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Alors qu’une contamination dont nous ignorons les origines décime la population, Paul et sa femme Sarah vivent reclus dans leur maison perdue au beau milieu de la forêt, avec leur jeune fils de 17 ans Travis. Une vie calme, organisée et reposant sur des règles de survie bien précises qui va rapidement être chamboulée suite à l’arrivée d’une autre petite famille (composée de Will et Kim ainsi que du petit Andrew), d’autant plus qu’une menace semblant provenir des bois se fait de plus en plus ressentir...



"It comes at night", un titre qui aura fait parler de lui en 2016 et sur lequel nous revenons volontiers le temps de quelques paragraphes dans cette chronique.

Déçus, beaucoup l’ont été après la projection du film de Trey Edward Shults. La raison ? La même que pour un certain "the witch" de Robert Eggers, véritable révélation de l’année 2015 : autrement dit un manque d’horreur graphique, de « tape-à-l’oeil » diront certain(e)s, et de rythme.
Car comme le film précédemment cité, "it comes at night" joue majoritairement la carte de la psychologie des personnages tout en nous gratifiant d’une atmosphère angoissante et lugubre à souhait. Un gros regret, voire même une frustration, pour de nombreux spectateurs venus chercher dans ces deux films des scènes choc, des rebondissements en veux-tu en voilà ou encore des gerbes de sang éclaboussant des visages ou les lentilles de caméras.

D’autres au contraire (comme c’est le cas de votre dévoué rédacteur) verront en "it comes at night" un film intelligent, sortant des sentiers déjà battus à maintes reprises dans ce genre si répandu de nos jours qu’est le film de contamination/infection, et montrant une horreur non pas graphique mais psychologique bienvenue qui évite les sempiternels jumpscares et autres transformations corporelles vues et revues.



« Ca arrive la nuit »... Qu’est-ce que cela signifie ? Quel est ce « it » utilisé dans le titre anglophone ?

La menace existe (le terme « contamination » revenant à plusieurs reprises tout au long du film de Trey Edward Shults) mais le mystère demeure total quant aux origines de cette infection décimant la population (Will nous apprend rapidement que les environs sont dépeuplés) ainsi qu’à ses modes de transmission.
Tout simplement parce que le réalisateur privilégie l’aspect psychologique de ses personnages : qu’importe l’origine de cette épidémie et la façon dont elle se propage, ce qui nous importe ici est la conséquence directe sur le mental, le comportement et les habitudes de vie de nos protagonistes.
Nous sommes là pour voir comment réagit un groupe formé sur des valeurs familiales aux prises avec une contamination, une menace invisible, qui décime la population. Nous sommes bien plus dans la trame psychologique ici et non pas dans le tape-à-l’oeil avec son lot de contaminés courant après de malheureuses victimes comme nous avons pu en voir à la pelle ces dernières années.

Afin de résister à cette menace qu’est l’épidémie qui sévit dans les environs, nos protagonistes n’ont guère le choix que de vivre en communauté. L’entraide et le combat contre la solitude (le dialogue, le soutien moral) sont primordiaux pour générer une bonne cohésion et surtout un mental d’acier (éviter la dépression, le pessimisme) permettant la lutte contre le fléau qui les entoure. Une vie faite de routines (Paul explique que la routine permet d’avoir des occupations journalières pour éviter notamment de vivre cachés dans une pièce, à moitié maboules, à attendre que le Mal frappe à la porte) mais aussi de règles de survie que chacun se doit de suivre scrupuleusement (maintenir les portes fermées, ne pas sortir seul...).

Malheureusement, l’arrivée d’une autre petite famille de trois membres au sein de la maison de Paul et Sarah va rapidement fragiliser cet équilibre jusque là solide. Car même si ensemble tout se passe bien (les six personnes rassemblées s’amusent, s’occupent chacun de leurs tâches respectives, mangent ensemble comme une grande famille réunie...), une fois séparés ou divisés en petits groupes les doutes et méfiances ainsi que les interrogations vis-à-vis des autres s’installent. Et quand nos braves gens sont-ils généralement séparés ? La nuit : quand chaque famille se retrouve dans sa chambre ou lors de petits verres nocturnes entre patriarches... Des informations circulent, des échanges se créent et des révélations ou doutes naissent de ces dialogues nocturnes.

Très vite, nous allons vivre une montée progressive dans l’angoisse, l’inquiétude, la peur tout simplement. La quiétude et la bonne entente entre les deux familles vont céder leur place à la paranoïa et la méfiance (une méfiance qui d’ailleurs n’a jamais trop quitté Paul vis-à-vis de Will et sa famille soit dit en passant). Les doutes et inquiétudes engendrent la peur qui va alors prédominer et changer radicalement les comportements de nos protagonistes en proie à des suspicions qui se doivent d’être levées... quelqu’en soient les moyens pour y parvenir...
Les valeurs familiales, qui créent ce cocon inaltérable et ces liens de sang et d’amour entre les membres d’une même famille, vont alors prendre le pas sur tout le reste et vont dicter les individus (surtout les patriarches) dans leurs actes.



