaristiques (voire même d'incohérences flagrantes) et très longuet. Passées les deux-trois situations ou dialogues nous tirant quelques sourires (amusant de voir comme une critique de la société de consommation façon "zombie" cette occupation d'un luxueux hôtel dévasté, même si cela semble involontaire de la part du réalisateur), il ne reste finalement pas grand chose de cette production hexagonale dont nous espérions vraiment mieux... Déception...

 

FILM 09 : SAM WAS HERE (MAIS PAS EN COMPET')

 

Sam, un représentant de commerce, traverse le désert californien à la recherche de nouveaux clients, mais il ne rencontre jamais personne. Son épouse ne répondant pas à ses appels, son seul lien avec le monde extérieur reste la voix d’Eddy, un animateur d’une station de radio qu’il écoute en conduisant. Eddy demande à ses auditeurs de lui fournir des informations sur un tueur d’enfants toujours en fuite et les exhorte même à lui faire la peau. Sam réalise alors que tous voient en lui le tueur recherché.

 

Présenté déjà au PIFFF, à Strasbourg et à l'Etrange Festival, "Sam was here" fait logiquement son apparition à Gérardmer en hors-compétition. Thriller conçu sous forme de road-movie en plein désert californien, ce film réalisé par le français Christophe Deroo et rappelant quelque peu le cinéma de Quentin Dupieux (qui a parlé de "rubber"?) s'avère être une bonne surprise. Après nous avoir perdu en plein désert (un sentiment d'isolement parfaitement retranscrit), Sam le commercial nous plonge dans l'arrière-pays américain dépeint si souvent de façon si sale (terrain vague, carcasses de voitures), pauvre (motel vide et délabré) et surtout hostile (nous ferons la rencontre de rednecks peu sympathiques pour ne pas dire tarés et violents). Court (1h12 approximativement), "Sam was here" va rapidement à l'essentiel et nous plonge dans un climat d'insécurité, une ambiance oppressante dont la tension va aller crescendo sans plus jamais relâcher le spectateur. Pas d'explication toute faite et servie sur un plat ici, le réalisateur choisit judicieusement de laisser le public donner libre cours à son imagination et à sa réflexion pour interpréter cette chasse à l'homme virevoltante que nous venons de vivre. Des paysages désertiques (renforçant cette sensation d'insécurité et d'isolement), un rythme infernal sous fond de musique carpenteresque tonitruante et un Sam à l'interprétation très convaincante : voilà les ingrédients essentiels dans la réussite de ce petit film à la réalisation bien léchée! Un film à découvrir!

 

FILM 10 : REALIVE (HIBERNATUS, RENTRE CHEZ TOI!)

 

Marc Jarvis subit un choc brutal lorsqu’il apprend, à l’âge de 32 ans, qu’il est atteint d’un mal incurable et qu’il ne lui reste qu’un an à vivre, au mieux. Ne pouvant accepter sa mort prochaine, il décide de se faire cryogéniser. Même si elle désapprouve la décision de Marc, Naomi, le grand amour de sa vie, l’accompagne dans sa démarche.
Soixante ans plus tard, la société Prodigy Health Corporation réussit à le réanimer. Malgré les complications médicales qui suivent son retour à la vie, le corps de Marc a une furieuse envie de vivre quand son âme a du mal, elle, à retrouver la simple envie de guérir.

 

Après un passage remarqué aux Utopiales de Nantes en 2016 (Grand Prix du Jury et Prix du Public), "realive" nous parvient en compétition officielle à Gérardmer. Ce film franco-espagnol de Mateo Gil (ayant officié sur les scénarios de "tesis", "ouvre les yeux" et "agora" d'Alejandro Amenabar) est de la science-fiction pur jus dont il est difficile d'apporter une rapide critique sans trop en dévoiler le contenu.
Entre romance et science-fiction, "realive" se pose sur des thématiques relatives à la nature humaine (profitons des joies de la vie et de l'instant présent) tout en critiquant le domaine de la science, ses progrés considérables et cette volonté acharnée d'atteindre des objectifs (mais à quel prix?). L'éthique dans le milieu des sciences est mise à rude épreuve dans ce "Frankenstein" des temps modernes, forçant le spectateur, par le biais de scènes chocs, à se poser les questions essentielles de la vie. Poignant, bouleversant, "realive" est un coup de maître assurément. Voilà bien un sérieux prétendant au Grand Prix ou au Prix du Jury!

