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Wanda Leibowitz doit quitter son amant, ce dernier devant retourner aux Etats-Unis. A nouveau seule, la jeune artiste peintre désire rester sur Paris et cherche un appartement à louer. Lors d'une discussion dans un bar, elle fait connaissance avec Léonie Gallois, une vieille dame qui lui propose de louer un petit studio pour une somme dérisoire. Une fois installée dans le petit appartement triangulaire, Wanda découvre que ce dernier comporte une pièce dont la porte est condamnée. La curiosité l'emporte et Wanda réussit à ouvrir la porte, qui débouche sur une pièce entièrement plongée dans le noir, et dans laquelle la lumière même ne semble pas se diffuser...



L'AVIS :

Ce film est l'adaptation cinématographique d'un roman de Kurt Steiner (alias André Ruellan), publié en France en 1956 dans la prestigieuse collection Angoisse chez Fleuve Noir. Il a été réalisé par Jean-François Davy, dont ce sera la seule et unique incursion dans le cinéma fantastique, ce réalisateur étant bien plus connu des amateurs pour ses nombreux films pornographiques, dont le célèbre documentaire Exhibition mis en scène en 1975. Le Seuil du Vide, titre éponyme au roman de Steiner, est donc un film fantastique français. On le sait, ce n'est pas du tout un genre de prédilection dans notre beau pays et il est souvent synonyme de "film chiant" chez les amateurs, qui ont tendance à rejeter en bloc les films fantastiques français de manière générale de toute façon. On ne va pas encore citer le cas Jean Rollin, réalisateur qui s'est battu contre vents et marées pour qu'il existe un fantastique à la française dans les années 70 principalement. Le film de Jean-François Davy pourra tout à fait être ranger ou classer à côté des films de Rollin dans une vidéothèque, car on y retrouve presque le même style, le même rythme lancinant (ou cette absence de rythme) qui en font, soit des "films chiants" pour certains, soit des classiques du cinéma poétique pour d'autres.



Le Seuil du Vide ne propose lui aussi aucune scène d'action, aucun rythme endiablé. C'est un film atmosphérique, qui prend son temps et diffuse petit à petit une ambiance étrange qui fait plonger aussi bien les spectateurs que les protagonistes de l'histoire dans un climat onirique parfois inquiétant, histoire dont certains aspects nous font irrémédiablement penser à des œuvres telles Le Locataire ou, plus encore, Rosemary's Baby. On pourrait même, au niveau de la thématique principale, le rapprocher d'une oeuvre qui lui est postérieure, à savoir La Nuit de la Mort de Raphaël Delpard. En effet, le thème de la vieillesse, du temps qui s'échappe et surtout celui du refus de vieillir sont les principales caractéristiques de l'histoire du Seuil du Vide, auxquelles on peut ajouter celle du sentiment d'abandon lors d'une rupture amoureuse. Le personnage de Wanda, jouée par Dominique Erlanger, qui remportera d'ailleurs le prix d'interprétation féminine pour ce rôle en 1972 au festival de Trieste, est victime d'une solitude désespérée, comme en témoigne les nombreuses scènes de flashback qui interviennent dans la narration, et qui sont toutes dirigées vers son amant repartit dans son pays (et joué par Michel Lemoine). La rencontre avec une vieille dame fort aimable (Odette Duc) va la plonger dans un univers nonsensique, dans lequel sa raison va vaciller petit à petit, au fur et à mesure qu'elle s’évertuera à franchir le "seuil du vide" de la mystérieuse pièce plongée dans l'obscurité présente dans son appartement.



Un appartement à la forme triangulaire, comme nous le montre un superbe plan aérien de la caméra. Si on y prête attention, la première discussion entre Wanda et la vieille femme nous donne déjà un indice sur les événements qui vont suivre et qui vont faire bifurquer le film de Jean-François Davy dans une dimension onirique qui en fait tout le charme. Si on comprend rapidement de quoi il va retourner, on aura plus de mal à expliquer réellement ce qui se passe dans cette pièce obscure. Est-ce vraiment une sorte de faille spatio-temporelle qui aspire la jeunesse et fait voir des images de situations futures qui vont vraiment se produire par la suite ? Est-ce la raison ou le mental de Wanda qui s'enfonce dans la folie ? La poésie initiale du film fait place à une étrangeté inquiétante qui prendra la forme de divers personnages, celle du docteur Liencourt (Pierre Vaneck) qui possède un portrait dans son cabinet ressemblant comme deux gouttes d'eau à Wanda, celle du responsable de la galerie d'art Arnold De Gournais (le fascinant Jean Servais) et bien sûr celle de la vieille Léonie Gallois entre autres. Plus les événements bizarres se produisent et se suivent, plus on sent que le piège se referme sur la pauvre Wanda, qui tentera d'échapper à son destin, malheureusement déjà tout tracé.



Le Seuil du Vide est un film assez inclassable et devrait solliciter l'attention des amateurs curieux, qui désirent découvrir une autre facette du cinéma fantastique. Bien sûr, le film de Jean-François Davy n'échappe pas aux stéréotypes du film de genre made in France. Comme déjà souligné, le rythme est aux abonnés absents, le jeu des acteurs est souvent théâtral, les dialogues prononcés de manière pas toujours très naturelle. Ceux qui sont totalement hermétiques au cinéma de Jean Rollin peuvent malheureusement passer leur chemin, ils n'y trouveront pas plus leur compte avec Le Seuil du Vide. Pour ma part, sans avoir été emballé plus que ça, je reconnais que cette oeuvre possède des qualités et qu'elle donne envie de lire le roman de Kurt Steiner, pour voir si l'auteur a approfondi ou donné plus d'explication sur les faits déroutants qui se passent dans l'histoire. En tout cas, on félicitera Jean-François Davy de s'être essayé au genre de façon sérieuse et respectueuse. L'appréciation du résultat final, de cette histoire qui virevolte entre réalité, rêves, cauchemars et visions, sera jugée au ressenti de chaque spectateur évidemment. A noter l'apparition de Roland Topor dans le film.








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