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INTERVIEW REMY BARBE

 

 

DM : Salut Rémy ! Content de pouvoir discuter avec toi !

Alors tout d’abord, présente-toi à nos lecteurs. Qui es-tu ? D’où viens-tu ? Et surtout comment en es-tu arrivé à réaliser des films (pour l’instant des courts métrages) fantastiques ?

RB : Je m'appelle Rémy Barbe, j'ai 24 ans, et je suis originaire du Nord de la France. J'ai fait 2 ans de fac de Droit après mon bac, n'osant pas me lancer dans le cinéma (comme beaucoup) et j'ai vécu ça comme un enfer quotidien d'ennui et de marasme. Au bout d'un moment, je me suis dit qu'il serait temps que je fasse ce que j'ai toujours voulu faire, et j'ai commencé à réaliser mes premiers travaux avec des amis de lycée, des petits films amateurs en DV à 3 centimes. J'en ai fait 1, puis 2, puis 3, 4, 5 en parallèle de mon cursus universitaire. Puis j'ai eu très vite envie de créer un groupe, un collectif, dans lequel on serait plusieurs à défendre le cinéma que j'aimais depuis tout petit : un cinéma différent, en marge, basé sur l'imaginaire et l'évasion, un cinéma libre, marginal et transgressif.

C'est comme ça que j'ai l'idée, en 2013, de créer ce qui deviendra "Les Films de la Mouche" en référence au chef d'oeuvre de Cronenberg, objet de fascination pour moi depuis l'enfance. Entre temps, je saute le pas et m'inscris à l'ESRA (« Ecole Supérieure de Réalisation Audiovisuelle », ndlr) en 2014, dans laquelle je rentre des rêves plein la tête et de l'ambition à ras-bord. Dans le but principal de rameuter des gens "comme moi" autour de ma vision du cinéma. Je rencontre d'abord Joseph Bouquin, puis Joséphine Hopkins, très curieux de ce cinéma-là. Puis tout va très vite, on réalise à l'intérieur comme à l'extérieur de l'école une quantité astronomique de petits CM (« courts métrages », ndlr), de plus en plus pros, de plus en plus aiguisés, etc, etc...On apprend sur le tas, à trois, constamment, et tu connais la suite !

  

DM : Le collectif « Les films de La Mouche » (LFDLM), que tu as fondé en 2013 et qu’ont rejoint tes deux acolytes Joseph Bouquin et Joséphine Hopkins (tu nous en parlais juste avant), a déjà quelques courts métrages au compteur dont certains primés en festival (je pense notamment à "Margaux" primé au PIFFF en 2016, "le jour où maman est devenue un monstre" deux fois primé au Pérou et surtout "Et le Diable rit avec moi" déjà deux fois primé : à Gérardmer 2018 et aux Hallucinations Collectives de Lyon cette même année). Comment vis-tu cette véritable réussite ?

RB : Je ne sais pas si on peut parler de "véritable réussite", dans le sens où nous sommes pour l'instant quasi-inexistants aux yeux de l'industrie et nos films sont qui plus est réalisés au sein d'un circuit scolaire, en plus d'être des CM, mais disons que je suis bien évidemment ravi de leur petit succès en festivals, mais plus encore je suis très fier de la simple existence des films, compte-tenu du pari qu'ils représentaient, au vu de leur "genre" et du contexte scolaire duquel ils émergent.

DM : Outre le fait de te faire connaître à notre sphère de lecteurs assidus, l’objectif de cette interview consacrée à Horreur.com est notamment de revenir sur ce fameux "Et le Diable rit avec moi" ! Prix du Meilleur CM à Gérardmer 2018, Prix du Jury Lycéen aux Hallucinations Collectives 2018, sans oublier des projections à l’Etrange Festival en 2017, au Razor Reel Flanders Film Festival 2017 (en Belgique), au Courts Mais Trash 2018 (en Belgique toujours) ou encore au grandissant Sadique-Master Festival 2018. Un bien bel exemple pour le cinéma de genre français !