 

FILM 11 : ORGUEIL ET PREJUGES ET ZOMBIES (OULA....)

Depuis une cinquantaine d’années, l’Angleterre victorienne subit une mystérieuse épidémie : des zombies battent la campagne, dévorant les vivants pour prolonger leur existence tout en contaminant ceux qu’ils ne tuent pas immédiatement. Pour protéger ses cinq filles, Mr. Bennet les a envoyées toutes jeunes en Chine se perfectionner dans les arts martiaux. Lors d’une sanglante attaque, Elizabeth, la plus douée d’entre elles, doit faire alliance contre son gré avec le beau Mr. Darcy, un arrogant gentleman tueur de zombies émérite. Mettant de côté leur orgueil et leurs préjugés, ils décident de combattre ensemble cette terrifiante menace.

Alors que nous pensions voir une sorte de nouvel opus à la "Abraham Lincoln VS zombies ou vampires", autrement dit une série B rythmée et bien sympatoche pour un festival, la déception fut au rendez-vous ce vendredi soir... Déjà disponible en ligne depuis pas mal de mois, voilà finalement un film qui était clairement dispensable dans la compétition et autant être franc c'est bien le premier depuis le début du festival("seuls" n'étant pas en compétition hein!) Malgré des maquillages faciaux réussis et un cadre temporel bienvenu, ce film de zombies est clairement une déception. Scénario trop pompeux, dialogues trop présents est surtout sans grand intérêt, scènes de bagarres blindées de hors-champs, "OEPEZ" nous fait le coup de la romance crétine sur plusieurs tableaux et de l'humour qui tombe à plat la majeure partie du temps... Bref vous l'aurez compris, inutile d'épiloguer plus longtemps, nous sommes là face à la plus grosse déception de ce festival pour le moment. Vraiment dommage de voir ce travail non pas bâclé mais clairement saccagé du début à la fin quand on connaissait pourtant les bases intéressantes de cette production (historique revisité, carnages multiples...). A oublier... comme un certain "Jeruzalem" l'année passée...

 

SAMEDI 28 JANVIER 2017

 

FILM 12 : THE VOID (QUAND TENTACULES RIME AVEC PUSTULES)

Alors qu’il effectue une patrouille de routine, l’officier Daniel Carter découvre un jeune homme blessé au bord de la route, le visage couvert de sang. Il s’empresse de le conduire vers l’hôpital le plus proche, mais découvre que les patients et le personnel de l’établissement se transforment peu à peu en créatures monstrueuses. Il prend alors la tête d’un groupe de survivants et les conduit dans les souterrains de l’hôpital, espérant ainsi contenir la contagion et mettre un terme à leur cauchemar avant qu’il ne soit trop tard.

Premier film hors compétition de la journée, "the void" est une très bonne surprise. Alors que nous pensions avoir droit à un film assez classique de contamination-infection, nous voilà plongés en plein huis-clos dans un hôpital en grande partie déserté par son personnel où va se réfugier une petite bande de personnes en proie à de mystérieux individus vêtus de blanc. Quelles sont leurs réelles motivations? Nous n'en savons rien mais au fur et à mesure que le film progresse, la terrible vérité apparaît. Mêlant les registres avec brio (savant fou, monstres, home invasion, survival, fantastique pur et dur...) comme avait su notamment le faire l'année dernière un certain "we are still here", ce "the void" est un parfait hommage au cinéma des années 70 et 80 (impossible de ne pas penser à Hellraiser ou au cinéma de Brian Yuzna et Stuart Gordon). Avec ses effets spéciaux à l'ancienne (latex, animatroniques et tout ce qui ravira les fans de l'ancienne école anti-numérique) et son côté très gore-trash, "the void" vous mènera jusqu'aux portes de l'au-delà avec un rythme des plus soutenus! Un très bon film en hors-compétition!

