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Le docteur Sayer, directeur d'une association philanthropique, fait la connaissance de Maria, une journaliste qui désire que le médecin lui fournisse des livres sur l'utilité de la stérilisation des hommes. Le médecin propose à la jeune femme de venir chercher les ouvrages à son domicile, simple prétexte pour la droguer et l'enfermer. Car le docteur Sayer est un macho invétéré, qui veut rétablir la domination des mâles sur les femmes. Dans sa gigantesque maison-prison, il va torturer psychologiquement puis étudier le comportement de Maria. Une curieuse relation va alors s'établir entre la victime et son bourreau...



L'AVIS :


Avec ce titre, "Le Duo de la Mort", et les photos sur la jaquette, ainsi qu'avec la nationalité du film, italienne donc, je pensais visionner un giallo ou quelque chose d'approchant. Evidemment, avec les italiens, il faut s'attendre à tout et ce qui peut s'apparenter à un banal thriller au départ peut bifurquer vers une toute autre contrée, une toute autre dimension, improbable, inattendue, extravagante. C'est exactement le cas avec ce film de Piero Schivazappa réalisé en 1969 sous le titre original de Femina Ridens, qui peut se traduire par La femme qui rit. Même si le film emprunte des clichés au giallo, au thriller, au drame, à la sexploitation, à l'euro-trash, il n'appartient réellement à aucun de ces genres et sa marginalité en fait une oeuvre tout à fait atypique, intrigante et originale. Au casting, on trouve principalement Philippe Leroy et Dagmar Lassander, "Le Duo de la Mort" devenant rapidement un huis clos totalement recentré sur ces deux personnages. Avec une prestance raffinée, un regard animal et un comportement narcissique et misogyne, Philippe Leroy interprète à merveille le docteur Sayer, curieux protagoniste assez antipathique et qui va nous dévoiler sa véritable facette une fois sa victime kidnappée. Une facette obscure et radicale, qui a du faire sensation à l'époque puisque "Le Duo de la Mort" est sorti en plein boom de la révolution sexuelle et de la libération des mœurs post-68, mettant la femme au premier plan de cette évolution longtemps attendue par la gent féminine justement.



Une révolution des mœurs et de la féminisation qui n'est pas du tout du goût du docteur Sayer, pour qui l'homme et ses attributs virils doivent toujours être mis en avant ! Les avancées médicales, comme la fécondation in vitro, la procréation par insémination artificielle, donnant la possibilité aux femmes d'avoir un enfant sans devoir faire l'amour à un homme, lui est insupportable, se voyant réduit à un simple donneur de sperme qui n'a plus de pouvoir sur la gent féminine. Une situation qui progresse à travers le monde et qui met donc sa virilité en jeu, le faisant sombrer peu à peu dans une folie douce. Pour se ré-accaparer sa condition de mâle dominant, il loue les services de prostituées qu'il séquestre et avilie le temps d'un jeu malsain et pervers. C'est en voulant passer à l'étape supérieure, à savoir tuer une femme, qu'il décide de kidnapper la belle Dagmar Lassander,actrice née à Prague en 1943 et qu'on a pu voir dans "Une Hache pour la Lune de Miel" de Mario Bava et "Photo interdite d'une bourgeoise" de Luciano Ercoli en 1970, "L'Iguane à la langue de feu" de Riccardo Freda en 1971, "Si douce, si perverse" de Silvio Amadio en 1975 en compagnie de Gloria Guida ou bien encore dans "Le Chat Noir" et "La Maison Près du Cimetière" de Lucio Fulci en 1981 entre autres.



Dans "Le Duo de la Mort", elle joue admirablement bien une journaliste qui va devenir la proie du docteur Sayer, étant retenue contre son gré, emprisonnée dans une luxueuse demeure, et servant de sujet d'étude à cet homme machiavélique et sadique. Un petit jeu du chat et de la souris va s'instaurer entre ces deux protagonistes principaux et Dagmar Lassander va se servir de son corps et de ses charmes, qu'elle n'hésitera pas à dévoiler pour notre plus grand plaisir de manière gentiment érotique mais fort sensuelle, comme d'une arme de persuasion afin de se sortir d'affaire. Y parviendra-t-elle ? C'est l'un des intérêts du film de Piero Schivazappa, car ce dernier, servi par un scénario ambitieux, parvient sans cesse à nous surprendre, à défier nos attentes pour nous proposer quelque chose à laquelle on ne s'attendait pas forcément, et ce, jusqu'au générique de fin ! Un petit tour de force, servi par une mise en scène inspirée, avant-gardiste et par un design pop-art des plus fameux, qui contribuent à faire de ce Duo de la Mort une oeuvre à part entière. C'est bien simple, l'architecture de la maison du docteur Sayer, son agencement, sa décoration surtout, très psychédélique, préfigurent de deux années l'esthétisme d'Orange Mécanique !



Bardé d'idées originales pour l'époque, comme cette fellation en hors-champ de Dagmar Lassander à Philippe Leroy, symbolisée à l'écran par le passage d'un train sur lequel joue un groupe de filles maniant de façon suggestive leurs clarinettes et autres instruments de musique ou la séquence dans laquelle Dagmar danse, uniquement vêtue d'une sorte de voile transparent du plus bel effet, sous le regard de Sayer, dissimulé derrière un miroir sans tain, Le Duo de la Mort surprend sans cesse et les amateurs de curiosités n'hésiteront pas à venir jouer les voyeurs au sein de cet étrange duo, métaphore de la lutte des sexes. A l'époque où la P.M.A. vient d'être autorisée pour les couples de femmes, revoir Le Duo de la Mort est une sacré expérience, visuelle et sensitive, qui nous fait réfléchir aux paroles peut-être pas si délirantes que ça du docteur Sayer ! Véritablement "autre", inclassable, ovniesque, le film de Piero Schivazappa se révèle souvent hypnotique, la bande originale composée par Stelvio Cipriani n'étant pas en reste pour nous plonger dans cette ambiance pop-art et ce délire fantasmatique au rythme lancinant mais jamais ennuyeux. A découvrir séance tenante ! Sont forts ces Italiens !

Les photos ont été prises sur le site https://www.coeval-magazine.com






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