Dis-nous tout ! Comment est né ce projet ?

RB : J'étais au milieu de mon cursus à l'ESRA, et l'idée d'un type qui parlait au Diable comme à un confident intime / ami de toujours m'a un jour semblé évidente, et je l'ai gardé dans un coin de ma tête. S'ajoute à cela le fait qu'en me projetant un minimum, l'heure du court-métrage de fin d'études allait bientôt sonner, et nous avions envie, à l'intérieur des Films de la Mouche, de nous splitter volontairement en trois dans le but de possiblement réaliser trois films très personnels, pour signer la fin de nos études en beauté.

À ce moment-là, j'avais ressenti tout au long de mon cursus un certain mépris, ou en tout cas une stigmatisation extrême de la part des autres élèves de l'école quant au genre cinématographique pratiqué dans LFDLM, et plus particulièrement rattaché à ma personne. Ça va paraître cliché mais en y réfléchissant, ça remonte même à bien avant, puisque j'ai toujours été le gamin marginal qui écoutait du métal et regardait des films d'horreur. C'est un film qui naît donc d'un sentiment de colère, d'injustice, de revendication, et d'une envie de réagir à toute cette stigmatisation grossière sur ce qui apparaît comme "mal"...

 

DM : Hé oui nous sommes nombreux à avoir été un peu dans notre bulle parfois, à écouter du Maiden et à regarder des Romero-Carpenter-Fulci et Cie!

RB : ...Tout en étant pointés du doigt comme "ados rebelles / arriérés quasi-autistes, etc... J'avais tout simplement un besoin fou de faire un gros majeur à cette mentalité horriblement bien-pensante et d'une hypocrisie sans limites.

DM : Un film-médicament en quelque sorte également ?

RB : Oui. Et très vite vient l'envie d'imaginer le film sous la forme d'une fable dramatique volontairement surréaliste et très graphique, très "bigger than life" et rentre-dedans, sans pour autant délaisser la poésie et la sensibilité de mon personnage et de son univers décadent.

DM : Le côté "autiste" est effectivement mis en avant (clairement cité dans ton film, sans pour autant oublier le poster de "massacre à la tronçonneuse" dans l'antre de Samuel

RB : Tout à fait, d'ailleurs le gros pari résidait dans le fait qu'il fallait rendre Samuel attachant car victime de son entourage (et de son rapport à eux) tout en le rendant "condamnable" dans ce qu'il ne maîtrise pas et dans les erreurs fondamentales qu'il commet et qui l'éloignent de la vie en "société".

 

 

DM : Tu es cette fois-ci seul à la barre, sans tes deux accolytes du collectif « Les films de La Mouche », Joseph Bouquin et Joséphine Hopkins. Ces derniers t’ont-ils aidé pour réaliser ce court-métrage ?

RB : Nous nous entraidions beaucoup en phase d'écriture puisque nous écrivions chacun de notre côté, et même si cela concernait des projets radicalement opposés, Joseph et Josephine ont eu leur mot à dire sur ce qu'ils pensaient du scénario, etc... En revanche, Joseph n'ayant pas été retenu par la commission de scénarios de l'école, il a été Directeur Artistique sur nos deux films, et son aide a été conséquente.

DM : OK! Et vice-versa je présume : vous vous entraidez mutuellement?

RB : Absolument, comme toujours. Nous sommes rodés au fait de travailler / réfléchir / écrire / réaliser et même monter ensemble, donc ça facilite beaucoup le dialogue, et ça accélère pas mal les choses.

 

 

DM : As-tu été influencé par le travail d’autres réalisateur(trice)s pour réaliser "Et le Diable rit avec moi" ?