 

FILM 13 : INTERCHANGE (VOLE PETITE AME...)

 

Adam, un photographe de la police criminelle hanté par les visions macabres de la dernière scène de crime sur laquelle il a dû travailler, décide de se couper du monde en rester isolé chez lui et, pour s’occuper, de continuer à prendre des photos de ses voisins. Son passe-temps apparemment anodin prend une drôle de tournure lorsqu’Adam s’éprend de sa voisine d’en face, Iva, originaire de Bornéo. Adam se retrouve alors bientôt mêlé à de sombres histoires de meurtres mystérieux…
Au même moment, son meilleur ami, le détective Man, lui demande de l’aider à résoudre une série de meurtres rituels. Au fil de leur enquête, Adam et Man vont alors découvrir l’existence cachée d’un monde souterrain peuplé de chamans et de créatures surnaturelles…

Présenté en hors-compétition, "interchange" est un thriller fantastique sous forme d'enquête policière qui nous vient de Malaisie et d'Indonésie. Même si le film ne plaira pas à tous les publics du fait de sa narration très lente, typique du cinéma asiatique, il faut bien reconnaître que "interchange" est plutôt original et entretient le mystère suffisamment longtemps pour tenir en haleine le festivalier Lambda. Les plus férusde croyances et de rituels des tribus sauvages (dont je fais partie) découvriront la vérité presque une bonne heure avant la fin du film mais qu'importe car ce dernier comporte d'autres péripéties inattendues et bienvenues. Un bon thriller en soi avec un casting d'honnête facture qui ravira bon nombre d'entre vous! Pas le meilleur film en hors-compétition mais un bon film quand-même!

 

FILM 14 : UNDER THE SHADOW (FANTOME, OU ES-TU?)

 

Téhéran, 1988. Dans le conflit qui oppose l’Iran à l’Irak, voilà huit ans que la ville est la cible de bombardements. Après le départ de son mari au combat, Shideh doit élever seule leur fille Dorsa. Quand le toit de leur immeuble est touché par un missile qui – miraculeusement – n’explose pas, Shideh semble progressivement perdre pied au fur et à mesure du comportement de plus en plus étrange de Dorsa. Essayant de trouver un sens à ces changements soudains chez sa fille, Shideh apprend par un voisin superstitieux que ce missile a dû transporter avec lui un djinn, une force surnaturelle qui voyage avec le vent et qui cherche depuis à posséder sa fille. Shideh n’a alors d’autre choix que celui d’affronter l’esprit malveillant pour réussir à sauver Dorsa.

Nouveau film en compétition, "under the shadow" est disponible depuis quelques temps sur Netflix mais qu'importe votre rédacteur n'est pas abonné alors il a réservé sa place pour le voir en terres vosgiennes! Film multinational (Royaume-Uni, Qatar, Iran et Jordanie), "under the shadow" est déjà passé sur Strasbourg sans trop faire d'échos. Et au vu du film que nous venons de voir cela ne nous étonne pas vraiment. Très classique, le réalisateur se contente de nous livrer deux-trois jumpscares plutôt réussis dans un appartement, quelques apparitions fantômatiques (bon en fait il s'agit de Djinns...) là aussi de bel effet et c'est à peu près tout. Reste toutefois un contexte géo-politique (conflits Iran-Irak) intéressant avec tout ce que cela engendre (les évacuations suite à bombardements, les mutations et départs de certains habitants) étant donné que l'action se situe en pleine ville de Téhéran, probablement la grosse originalité de cette production au final bien timide. Dans le genre on a vu beaucoup mieux mais ne boudons pas notre plaisir car le film se suit plutôt bien et les temps morts sont rares.

