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Au Japon, une équipe de tournage décide de réaliser un film de zombies en un seul plan-séquence dans une vieille usine désaffectée datant de la Seconde Guerre mondiale. La situation dégénère lorsque de véritables morts-vivants semblent attaquer tout ce beau monde…



L'AVIS :

Pour la petite histoire, Ne coupez pas ! (カメラを止めるな!en langue originale signifiant littéralement « N'arrêtez pas la caméra ! ») est une comédie d'horreur japonaise écrite et réalisée par Shin'ichirō Ueda, étudiant d’une école d’art dramatique Tokyoïte, tournée en huit jours et pour un budget de 27 000 $. Distribuée d'abord par l'école elle-même, cette comédie horrifique sort confidentiellement en novembre 2017 dans une petite salle d'art et d’essai à Tokyo, où elle devait être diffusée seulement une semaine. Mais devenant un petit phénomène grâce au bouche-à-oreille, ses droits de distribution sont rachetés et le film est diffusé dans près de 300 salles dans le pays où il récoltera plus de 26 millions $ au box-office japonais de 2018 ! Le buzz et les réseaux sociaux aidant, Ne coupez pas ! devient finalement une véritable bête de festivals au niveau mondial et sort dans l’hexagone en salles fin avril 2019.

Soyez prévenus dès le début : il vous faudra survivre à la première demi-heure pour apprécier pleinement (voire partiellement pour les plus difficiles à convaincre) ce film ! En effet, ça commence comme un énième métrage de zombies (ici, venant d’Asie) à petit budget, fait maison, mal filmé et surtout mal joué ! Bref, du déjà vu ad nauseum, difficilement supportable du coup pour nous, spécialistes en la matière à qui on ne la fait plus ! Pourtant, ce genre d’initiative artisanale mais sincère, révéla en d’autres temps et aux yeux du monde entier des artistes tels que : Sam Raimi avec "Evil Dead" ou Peter Jackson avec "Bad Taste". On semble toutefois en être assez loin et ici, une fois 30 minutes écoulées et réalisées en un seul plan-séquence (d’où le titre du film…), on assiste, impuissants, au générique de fin et l’on se demande si c’est ça le film super original dont tout le monde parle ! Mais surtout, on s’interroge quant à la suite : que vont-ils bien pouvoir raconter encore pendant une heure de pellicule restante !?



Et c’est là que ça va être relativement fort car une fois le susdit générique fini, on va voir l’envers du décor et l’histoire sera alors narrée un mois avant le tournage. On suivra de fait l'équipe et leurs motivations jusqu'au jour J et ce, avec d’autres angles de caméra nous permettant de mieux comprendre comment tout s’est déroulé en nous plaçant dans la position d’un Dieu pouvant intervenir dès qu’il le souhaite ! Cette formidable mise en abyme rappelant un peu le procédé du génial "C’est arrivé près de chez vous" par le côté complicité qu’il instaure entre le spectateur et l’équipe de tournage, nous permettra de suivre les préparatifs de l’équipe et le tournage du film en lui-même, avec ses impondérables en tous genres qu’on sera bien obligés de colmater avec les moyens du bord ! On devine alors bien l’ambition du réalisateur ayant voulu rendre hommage au cinéma amateur fait de bric et de broc qui exécute des films avec trois fois rien avec quelquefois des acteurs qui n’en sont pas, lancés en totale roue libre et improvisant parfois intégralement leur texte !



En ce qui concerne ces derniers, on pourrait reprocher au réalisateur sa galerie de personnages un peu trop caricaturaux, que ce soit le réalisateur stressé et son épouse frustrée ayant raté sa vocation véritable, le jeune acteur blasé et capricieux, l’idole de Musique Pop ayant les pieds et mains liés par ses producteurs et donc soucieuse de son image, le preneur de son obnubilé par la marque de sa bouteille d’eau plate et atteint d’une vilaine diarrhée, le vieil acteur venu cachetonner et complètement alcoolique, la productrice plus préoccupée par son smartphone que par le film, j’en passe et des meilleurs. Mais ils sont toutefois attachants même si certains sont franchement antipathiques, mieux, ils montreront qu’en se serrant les coudes, un mauvais film devient quelque chose d'inoubliable et d’émouvant grâce au talent, à la débrouillardise et à la solidarité de tous ses protagonistes !

De mémoire, on n’avait pas vu de long-métrage aussi novateur dans ce genre depuis "Shaun of the dead" et Ne coupez pas ! prouve ainsi qu'on peut toujours trouver des idées originales dans un genre pourtant surexploité jusqu’à la moelle. Certes, le film est loin d’être parfait car il est parfois bavard, ce qui entraîne une légère baisse de rythme par moments, son humour est quelquefois au ras des pâquerettes (notamment quand il s’oriente vers la scatologie) et le côté cliché des personnages peut lasser, mais il est suffisamment généreux et rafraîchissant à la fois, pour qu'on lui pardonne certains de ses défauts.



Ainsi, sous son aspect fauché de série Z inoffensive, Ne coupez pas ! est cependant loin d’être un énième nanar avec des zombies. Il se paie même le luxe d'être à la fois une réflexion intelligente sur le rapport à l'image, une comédie assez drôle quand elle ne s’oriente pas vers un humour placé sous la ceinture, avec une réalisation soignée où chaque plan du métrage a été réfléchi. Passant donc du navet ridicule à une déclaration d'amour à la création artistique, ce long-métrage pourtant non exempt de défauts, est à découvrir pour tous ceux qui aiment le cinéma sous toutes ses formes et sous tous les angles !









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