RB : En tant que jeune réalisateur de 24 ans cinévore depuis toujours, je serais d'une incroyable malhonnêteté de dire que non. Évidemment que l'ombre de beaucoup de films / réalisateurs planent au dessus de moi au moment où je crée le film. Cela dit, j'évite de trop conscientiser mes références tout au long du processus de création, car même si je ne renierai pas ces dernières, je cherche à faire en sorte qu'elles ne gèlent pas ma créativité, ma subjectivité et mon point de vue sur les choses.

DM : Et c'est très bien! On évite plagiat, terrains ultra battus...

Que je te rassure : on ressent dans tes CM des références ("orange mécanique", "funny games", Dario Argento..) mais cela ne gêne strictement en rien les visionnages de "Justines" ou "Et le Diable rit avec moi" car il ne s'agit que de "clins d'oeil" dirions-nous!

RB : En ce qui me concerne, j'ai été très fortement marqué par le cinéma de Hooper bien évidemment, Lynch et Argento, mais dans les coins plus obscurs mon film porte la marque de cinéastes légèrement plus "souterrains" : Ken Russell, Bigas Luna, Karim Hussain...Et de manière plus contemporaine, je ne cacherai pas ma filiation spirituelle et sentimentale avec le cinéma de Fabrice du Welz (tu l'auras deviné) et celui de Nicolas Winding Refn (beaucoup me rapprochent d'ailleurs de son "Bleeder"...).

J'aime tous ces cinéastes, et même si je ne me compare pas à eux, évidemment, des fragments de leur ADN parcourent le film, consciemment ou non...

Tu peux percevoir des clins d'yeux à "Alleluia", "Calvaire" mais aussi "Kill list", "Angoisse", "Massacre à la tronçonneuse"... L'univers VHS-geek de mon personnage me le permettait, donc je me suis pas mal amusé ! Tout en évitant la citation pataude et le "fan-boyisme" propre à certains étudiants trop engoncés dans l'étau de leurs idoles.

 

 

DM : Je vois que David Scherer, SFX Maker strasbourgeois, a de nouveau répondu présent (notre cher alsacien a déjà oeuvré chez vous pour "Margaux" et "Le jour où maman est devenue un monstre"). De même, on retrouve un certain Mathieu Lourdel, déjà vu dans "Justines" et interprétant ici le personnage principal. Enfin, en fouillant un peu, on constate que d’autres personnes comme Julien Grandjean (Directeur de la Photographie) et Paul Jegaden (Monteur) sont également des habitués aux Films de La Mouche.

Est-ce important selon toi de t’entourer de personnes que tu connais déjà ? Est-ce pour des raisons économiques, pratiques ou tout simplement pour des questions de complicité avec ces personnes ?

RB : Aux hallucinations collectives, Fabrice du Welz me rapportait une phrase de Christopher Nolan : "Travaillez avec vos amis". Hé bien je partage totalement cette vision et c'est ce que nous avons toujours fait. Notre équipe technique vient de l'ESRA, de la même promo que nous et ils nous ont toujours suivi dans nos aventures ! Ils perfectionnent leur technique et nous perfectionnons notre mise en scène ; nous avons beaucoup appris les uns des autres et c'est une équipe géniale avec laquelle je continuerai à travailler !

David est un type formidable et un professionnel aguerri : il est à l'écoute de nos souhaits, de nos visions, et c'est un réel plaisir de travailler avec lui. Quant aux acteurs, ils naissent de rencontres, de castings, de recommandations et c’est un immense plaisir et honneur de les faire rentrer dans la ronde et d'apprendre à les connaître au fur et à mesure des tournages et des rôles qu'ils ont. Mathieu Lourdel est un comédien extraordinaire pour lequel j'ai un amour et une estime ahurissante. Nous nous ressemblons beaucoup, même s'il est étranger à ce type de cinéma. Enfin, plus maintenant...Haha !

Il faut savoir que j'ai écrit les personnages du Diable pour les acteurs que j'aimais beaucoup, je n'ai pas fait de casting. Mathieu, évidemment, mais aussi Lola Dubus (Eva), une jeune actrice bourrée de talent qui a déjà fait de nombreux projets avec nous, mais également Davor Cosic (Justines), etc...