 

FILM 15 : THE GIRL WITH ALL THE GIFTS (ALLEZ LES VERTS, ALLEZ LES VERTS!)

Au fin fond de la campagne anglaise, une base militaire héberge et retient prisonniers un groupe d’enfants peu ordinaires qui, malgré le fait d’avoir été infectés par un agent pathogène « zombie » qui a décimé la planète, demeurent capables de penser et de ressentir des émotions. Lorsque la base est attaquée, l’une d’entre eux, Mélanie, réussit à s’échapper en compagnie de son professeur, de deux soldats et d’une biologiste qui ne voit en elle qu’un cobaye indispensable à la découverte d’un vaccin. Dans une Angleterre dévastée, Mélanie doit découvrir qui elle est vraiment et décider ainsi de son propre sort comme de celui de l’humanité tout entière.

 

Déjà primé outre-Atlantique, "the girl with all the gifts" était fort attendu lors de ce festival, au même titre que "grave", "on l'appelle Jeeg Robot" et "the autopsy of Jane Doe". Film de zombies sous fond de message écolo, le film de Colm McCarthy n'est pourtant pas exempt de défauts (quelques longueurs par-ci par-là, un jeune casting ridicule en seconde partie de métrage) mais parvient tout de même à sortir son épingle du jeu du fait de son originalité (des générations différentes chez les zombies, la symbiose entre les zombies et les champignons), notamment dans sa première partie où de jeunes enfants attachés à des chaises roulantes suivent une éducation des plus particulières, entourés de soldats. Un film de zombie dans lequel ce dernier n'est finalement qu'un prétexte ou plutôt un hôte pour des champignons et des parasites fongiques bien décidés à se développer. Une portée très écolo que voilà (une nature qui veut reprendre ses droits et gomme toute trace de civilisation et d'urbanisation : en témoignent le nombre de personnes infectées mais également ces décors post-apocalyptiques infestés de plantes herbacées, de mousses ou de lierre en seconde partie de métrages) pour un film de zombies fort original et divertissant.

 

FILM 16 : UNDERWORLD BLOOD WARS (HEUREUSEMENT KATE EST TOUJOURS LA...)

 

Selene, la chasseuse de lycans, doit affronter les agressions brutales des vampires et des lycans qui l’ont trahie. Avec David et son père Thomas, les seuls alliés de Selene, elle doit réussir à mettre un terme à l’éternelle guerre que se mènent les deux clans, même si cela exige de sa part l’ultime sacrifice.

Avant de se rendre à la nuit décalée comme le veut la tradition sur Gérardmer, il convenait de voir tout de même le blockbuster de la saga "Underworld", le cinquième volet intitulé "blood Wars". Comme prévu, rien de transcendant dans ce nouveau volet des aventures de Kate Beckinsale. Bien que le scénario du film soit réduit à peau de chagrin (le manque de péripéties, l'action redondante notamment), ce nouvel "Underworld" restera toutefois divertissant pour les moins exigeants d'entre nous, ceux dont les combats répétitifs qui s'éternisent et les giclées de sang numérisé ne dérangent pas.

 

LA NUIT DECALEE : TERRA FORMARS (FILM 17) et THE LURE (FILM 18)

Hormi certaines personnes faisant partie du jury cette année, la nuit décalée (anciennement « la nuit fantastique ») est probablement la plus grosse déception de cette 24ème édition du Festival International du Film Fantastique de Gérardmer.

Alors que cette nuit, comprenant habituellement trois films diffusés entre 00h30 et 05h30 environ, a pour objectif d’amuser l’auditoire devant des long-métrages bien souvent déjantés, cette année il en a été tout autre... Alors que les nuits fantastiques de ces 3-4 dernières années avaient vu fleurir quelques bonnes surprises (la saga des « new kids », « Tucker and Dale fightent le mal », « bounty killer », « dead sushi », le premier « sharknado », « freaks of nature », « zombeavers », « eat »...), nous étions assez logiquement en droit de nous attendre à un nouveau grand moment de rigolades, certains métrages présentés étant parfois totalement décalés (je pense notamment au renversant « lovemilla » de l’édition précédente). Quelle erreur !

