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Fin des années 50. Enceinte et déboussolée suite à la mort de son petit frère et à son départ du foyer familial, la jeune Mary trouve refuge dans un couvent isolé qui vient en aide à des jeunes filles perdues. Rapidement, Mary suspecte le Couvent de la Divinité de cacher de sombres secrets en ses murs. Alors que la future jeune maman vit en communauté avec les Sœurs et d’autres filles recueillies par la Mère Supérieure qui dicte les règles strictes à respecter au sein de son établissement, elle va essayer de percer certains mystères. Alors que la menace se fait de plus en plus ressentir en ce lieu vétuste et sinistre, Mary doit faire vite, d’autant plus que sa grossesse progresse à grand pas...



L'AVIS:

Qui ne connait pas à ce jour le nom de Darren Lynn Bousman ? Réalisateur de "saw 2", "saw 3" et "saw 4", nous oublions souvent que l’étonnant opéra-rock "Repo the genetic opera", le très mitigé "the forest" et le remake bien sympathique "mother s day 2010" sont également des réalisations de notre si décrié cinéaste américain.

Sorti dans le presqu’anonymat outre-Atlantique en Juin 2018, le film "St Agatha" avait de façon générale plutôt bien été accueilli sur le Web.
Distribué par M6 Vidéo, le voilà donc qui arrive chez nous en dvd et blu-ray sous le titre rallongé (inutile et quelque peu douteux vous en conviendrez) "St Agatha : la servante de l’enfer".

Vous l’aurez aisément compris, nous sommes ici face à un film appartenant à ce que nous appelons la Nunsploitation (registre cinématographique dans lequel nous retrouvons des films tels que "les diables", "l’autre enfer", "l’ange de la vengeance", "le couvent de la bête sacrée", "sinful nuns of St-Valentine", "la petite sœur du diable", "les démons" ou encore plus récemment "la nonne" ou "nude nuns with big guns"...), une catégorie filmique qui n'est plus pour autant ce qu'elle était auparavant.



Pas de Diable ni de démons ici, "St Agatha" possède une intrigue qui ne plonge à aucun moment dans le paranormal bien qu’il s’agisse ici d’un film centré sur des nonnes et dont la quasi-totalité de l’histoire se déroule dans un couvent (si l’on ne tient pas compte des flash-backs assez nombreux).
Par ailleurs, alors que la nunsploitation regorge souvent de nonnes dénudées (violentées sexuellement aussi soit dit en passant) et dénonce parfois les agissements de l’Eglise, il n’en est rien ici. En effet, le film de Darren Lynn Bousman ne montrera qu’une seule paire de fesses (qui sont celles de l’actrice principale incarnant le personnage de Mary et non une nonne) et nous apprenons dès les quinze premières minutes de film que le Vatican n’approuve en rien les méthodes de cette Mère Supérieure, sadique et autoritaire.

Nous comprenons rapidement pourquoi le Vatican ne souhaite d’ailleurs pas soutenir financièrement le projet de la Mère Supérieure (qui est de recueillir de jeunes filles enceintes et sans ressources pour les aider à mettre au monde dans les meilleures conditions leurs bébés) en raison des méthodes pratiquées par les nonnes.
Avides et tortionnaires, ces femmes d’Eglise (qui le sont devenues de force et non pas par vocation comme nous l’apprendrons au fil de l’eau) réduisent ces pauvres filles recueillies en esclaves muettes, incapables de se défendre sous peine de sévices et enfermées dans cette véritable prison qui s’est refermée sur elles.
Violence graphique peu montrée à l’écran, les nonnes qui nous sont présentées ici jouent surtout la carte de la psychologie (même si certains sévices sont bien énoncés) pour torturer les malheureuses jeunes filles qu’elles ont réussi à attirer dans leur couvent. Des nonnes qui vivent de péchés, dans l’ombre du Vatican, et qui s’avèrent de redoutables geôliers, organisées et maniant le fusil avec habilité tels des soldats.

D’ailleurs, Carolyn Hennesy, une habituée des séries ("Jessie", "revenge", "cougar town"...), nous livre ici un personnage de Mère Supérieure convaincant. Ferme, insensible et dictée par une cupidité sans pareil, cette dernière use de procédés traumatisants pour se faire respecter (enfermer les jeunes filles dans un cercueil et ne leur ouvrir que pour les nourrir par exemple).

Même si ce dernier n’est pas non plus exceptionnel, le casting de "St Agatha" est d’honnête facture et fait le job (le film a bien évidemment été vu en VOSTFR).



Darren Lynn Bousman nous livre ici une réalisation correcte, sans grand artifice (pas de foire aux jumpscares, pas de scènes sanglantes comme nous avons pu en voir par moments dans la filmographie très hétérogène du réalisateur américain), qui a pour point fort indéniable son ambiance fort bien retranscrite (un couvent sombre, une utilisation intéressante et habile des lumières et des éclairages pour faire ressortir le côté dramatique ou horrifique de certains passages, des Sœurs intrigantes qui parcourent les pièces sans arrêt et surtout une musique se mariant parfaitement au cadre mystérieux et dramatique/mélancolique qui émane de "St Agatha").

L’histoire qui nous est contée ici n’est certes pas renversante (beaucoup de déjà-vu vous en conviendrez) mais s’avère suffisamment intéressante et correctement mise sous péloche (casting, ambiance...) pour que l’on suive les mésaventures de Mary dans ce couvent pas comme les autres.

Nous noterons également, pour émoustiller le fan de cinéma fantastique Lambda et renforcer le climat de terreur qui sévit dans ce couvent de l’Enfer, quelques scènes chocs (une langue sectionnée pour forcer une victime au mutisme, un étranglement réalisé à l’aide d’un cordon ombilical, le fait de faire manger de la nourriture régurgitée quelques secondes auparavant, une façon bien particulière de nourrir de force une détenue...) distillées dans ce scénario assez convenu il faut l’avouer.

Car oui, ne nions pas que "St Agatha" n’est pas exempt de défauts.

Bien que le film de Darren Lynn Bousman remplisse probablement le cahier des charges fixé, nous ne pouvons pas nier que le gros problème réside ici dans le rythme. Très lent dans sa narration, "St Agatha" s’avère même par moments quelque peu répétitif et manque cruellement d’action voire de scènes chocs (les quelques rares petits moments explicités dans le paragraphe précédent ne sont clairement pas assez nombreux pour donner de réels petits coups de boost à l’intrigue).

Enfin, nous reprocherons une intrigue convenue dont le final est assez prévisible (nous comprenons aisément que ces fameux donateurs versant de l’argent au couvent ne sont pas étrangers à tout ceci, mais je n’en dirai pas plus pour éviter tout spoiler malvenu) et les incohérences scénaristiques bien présentes (des portes que l’on fait claquer mais qui n’inquiètent pas les surveillantes, une façon très facile de soudoyer ses geôliers...).



Au final, même si le film de Darren Lynn Bousman souffre de plusieurs lacunes indéniables sur lesquelles je suis revenu dans les paragraphes précédents, le contrat est ici respecté et le divertissement attendu est bien présent. L’ambiance y est pour beaucoup dans la réussite de ce petit projet qui certes ne marquera pas d’une pierre blanche la filmographie en dents de scie de ce réalisateur (pour qui nous ne pouvons nous empêcher de montrer un réel intérêt, ce dernier étant capable du pire comme du meilleur) mais montre une fois de plus qu’il est capable de livrer d’honnêtes divertissements, sans pour autant faire appel à des artifices comme il l’avait fait notamment dans le tant décrié "saw 3" par exemple.