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Réalisation
Terence Fisher

Scénariste
Wolf Mankowitz

Date de sortie
1960

Genre
savants fous

Tagline


Cast
Paul Massie
Dawn Addams
Christopher Lee
David Kossoff


Pays
Angleterre

Production


Musique
David Heneker, Monty Norman

Effets spéciaux



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(2 votes)
Passionné par ses recherches sur la dualité Bien / Mal qui sommeille en chaque être vivant, le docteur Henri Jekyll vit en ermite dans son laboratoire et délaisse son épouse Kitty Jekyll, qui trouve du réconfort dans les bras de son amant Paul Allen, le meilleur ami de son mari. Henri parvient à créer un sérum qui fait émerger le côté sombre de la personnalité. Après l'avoir testé sur un petit singe, il s'injecte la drogue et se transforme en séduisant dandy, Edward Hyde. Ce dernier possède un charme qui ne laisse pas indifférent les femmes qu'il croise. Mais Hyde se montre également violent et psychotique. Qui l'emportera, de Jekyll ou de Hyde ?



L'AVIS :

Avant de parler du film lui-même, évoquons d'entrée de jeu la chose qui fâche vis à vis de la nouvelle édition médiabook DVD / BR qui vient de paraître chez ESC Distribution. Si l'image est franchement jolie, avec de belles couleurs et un beau grain cinéma, le gros souci de cette édition provient du format du film lui-même : réalisé en cinémascope 2.35 par Terence Fisher, le format présenté ici est en 1.78, soit le format des diffusions télévisées, ce qui implique donc une image recadrée qui nous fait perdre beaucoup d'informations sur les côtés et donne l'impression que l'ensemble du film est constamment "zoomé". Une erreur de choix de master qui se révèle assez préjudiciable pour qui voudrait (re)découvrir ce très beau film dans des conditions optimales. Heureusement, l'éditeur vient d'annoncer qu'il allait faire réimprimer le film au bon format et proposer une solution d'échange gratuite pour les acheteurs. Surveillez donc bien le site ou la page FB d'ESC !

Les Deux Visages du Dr. Jekyll est une variation très intéressante de l'histoire écrite par Robert Louis Stevenson en 1886 tout en étant l'une des plus belles mise en scène de Terence Fisher. Il était évident qu'après Dracula, Frankenstein, la Momie ou le Loup-garou, le personnage emblématique du docteur Jekyll allait intéresser le studio Hammer. C'est le scénariste Wolf Mankowitz qui est chargé de l'adaptation et ce dernier va avoir de brillantes idées, qui ne seront pourtant pas toutes du goût de Fisher, qui va en garder la plupart mais aussi en modifier certaines. Parmi l'idée la plus ingénieuse de Mankowitz, celle qui consiste à prendre tout le monde de revers en faisant l'inverse de la nouvelle de Robertson et des adaptations cinématographiques qui en ont découlé ! A savoir, nous présenter un docteur Jekyll au visage peu engageant, aux épais sourcils et à la barbe hirsute et un monsieur Hyde à l'allure guindée et au physique charmeur ! Tout le contraire donc des films de 1912 (Lucius Henderson), 1913 (Herbert Brenon), 1920 (John S. Robertson), 1931 (Rouben Mamoulian) ou de 1941 (Victor Fleming) entre autres, dans lesquels Jekyll était un séduisant jeune homme et Hyde une brute au physique monstrueux ! Dans Les Deux Visages du Dr. Jekyll, c'est l'acteur Paul Massie qui va interpréter, avec un réel brio, les deux facettes du personnage.



Méconnaissable en docteur Jekyll sous ses épais postiches grisonnants, son beau visage, son sourire, sa blondeur et ses yeux perçants prennent tout leurs éclats en monsieur Hyde et c'est vraiment une bonne trouvaille qui fait l'un des intérêts principaux de cette adaptation. Autre bonne idée, celle de ne pas avoir confié le rôle à Christopher Lee (trop cliché) mais de lui avoir confié celui de Paul Allen, personnage antipathique qui dépense tout son argent dans les jeux, mène une vie dévergondée dans les bars et les clubs privés et se tape même la femme de son meilleur ami, le docteur Jekyll justement. Il est donc très intrigant de voir comme monsieur Hyde va réagir et se comporter lorsqu'il découvre la liaison adultère de la femme de son alter-ego avec Paul Allen lors d'une séquence très réussie, dans laquelle la mise en scène sophistiquée de Fisher fait des merveilles. Le comportement de Hyde, parfois raffiné mais souvent odieux, va évoluer au fur et à mesure de ses apparitions et de ses transformations, pour atteindre son apogée lors de la scène qui fit scandale à l'époque mais qui trouve, avec la mise en scène flamboyante de Fisher, un superbe écrin qui m'a même fait penser à du Bava, pour le jeu de couleur mais aussi le sadisme qu'il en découle : le viol de Kitty Jekyll et le suicide de cette dernière.



Oui, viol, car même si Hyde EST son mari, Kitty Jekyll ne le sait pas et on est bien en présence d'une agression sordide et brutale, qui va se clore tragiquement mais avec une esthétique visuelle époustouflante. L'actrice qui interprète la femme du docteur Jekyll est la séduisante rousse Dawn Addams, qui sera la même année à l'affiche du film Le diabolique docteur Mabuse de Fritz Lang et qu'on verra également dans le célèbre La Tulipe Noire avec Alain Delon en 1964 par exemple. Elle participe pleinement à l'aspect érotique du film, un aspect très sage évidemment mais qui ne peut être nié tant on le retrouve dans de nombreuses séquences, comme avec les danseuses de French Cancan soulevant leurs jupes ou lors de la relation entre Hyde et la danseuse exotique Maria, cette dernière, lors d'une danse incendiaire, enfournant dans sa bouche la tête d'un serpent, représentation phallique on ne peut plus explicite.



La dualité entre Jekyll et Hyde est bien évidemment au centre de l'intrigue, l'odieux personnage représentant la liberté d'agir, de vivre comme on l'entend, sans tabou ni carcan d'aucune sorte. Ses virées avec Paul Allen dans des bars à opium, dans des clubs avec prostituées, sont autant d'interdits bravés que le personnage de Jekyll n'aurait jamais pu s'offrir, le gentil docteur incarnant la retenue, la vie morne et sans réelle saveur. Le côté obscur de Jekyll tente, à chaque résurgence, de prendre le dessus et d'éliminer totalement le bon côté de sa double personnalité. La scène dans laquelle Jekyll, face à un miroir, voit Hyde en tant que reflet et que c'est ce dernier qui répond à ses interrogations est admirable et, encore une fois, diablement bien mise en scène par le réalisateur. Les Deux Visages du Dr. Jekyll est vraiment une oeuvre aboutie et d'un raffinement exquis. Alors oui, l'aspect épouvante qui a fait le succès des films de la Hammer n'est pas vraiment au rendez-vous cette fois-ci. Pas de scènes de transformations, pas de violence graphique, pas de sang déversé à l'écran. C'est aussi une des originalités de ce film : jouer sur une violence plus psychologique, plus insidieuse, plus suggestive que sur un déferlement d'atrocités visuelles. La Hammer se rattrapera à ce niveau en 1971, avec une autre variation de ce mythe, toute aussi réussie et originale : le violent "Dr. Jekyll et Sister Hyde"

Disponible en mediabook DVD + BR + Livret chez ESC DISTRIBUTION