 

Deux films uniquement étaient présentés lors de cette nuit. Une petite déception déjà au moment de découvrir la grille des programmations une douzaine de jours environ avant le festival. On se dit alors « c’est pas grave, les deux films vont sûrement valoir le coup d’oeil et nous irons de ce fait plus tôt au lit pour mieux débuter la dernière journée du festival ». Hé bien non (enfin si : nous sommes bien allés plustôt au lit !) : les deux films projetés ont été bien loin de faire l’unanimité dans la grande salle de L’Espace Lac...

 

500 ans auparavant, afin de répondre aux problèmes de surpopulation sur la Terre, des scientifiques envoient des cafards sur Mars afin de rendre la planète habitable. De nos jours, soit en 2599, après l’échec d’une première tentative de colonisation, le gouvernement envoie sur Mars une nouvelle expédition composée de hors-la-loi de tous bords afin d’exterminer les cafards. Mais ces insectes minuscules se sont transformés en créatures humanoïdes à la force surhumaine.

Après avoir survécu à un désastreux film de Takashi Miike (« Ichi the killer », « audition », « dead or alive », « la mort en ligne », « zebraman », « crows zero »...) intitulé « terra formars » (adaptation d’un manga, ce dernier est une sorte de mélange de japanimation et de film de science fiction avec des cafards géants fort laids où les scènes d’action sont aussi inutiles que redondantes, l’humour totalement risible et les effets spéciaux numérisés et parfois effroyables...), nous avons eu droit à un second film de bien meilleure qualité heureusement.

 

Par une nuit noire au bord de l’eau, une famille de musiciens rencontre les deux sirènes Silver et Golden. Après les avoir convaincus de leurs bonnes intentions, les deux séduisantes sirènes rejoignent un groupe de musique jouant dans une discothèque de Varsovie. Quand la romantique Silver tombe amoureuse du bassiste du groupe, sa sœur Golden – qui ne peut résister à sa soif naturelle de sang – craint que cette relation ne mette en danger leur rêve commun de pouvoir rejoindre un jour l’Amérique à la nage pour y commencer une nouvelle vie.

« The lure », film polonais sacrément original, est une sorte de film dramatique mettant en scène des sirènes chantant dans un cabaret et dont la narration est ponctuée de nombreuses chansons, à la manière d’un « rocky horror picture show » ou encore d’un « phantom of the paradise », la qualité des chansons et du casting en moins cependant... En demeure toutefois une oeuvre fort honnête où drame, humour et scènes saignantes se côtoient pour nous offrir un bon petit moment de cinéma sans prise de tête et dépaysant. Un film mineur parmi la liste de tous ces gros titres cités un peu avant et ayant figuré dans les nuits fantastiques/décalées précédentes mais un bon lot de consolation tout de même pour les festivaliers restant encore vers 02h30 du matin, « terra formars » ayant eu raison de nombreuses personnes cette année la salle s’étant vidée de deux tiers environ une fois le premier film terminé... Vraiment dommage...

 

DIMANCHE 29 JANVIER 2017

 

FILM 19 : GRAVE (OK MAIS JUSTE UN DOIGT ALORS!)

 

Dans sa famille, tout le monde est vétérinaire et végétarien ! À seize ans, Justine est une adolescente surdouée sur le point d’intégrer l’école vétérinaire où étudie également sa sœur aînée.
Mais Justine à peine installée, commence le bizutage des premières années. On force Justine à manger de la viande crue. C’est la première fois de sa vie.
Les conséquences ne se font pas attendre. Et Justine découvre sa vraie nature.