 

 

DM : Alors, je ne vais pas passer par quatre chemins : j’ai carrément adoré "Et le Diable rit avec moi" ! Un film d’horreur psychologique subversif, alternatif, dans lequel Samuel, une personne fragile, seule et terriblement influençable par le Monde extérieur - dont il semble se protéger depuis sa rupture avec son ex-compagne Eva - va tomber dans une spirale infernale.

Hypnotique, violent (très violent) et même pourrions-nous utiliser sans peine le terme « viscéral », « Et le diable rit avec moi » n’est pas uniquement un simple film d’horreur violent et saignant comme certains pourraient le qualifier. Ce dernier traite d’une thématique préoccupante dans la société d’aujourd’hui : l’isolement, la solitude et la dépression qui mènent parfois à la folie (hallucinations, perte de ses moyens...). Des personnes devenues fragiles et facilement influençables suite à un évènement déclencheur (une rupture amoureuse par exemple) combiné à une habitude de vie regrettable (rester enfermé entre quatre murs à s’abrutir avec des films nuit et jour), souvent naïves, que l’on peut berner sans trop de mal (Samuel en fera les frais à deux reprises), qui s’imaginent des « amis » avec qui discuter... Bref, un film bien plus intelligent que certain(e)s laissent penser !

Et toi, comment qualifierais-tu en quelques mots ton court-métrage ?

RB : C'est très difficile de répondre parce que je suis pas du tout objectif, je suis le type qui a pondu le film, qui plus est, il ne m'appartient plus dorénavant...Mais disons que j'ai voulu faire (à défaut de savoir s'il l'est vraiment) un film Punk. Un film bruyant et graphique, qui hurle sa rage et son désespoir. Un truc "perdu", dans "l'échec", mais qui se bat quand même. Un truc dur mais au coeur sensible et fragile, qui a tout autant envie de lever un majeur vindicatif que de donner des clés et de dépeindre une sensibilité, une poésie rugueuse qui parlera à beaucoup. J'espère...

DM : Il m’a beaucoup parlé à moi en tout cas ! lol

RB : Je voudrais dans l'idéal que les gens sortent de mon film en étant très "secoués" et qu'ils puissent après coup s'interroger sur la notion de Mal dans notre société. Quoi / Qui est-il ? Où est-il vraiment ? À quoi mène-t-il ?

DM : Nous en parlions tout à l’heure, de nombreux clins d’oeil sont parsemés tout au long de "Et le Diable rit avec moi" et explorent justement la thématique de l’isolement et la folie sans oublier l’influence qu’exerce des tiers (la jaquette de "Kill list" de Ben Wheatley pour le côté « secte/influence », le poster de "Massacre à la tronçonneuse" de Tobe Hooper pour ce qui touche à l’autisme, la peur de l’extérieur ou encore les pulsions meurtrières dictées, le dvd de "Angoisse" de Bigas Luna pour le côté « influence et méchanceté du monde extérieur »...).

Des clins d’oeil, il y en a d’autres, moins évidents peut-être pour certains (le final de "Maniac ", le cinéma de Dario Argento...).

Tu sembles être quelqu’un de très minutieux dans ce que tu entreprends et nous prenons plaisir à revoir plusieurs fois notamment ce court-métrage pour re-découvrir de nouvelles facettes de cette histoire (on constate également de nombreuses références à la religion). Etait-ce le but recherché ? Combien de temps a duré l’écriture de ce court-métrage ?

RB : On me dit souvent que le film est trop "dense", trop "chargé". Peut-être, oui. je veux bien l'admettre car c'était quelque chose de voulu. je voulais que le film puisse avoir de nombreux degrés de lecture, au-delà de son histoire de mec "qui se fait carotter ses DVD" comme ont pu dire certains. Mais c'est ça le cinéma. Précisément. Les histoires les plus simples sont les plus efficaces et les plus propices à une richesse intérieure "entre les lignes", où chacun peut y voir ce qu'il veut, après s'être confronté à des émotions fortes, pures, viscérales, totales.