De ce fait, le fameux « it » du titre "it comes at night" peut renvoyer à tout ce qui peut représenter une menace pour l’équilibre mental mais également pour la paix et la quiétude au sein de notre petit groupe de survivants.

Car hormis ces échanges sur le matelas avant de dormir (durant lesquels on se confie l’un à l’autre, on dévoile nos doutes et méfiances vis-à-vis des autres) ou ces conversations nocturnes autour d’un verre pouvant révéler bien des choses (Will annonce qu’il est fils unique alors qu’il parlait d’un frère à son arrivée...), la nuit est également le siège de phénomènes bien connus de nous tou(te)s. Cauchemars, insomnies et légères hallucinations (dues au fait que nous sommes parfois à demi-éveillé(e)s) peuvent apparaitre la nuit et provoquer des déséquilibres mentaux, perturber le sommeil et donc altérer notre capacité à réfléchir et à porter des jugements.

C’est également la nuit que se déroulent dans "it comes at night" des évènements particuliers qui marquent les esprits et les tourmentent : le meurtre du grand-père infecté (qui hantera les nuits de son petit-fils Travis) ou encore l’intrusion de Will ou du chien gravement blessé dans la maison. Des évènements qui renvoient à l’insécurité notamment, à cette menace venant de dehors qui peut entrer et vous contaminer à votre tour.

Il est d’ailleurs intéressant de voir comment la narration est portée selon le point de vue du jeune Travis. En effet, l’histoire semble presque nous être contée par le fils de Paul et Sarah et nous vivons donc ces chamboulements dans le cocon familial avec les yeux et le cerveau d’un jeune adolescent de 17 ans.
Un garçon très curieux qui souffre de cauchemars et d’insomnies, ce qui pousse ce dernier à arpenter les couloirs et recoins de la maison la nuit (à la manière d’un "the seasoning house" de Paul Hyett) pour écouter les personnes vivant sous le même toit que lui et ainsi rapporter des informations qui de nouveau soulèveront des doutes et de la méfiance...
Le réalisateur profite de ces cauchemars incessants de Travis pour nous confronter à des confusions/alternances entre rêve et réalité (des rêves réveillant de vieux démons comme la mort de son grand-père, mais aussi des pulsions sexuelles et des peurs...) qui de nouveau questionneront le spectateur sur ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas. Les doutes persistent et prennent bien souvent naissance dans l’obscurité de la nuit, moment où nos sens peuvent nous faire défaut...

La nuit, c’est l’obscurité, le silence... Nous ne voyons pas grand chose, seulement éclairés par les lanternes, et ce manque de clarté rajoute bien évidemment un peu de stress et d’angoisse lors de certains passages du film.
A cela s’ajoute un sentiment d’isolement et de solitude bien retranscrit avec cette forêt qui s’étend à perte de vue et dont nous sommes informés de sa potentielle dangerosité (des hommes armés ayant attaqué Paul en première partie de film, puis le chien qui disparait au loin dans la forêt...)
Bref, en plus d’être le siège de nombreux questionnements (générant inquiétude et méfiance) comme nous l’avons vu lors des paragraphes précédents, la nuit offre également une ambiance des plus inquiétantes et angoissantes ici !

Essentiel facteur de nos craintes, de nos doutes et de nos peurs, la nuit nous procure également bien des sensations de par ce manque de clarté (qu’y-a-t-il à quelques dizaines de mètres devant nous, là où la lanterne ne peut éclairer suffisamment ?) et ce silence inquiétant.



Véritable drame mêlant film de contamination/infection, film post-apocalyptique et thriller, "it comes at night" joue la carte de la psychologie (nous craignons la nuit de par son obscurité et son silence parfois glaciale mais aussi car c’est effectivement à ce moment que l’angoisse fait surface, que les doutes s’installent, que les cauchemars viennent se mêler à la réalité...) plutôt que l’horreur graphique vue et revue dans le cinéma actuel.

Porté par un casting de très bonne facture (nous pensons notamment à Paul, le père de famille, campé par un étonnant Joel Edgerton aux multiples facettes, vu dans la nouvelle trilogie des "star wars" dans lesquelles il joue le rôle du demi-frère de Dark Vador, mais vu également dans "le roi Arthur" ou encore dans "Gatsby le magnifique"), le film de Trey Edward Shults mérite le coup d’oeil, à condition que vous soyez réceptifs à ce type de cinéma au rythme assez lent il est vrai mais tellement rafraîchissant dans ce monde audiovisuel actuel aseptisé.

Un film qui saura d’autant plus vous convaincre après un second visionnage, certes pas indispensable mais réellement enrichissant pour ma part afin de comprendre certaines subtilités du scénario et surtout le pourquoi du comment de ce titre si particulier.








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Portrait de Lionel Jacquet

4.02

Parti pris presque radical au niveau d'un rythme "lent" bienvenu. Ca nous change des post-apo navrants. N'empêche il manque un peu de corps et de coffre pour en faire un film majeur. Intéressant, quoiqu'il en soit.