 

9e film vu dans la compétition, c'est donc ce dimanche matin au tour de "grave" de passer à la moulinette. Inutile de dire que le film de Julia Ducournau était très attendu par les festivaliers, ce dernier ayant récolté beaucoup de prix en en festivals depuis 2016 (des passages à Toronto, Paris, Strasbourg, sans oublier l'Étrange Festival ou Cannes).
Film d'auteur, ce récit initiatique mêlant psychologie, humour et drame,avec quelques petites touches saignantes en prime (n'oublions pas que nous sommes en plein cannibalisme) nous plonge dans la transition lente et douloureuse d'une jeune fille vers l'anthropophagie. Sous fond de campus movie, nécessaire pour renforcer cet état de dépression chez notre jeune fille fragile et végétarienne stricte (bouffe de cantine et bizutage vont lui mener la vie dure), "grave" vient même nous gratifier de quelques petits clins d'œil à des films tels que "Carrie" ou "vorace", sans jamais tomber dans le gore gratuit. Même si l'on trouvera très étrange de retrouver une jeune cannibale végétarienne dans une école de vétérinaires, il s'avère assez difficile de chercher des points négatifs à ce récit, sa réalisatrice maîtrisant plutôt bien son sujet (hallucinations, déchaussement des dents ou encore tremblements et grattements en période de jeûn). Porté également par un casting de très bonne facture (mention spéciale à la jeune actrice interprétant le personnage principal), "grave" vient compléter logiquement cette belle liste de films en compétition cette année!

 

COMPETITION COURTS-METRAGES

 

Cette année encore, il nous a été possible d’assister à la compétition des courts-métrages. Bien qu’inférieure à la compétition de l’année dernière, cette dernière parvenait toutefois à apporter quelques touches d’originalité. Entre critique de la société contemporaine (« marée basse »), humour et gore (« please love me forever »), contamination (« le plan »), terreur juvénile et récit initiatique (« Margaux ») sans oublier une touche de surnaturel (« limbo »), la compétition avait tout de même fière allure, n’en déplaisent à de nombreux festivaliers interrogés durant le week-end qui n’ont pas adhéré à la compétition de cette année.

 

FILM 20 : THE AUTOPSY OF JANE DOE (PENETREZ DANS MES ENTRAILLES !)

 

Le médecin légiste Tommy Tilden et son fils Austin gèrent une morgue familiale dans la petite ville de Virginia. Dans le cadre d’une enquête de routine, le shérif local leur amène le corps d’une inconnue – dénommée Jane Doe par défaut – retrouvé dans le sous-sol d’une maison où plusieurs meurtres ont été commis. Quand ils décident de procéder à l’autopsie, ces professionnels aguerris vont aller de découvertes en découvertes de plus en plus macabres, tandis que des événements surnaturels ne tardent pas à survenir autour d’eux.

 

Très attendu par les festivalier, le nouveau film du norvégien André Ovredal (« troll hunter ») avait déjà fait sensation lors de sa projection à l’ouverture du PIFFF en Décembre 2016. Après avoir vu ce dernier à Gérardmer, nous comprenons à présent pourquoi. Alors que nous suivons l’autopsie, très saignante et réaliste, d’un cadavre retrouvé dans la cave d’une vieille bâtisse, des éléments surnaturels vont soudain surgir dans cette grande et vétuste maison servant d’habitation à nos médecins légistes père et fils mais également de salle d’autopsie et de morgue provisoire. Un cadre des plus lugubres (vieille demeure, longs couloirs sombres, salle d’opérations très froide) pour une atmosphère des moins réjouissantes (tombée de la nuit et pluie incessante dehors...) qui va instaurer un climat de tension, provoquer des frayeurs nocturnes et nous confronter à l’horreur pure (la réanimation de cadavres gardés pourtant bien au froid dans des scènes rappelant entre autres un certain « l’au-delà » de Lucio Fulci).

Enfermement, solitude et éloignement : cette grande bâtisse guère accueillante va être le théâtre de manifestations paranormales auxquelles il nous est impossible d’échapper (portes fermées, ascenseur bloqué...) et qui vont vous faire froid dans le dos !