Je ne veux pas être un cinéaste "du scénario". Je veux que la mise en scène prenne le pas sur l'histoire, sur ce que je raconte au 1er degré. Je veux que ça déborde du cadre, que ça déborde de la narration.

Ironiquement, même si j'ai fait attention à une multitude de petits détails, le scénario s'est écrit très vite. Une fois lancé, je ne me suis plus arrêté. C'est un travail d'écriture pure d'à peu près 2 mois.

DM : Oui il ne faut pas se cantonner à cette histoire d'arnaque au vidéo-club... C'est vraiment dommage...

RB : C'est ce qui arrive quand le spectateur tient à rester pragmatique et factuel. Ça ne me dérange pas, mais il passe à côté de beaucoup de choses...Des choses pas forcément visibles au premier visionnage d'ailleurs.

 

 

DM : Viscéral, le film l’est c’est certain mais tout en gardant un côté très onirique, une part de sensibilité (notre pauvre Samuel est lui-même victime de son environnement proche, s’enferme dans un quotidien qui lui est néfaste et qui va le pousser à l’irréparable...). C’est très punchy (musique hardcore, scènes gores et quelques scènes à caractère sexuel) mais ça délivre également un message, une thématique.

Penses-tu justement que faire un court métrage ou un long métrage fantastique trop « intellectuel » en France, sans trop rien de graphique ou de sonore (j’entends par là abuser de métaphores et d’hors-champs sans cogner la rétine du spectateur), c’est perdre une grande partie du public ? Penses-tu qu’il y ait un public français réceptif, dans le milieu du cinéma fantastique, à des films plus contemplatifs, au rythme plus lent mais au message et à la thématique bien présente ? (je pense à des films comme "Evolution" de Lucile Hadzihalilovic ou à "La nuit a dévoré le Monde" de Dominique Rocher qui reçurent des avis très mitigés de la part des festivaliers lors de leurs projections à Gérardmer) Est-ce important selon toi en France de délivrer un message, instaurer une thématique, en s’aidant de punchlines, d’hémoglobine ou de testostérone ?

RB : Je n'ai pas forcément la réponse à cette question, je pense que c'est une question de contexte et de spectateur ; le problème est très épineux : d'un côté, en France, nous sommes formatés à une certaine culture de l'Auteur, de la Pensée. La Nouvelle-vague a beau être morte depuis des lustres, son squelette pèse encore très lourd sur la vision du cinéma à la française. D'un autre côté, il y a les "fans de genre", qui peuvent parfois représenter aussi un problème : leur aspect "communautaire" très geek qui se veut en marge de ce qui est soi-disant "chiant et prétentieux" prend parfois le dessus sur l'appréciation d'un film à sa juste valeur, surtout quand le film est à cheval entre le cinéma "de genre" et le cinéma "d'auteur" et se paye un aspect hybride. Même si encore une fois, ça n'a plus aucun sens de dire ça.

J'aime beaucoup ce que fait Lucile Hadzihalilovic, de la même manière que malgré des défauts de jeunesse j'ai trouvé "La nuit a dévoré le Monde" très à mon goût. Effectivement ce cinéma ne plaira pas à tout le monde, mais il faut veiller le plus possible à bannir toute forme de purisme moribond ou de nostalgie facile. Faisons des films, racontons des histoires telles que nous les envisageons, sans compromis, sans "drague" d'un quelconque public, et battons-nous pour ça, ce sera déjà très bien.

