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1851. De nombreuses morts mystérieuses secouent les habitants d’un petit village dans le Nord de l’Espagne. Les médecins et enquêteurs constatent sur les corps mutilés des victimes des griffures semblant être celles de loups, mais également des marques d’arme blanche... Très vite, le Professeur Phillips -spécialisé dans l’étude des comportements- est envoyé sur place pour tenter de percer, avec l’aide de la Police locale, ce mystère qui semble être le fruit d’un déséquilibré ou pire d’un lycanthrope...



L'AVIS:

Paco Plaza, un nom que beaucoup connaissent depuis la saga des "rec". En effet, le cinéaste a réalisé en collaboration avec Jaume Balaguero les deux premiers volets de cette saga devenue culte avant de se lancer seul sur le troisième volet pour finalement laisser la place à son compère sur le quatrième opus.
Mais ce que l’on oublie souvent, c’est que notre réalisateur espagnol a réalisé deux films avant de percer avec la saga des "rec" : "les enfants d’Abraham" en 2002 et "l’enfer des loups" en 2004. C’est de ce dernier que nous allons parler aujourd’hui dans cette petite chronique.

Film tourné en anglais pour faciliter son exportation, « l’enfer des loups » a remporté le Prix du Jury du Meilleur Film International lors de sa parution au festival Fantasia en 2004.
Ce dernier nous narre l’histoire de Manuel Blanco Romasanta, considéré comme le premier tueur en série espagnol référencé. Un homme qui avoua treize meurtres en 1853 sans pour autant se dire responsable de ses actes : en effet, ce dernier se disait victime d’une malédiction qui le transformait en loup avide de chair fraîche.
Aujourd’hui, Manuel Blanco Romasanta fait partie du folklore hispanique, connu sous le surnom de « Loup-garou d’Allariz » (une commune d’Espagne de la Province d’Orense) ou encore de « l’Homme de Suif » car il se servait de la graisse de ses victimes pour en faire des savons de très bonne qualité.

Pour donner naissance à son second film, Paco Plaza s’est inspiré du livre « Romasanta : Memorias incertas do home lobo » d’Alfredo Conde, un descendants des médecins impliqués dans l'affaire juridique de Manuel Blanco Romasanta.



La première chose que l’on constate quand on regarde "l’enfer des loups", c’est que ce dernier est assez éloigné des œuvres habituelles de loup-garous ("hurlements" ou "le loup-garou de Londres" pour ne citer que ceux-là...). En effet, exit les scènes d’attaques, de morsures et de transformations lors de pleines lunes dans le film de Paco Plaza : certes le thème abordé ici demeure la lycanthropie mais celle-ci n’apparait pas dans un contexte fantastique comme nous avons l’habitude de la découvrir à l’écran.

Dans "l’enfer des loups", il est plus question de ce que l’on appelle la « lycanthropie clinique », une maladie psychiatrique dans laquelle le patient croit se transformer en loup. Un grave trouble mental qui nous est dépeint ici, une pulsion -comme dirait le Professeur Phillips- qui transforme l’homme en un animal sauvage et dangereux.

La médecine (plus particulièrement la psychiatrie) et la justice sont mises toutes deux en avant dans le film de Paco Plaza.
Une médecine très ancrée dans son époque (nous sommes au XIXème siècle rappelons-le) durant laquelle la Science reposait parfois sur des théories étranges et peu fondées (le Professeur Phillips annonce notamment que les aspects physiques d’une personne trahiraient sa véritable personnalité et ses vices : un nécrophile serait par exemple reconnaissable par une grosse tête et des mains moites) qui dictaient les décisions judiciaires au Tribunal.
Une époque où le Peuple était très influençable et se laissait guider par des théories bancales énoncées par des médecins et professeurs dont on osait rarement contredire les propos du fait de leur lourd bagage intellectuel.

Une façon peu ordinaire et très intéressante donc d’aborder la thématique de la lycanthropie. Mais "l’enfer des loups" est-il pour autant une très bonne surprise ?



Malgré cette originalité scénaristique consistant à nous parler de lycanthropie par le biais de la médecine et du système judiciaire ancrés tous deux dans leur époque, il faut bien avouer que le film de Paco Plaza est assez lent dans sa narration.
Soyons francs : il ne se passe pas grand chose dans "l’enfer des loups" et c’est vraiment dommage tant cet aspect psychiatrique développé ici aurait pu donner des scènes perturbantes et des péripéties marquantes avec son tueur en série agissant sous l’emprise de pulsions le transformant en véritable bête sanguinaire (dans la tête).

Au lieu de cela, nous avons droit à des scènes parfois bien longuettes et sans grand intérêt, des flash-backs parfois dispensables, un manque flagrant de rebondissements (beaucoup trop de choses sont prévisibles et le scénario se suit de manière très linéaire si l’on oublie cette fin intéressante collant à la réalité des faits de l’époque)...
Mais surtout l’ambiance n’est pas aussi oppressante que ce que nous aurions peut-être souhaité dans un film de tueur en série mêlant thriller et lycanthropie. Trop de dialogues, pas suffisamment d’attaques ou de scènes angoissantes : le trouillomètre ne se met à aucun moment en marche et c’est tout de même dommage...

Heureusement, nous avons ici un très bon Julian Sands incarnant un marchand ambulant (Manuel Blanco Romasanta) atteint de cette fameuse « lycanthropie clinique » qui en fait un parfait prédateur (pas de véritable spoiler ici rassurez-vous car la vérité ne nous est pas cachée bien longtemps). Un tueur en série se fondant dans la masse et parvenant à se faire aimer des gens qu’il côtoie (lettré, gentil, attentionné et souriant : on lui donnerait le bon Dieu sans confession, ce qui lui facilite les rapprochements avec ses futures victimes...), notamment de la belle Elsa Pataky, mais qui dévoile parfois ce qu’il appelle « son instinct animal » (inquiétant, il ne peut s’empêcher de renifler les jeunes femmes, agit parfois sous des pulsions violentes, commet ses crimes dans les bois, son endroit de prédilection...). Celui qui se définit lui-même comme « un loup se transformant en homme pour séduire et assassiner ses victimes » nous plongera le temps d’un passage au tribunal, et lors des investigations des enquêteurs, dans ses pensées et ses souvenirs faussés par son cerveau malade dans lesquels nous aurons notamment l’occasion d’assister à une jolie transformation sous forme de chrysalide.



Pour résumer, "l’enfer des loups" n’est pas le film de loup-garou auquel beaucoup pourraient s’attendre. En effet, celles et ceux habitué(e)s à des films axés fantastique et horreur avec des transformations graphiques, des attaques sanguinaires et une ambiance oppressante seront probablement surpris de la tournure que prend le scénario dans le film de Paco Plaza.

Plus axé sur la psychiatrie de son tueur atteint de « lycanthropie clinique », "l’enfer des loups" a cette particularité de nous amener dans les méandres d’un cerveau malade et de nous peindre un tueur en série pas comme les autres, et ce malgré un scénario parfois longuet et trop linéaire...






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