Surnaturel, gore et terreur sont les maîtres mots de cette production dont l’histoire est au final assez simple mais qui bénéficie toutefois de multiples rebondissements servis par quelques jumpscares habiles et bienvenus et des moments de tension parfois réellement effrayants. Un très bon moment que voilà et qui vient clôturer de bien belle manière la liste des dix films en compétition cette année! Dieu qu’elle est dure cette compétition !

 

FILM 21 : KEEPER OF DARKNESS (ESPRIT, ON FAIT AMI-AMI ???)

 

Malfrat à la petite semaine le jour et exorciste la nuit, Fat n’a nul besoin d’eau bénite, ni de crucifix pour pratiquer ses exorcismes : en s’immisçant dans les vies antérieures des esprits, il peut comprendre leurs douleurs passées pour mieux les convaincre d’oublier leurs rancœurs et se réincarner en paix. L’un de ses exorcismes peu ordinaires est un jour filmé, puis posté sur la toile où il obtient des milliers de vues, faisant instantanément de Fat celui dont toute la ville parle. Mais cette vidéo attire également sur Fat l’attention d’un esprit vengeur au passé violent qu’il va devoir affronter…

 

Présenté également au PIFFF l’anné précédente, voilà peut-être l’un des films auquel je ne savais pas à quoi m’attendre, ayant entendu très peu de choses à son sujet. Bonne intuition (mais également l’envie de tout voir de ce festival, comme chaque année), je n’ai pas regretté d’avoir vu ce film en hors-compétition.

Film hongkongais, « keeper of darkness » mêle paranormal (fantômes, esprits), drame, romantisme et humour (rien que ça) avec pas mal d’efficacité. Avec récemment des films comme « le dernier train pour Busan », « the strangers », ou encore « interchange » durant ce festival, nous avons la preuve que le cinéma fantastique asiatique est toujours présent et parvient encore chaque année à nous surprendre, quelque soit le registre visité.

Avec cette histoire fort originale où un exorciste, qui voit et fait ami-ami avec des esprits bloqués dans notre Monde (on pense inévitablement à « sixième sens ») en attente de réincarnation (car ces derniers ont soit été victimes d’un meurtres soit se sont suicidés), mène une enquête pour retrouver un esprit vengeur. Une quête dans laquelle il sera aidé par des amis-esprits mais également par une bande de voyoux désireux de faire des bonnes actions pour nettoyer les mauvaises une fois le jour du jugement dernier arrivé : un contexte qui, vous l’aurez compris, permet de bonnes touches d’humour dans le récit (ces dernières, parfois très ponctuelles, font bien souvent mouche grâce à des dialogues amusants et énergiques).

Alors que les premières minutes m’avaient laissé plus que perplexe (les SFX sont assez risibles par moments : les esprits, quelque peu déformés et aux couleurs fluos, semblant sortir de dessins animés), cette histoire de fantôme sous fond d’enquête quasi-policière (une fois de plus après « interchange ») parvint à ma grande surprise à mêler romance, humour et paranormal avec brio, sans réel temps mort malgré une action non débordante (la part belle est faite aux dialogues qui font souvent mouche).

Chose intéressante à noter : le réalisateur du film, Nick Cheung, est également l’acteur principal du film, l’exorciste Fat.

 

FILM 22 : INCARNATE (COLLE-MOI AU PLAFOND !!!)

 

Lindsay, mère célibataire, est le témoin de très inquiétants phénomènes chez son fils de onze ans, Cameron. Persuadée qu’il s’agit d’un cas de possession démoniaque, Lindsay et une envoyée du Vatican font appel au scientifique Seth Ember pour s’en débarrasser. Cloué dans une chaise roulante après l’accident tragique dans lequel sa famille a disparu, il est capable de s’introduire dans le subconscient de la personne possédée. En pénétrant celui du jeune Cameron, le télépathe se retrouve face à un démon en provenance de son propre passé.