 

 

DM : On dit souvent qu’un bon film fantastique est un film qui laisse libre court à l’interprétation, qui possède plusieurs niveaux de lecture. Pour le coup, dans "Et le Diable rit avec moi", nous vagabondons entre réel et surréalisme/fantastique (pour ne pas dire paranormal) et chacun essayera d’interpréter à sa façon ce qui se passe autour de notre pauvre Samuel par rapport aux éléments fournis tout au long du métrage (de par son profil fortement influençable, est-il réellement en proie au Diable qui voit en lui un hôte facilement endoctrinable/pénétrable ou est-il tout simplement en train de virer dans la folie ? Et que penser de cette délivrance finale...)

Te souviens-tu des premiers échos autour de ton court-métrage chez les festivaliers ? Qu’ont-ils retenu de ton oeuvre ?

RB : Je n'ai pas tant d'échos que ça de la part des festivaliers...Mais de manière générale j'entends tout et son contraire au sujet du film, parfois des interprétations très étonnantes, que je ne vais pas démentir (ce n'est pas mon rôle) et d'autres fois des choses plus proches de ce que j'ai tenté de transmettre. Que chacun se raconte ce qu'il veut ! Je tiens juste à ce que les gens doutent de la nature du "Mal" qui semble habiter Samuel...

Les premiers vrais échos viennent de l'école et son "jury" en fait... Qui lui est passé intégralement à côté de mon film, en prétextant l'exercice facile et gratuit, mais "bien réalisé"...Haha !

Soit, je ne leur demande pas d'aimer le film, mais quand ce type de phrases émanent d'un éminent professeur, historien, essayiste, analyste du cinéma c'est très embarassant. Peut-être pour lui davantage, d'ailleurs...

DM : Ca doit être rageant quand-même...

RB : J'ai été très déçu surtout, et puis je m'y suis fait. Tant pis. "On fait des films contre tout le monde et on voudrait que tout le monde les aime" n'est-ce pas ? (ce n'est pas de moi hein !)

 

DM : Je comprends ta position.

En tout cas, Mathieu Lourdel est vraiment convaincant dans la peau de Samuel (sombre, inquiétant, glaçant par moments : impossible de ne pas penser par exemples à "Orange mécanique" voire à "A serbian film"). Nous avons pu le voir dans "Justines" également, un précédent court-métrage issu de ton collectif.

Comment l’as-tu connu ? Au vu de ses deux interprétations solides dans les deux courts métrages cités, penses-tu (et espères-tu) que tu puisses lui offrir un beau tremplin pour sa carrière ? (on pense notamment à la jeune Joséphine Bernetti qui a été primée au Pérou dans "Le jour où maman est devenue un monstre" de ton accolyte Joséphine Hopkins).

Découvreur de talents : c’est un beau défi en parallèle non ?

RB : J'ai rencontré Mathieu lors d'un casting que nous avions fait pour "Justines". Il a passé la porte, et nous avons immédiatement su que ce serait lui. Depuis, nous n'avons cessé de travailler avec lui, et c'est un type que j'emmènerai bien évidemment jusqu'au long-métrage. Il est un atout évident au sein de nos projets et un type humainement succulent ! (et truculent)

Je ne sais pas si je représenterai un tremplin pour sa carrière, mais nous nous "servons" l'un de l'autre pour créer des choses très fortes, et ça n'est pas près de s'arrêter. C'est la même chose avec certains de nos acteurs "fétiches" : Lola Dubus, Juliette Pi, Davor Cosic...

DM : Oui, un très bon acteur !

Merci pour ce moment passé ensemble (en espérant que nous nous retrouverons à nouveau pour discuter de ton futur projet) !

En tout cas, en voyant des courts métrages comme le tien (et les autres d’avant), on se dit que le cinéma fantastique français n’a pas fini de nous surprendre !

Rémy, que peut-on te souhaiter pour l’avenir ?

RB : Tu n'as qu'à me souhaiter que Le Diable puisse encore rire longtemps avec moi.

Longue vie aux Films de la Mouche !

DM : Héhé! Encore quelques CM, un long et de la réussite! Ca te va comme avenir ?

RB : Oui !

 

Interview réalisée par David MAURICE le 06 Avril 2018



Stéphane Erbisti