 

Il est temps de finir ce festival (snif) avec l’habituel film de clôture. Cette année, c’est le film « incarnate » qui s’y colle, une année après le décevant « american hero » mais deux après le très bon « the mirror ».

« Encore un film d’exorcisme et de possession ! » diront certain(e)s en lisant le résumé de « incarnate ». Oui en effet, nous ne pouvons pas dire le contraire, mais il faut bien avouer que cette fois-ci l’idée de base est assez originale. Ici, le démon est vu comme un parasite qui parvient à contrôler son hôte par le biais de ses rêves. De ce fait, notre exorciste (héros le temps d’un film) a pour particularité d’entrer dans le subconscient du possédé afin de le raisonner (il interfère dans le « rêve » du possédé) et l’extraire de l’emprise du démon.

Même si le film n’évitera pas quelques clichés propres à ce genre de production (le possédé qui se retrouve en lévitation, se colle au plafond...) et s’avérera même finalement assez simpliste dans son final, il faut reconnaître que quelques scènes demeurent fort originales et ponctue de temps en temps le film de bien belle manière. Face à des démons certes peu effrayants et peu combatifs au final, ce cher Aaron Eckhart nous gratifie d’une interprétation de fort bonne facture dans la peau de cet exorciste aux méthodes radicalement différentes de ses confrères.

En résulte donc un film en demi-teinte : original dans son idée de base qui lui vaudra d’ailleurs quelques passages ingénieux, le film s’avère malheureusement assez inégal et basculera même dans un final trop simpliste malheureusement. Un film à voir pour découvrir une nouvelle façon d’exorciser !

 

 

LE PALMARES 2017 :

 

GRAND PRIX : GRAVE
PRIX DU JURY : ON L'APPELLE JEEG ROBOT ex-aequo avec UNDER THE SHADOW
PRIX DU PUBLIC : THE GIRL WITH ALL THE GIFTS
PRIX DU JURY JEUNES : THE AUTOPSY OF JANE DOE
PRIX DU JURY SYFY : UNDER THE SHADOW
PRIX DE LA BANDE ORIGINALE : THE GIRL WITH ALL THE GIFTS
PRIX DE LA CRITIQUE : GRAVE
PRIX DU COURT-METRAGE : LIMBO

 

Pour ma part, je retiendrai plus particulièrement les longs-métrages suivants (par ordre de préférence) :

-Compétition : « On l’appelle Jeeg Robot », « Realive », « Grave » et « The autopsy of Jane Doe »

-Hors-Compétition : « The void », « Prevenge », « Sam was here » et « Keeper of darkness »

 

Concernant les courts-métrages, « marée basse » était de loin mon préféré. Une bien belle critique de la société actuelle où le fonctionnement d’une entreprise nous est dépeint de façon certes humoristique mais également dramatique (stress au travail et malaise/troubles mentaux suite à licenciement abusif et sans aucune reconnaissance de tes loyaux services, remplacement par une main d’oeuvre moins diplômée donc moins chère mais aussi moins bien formée...).

 

 

REMERCIEMENTS :

 

Ce dossier se termine et il est temps de remercier comme d’accoutumée certaines personnes sans qui l’organisation de mon festival aurait été bien plus compliquée.

Je tiens tout d’abord à remercier en particulier Sophie Gaulier (SG Organisation, à Nancy) pour sa disponibilité, sa sympathie et sa réactivité lors de la préparation de mon arrivée en terres vosgiennes. Je n’oublie pas également Dominique Valentin, chef bénévole sur le festival (la salle littéraire « Le Grimoire »), chez qui nous avons séjourné durant ces cinq jours.

Enfin, comme le veut la tradition et parce que sans eux le festival n’existerait pas, je tiens à remercier l’ensemble des bénévoles ayant participé à cette 24ème édition mais également Le Public Système Cinéma chargé comme chaque année d’organiser au mieux cette manifestation !

 

 

David MAURICE