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Alice et Zoé Woods sont deux jeunes femmes fraîchement débarquées à Garrett, dans le Michigan. Elles logent chez Louise Lispector, une vieille taxidermiste peu bavarde, non loin du « Butcher’s Block », le quartier le plus pauvre et malfamé de la ville. Dans cette bourgade de l’Amérique profonde abandonnée par son gouvernement, elles vont essayer de refaire leur vie et Alice qui a trouvé un emploi d’assistante sociale, va tout faire également pour épauler au mieux sa sœur, Zoé, souffrant de schizophrénie, une maladie familiale à laquelle elle a, pour l’instant, échappé. Rapidement, elles prennent connaissance d’une série de disparitions pouvant être liées à une rumeur au sujet de mystérieux escaliers situés dans le parc de la ville. Quand une petite fille et sa mère disparaissent et que la police ne veut rien faire, Alice et sa sœur partent à leur recherche. Elles découvriront alors l’histoire de la famille Peach et leurs terribles secrets…




L’AVIS :

Après une première saison modérément convaincante en partie à cause d’un acteur principal peu charismatique, une deuxième un peu meilleure car esthétiquement magnifique mais souffrant de quelques longueurs dispensables, voici la troisième mouture de Channel Zero intitulée Butcher’s Block. Comme pour les précédentes, cette saison est scénarisée en grosse partie par Nick Antosca qui s’inspire évidemment - puisque c’est devenu la marque de fabrique de la série - d’une autre Creepypasta. Cette fois, l’anthologie horrifique se penche sur « Search and rescue woods » de Kerry Hammond. Cette légende urbaine de la toile raconte les mésaventures d’un garde forestier qui vit toute une série de mésaventures au cœur de la forêt et qui se retrouve notamment face à d’inquiétants escaliers apparaissant en plein milieu des arbres et qui ne mènent nulle part !

En ce qui nous concerne ici, l’intrigue se concentre principalement sur Alice et sa sœur Zoé, ayant emménagé récemment dans une ville perdue du Michigan pour commencer une nouvelle vie et qui découvrent alors une bourgade américaine hantée par une série de disparitions mystérieuses. Toutes ont en commun des familles pauvres, souvent monoparentales mais toutes dysfonctionnelles, habituées aux visites des services sociaux. Ces personnes s’évaporeraient subitement dans la nature, un phénomène surnaturel apparemment lié à des escaliers magiques surgissant dans le parc peu fréquentable de la ville…



Comme on a pu le voir dans les saisons précédentes, Nick Antosca aime bien mettre en scène des protagonistes affectés par un mal persistant (la perte d’un frère dans la 1, le suicide d’un père pour la 2 et une famille frappée par la schizophrénie ici). Ce sont donc des personnages traumatisés qui font soudainement face à un événement surnaturel (une émission télé subliminale poussant les enfants à tuer pour la 1, une maison hantée matérialisant les angoisses les plus profondes dans la 2 et ici des abductions inexpliquées).

De la même manière, Antosca et ses complices scénaristes se complaisent à planter un décor des plus glauques pour tourmenter leurs personnages : une ville dans laquelle des meurtres et enlèvements d’enfants ont eu lieu pour Candle Cove, une bâtisse des plus lugubres recélant des pièces aux terribles secrets dans No-end House, alors que dans Butcher’s Block, on se retrouve dans une ville quasiment fantôme comme on en voit plein aux Etats-Unis. Un endroit qui, à l’instar de Détroit, sent la pauvreté et l’insécurité à plein nez ! Une agglomération transformée en zone économique morte, où les habitants tels des morts-vivants, survivent plutôt que vivent. Cette zone sinistrée grisâtre empeste donc la mort à chaque coin de rue, notamment du côté du square mais surtout de celui des anciens abattoirs de la ville désormais abandonnés…

Semblablement aux précédentes saisons, la notion de famille est au centre des préoccupations et des angoisses de la majorité des personnages, tous hantés par des drames du passé ayant des conséquences sur leur présent. Ainsi, au cœur de cette troisième saison, ce sont trois familles maudites qui évolueront en parallèle : celle des deux sœurs Woods traumatisées par la schizophrénie, celle des Vanczyk, deux policiers de Garrett dont le père est corrompu, ainsi que celle des Peach, une famille ancestrale de soi-disant cannibales.

Et comme souvent dans Channel Zero, jamais un jump scare ne viendra vous faire sursauter à l’instar des nouveaux films d’horreur qui pullulent au cinéma ces dernières années. Non, ici tout est question d’ambiance et galerie de monstres de qualité.



Derrière la caméra, l’inconnue Arkasha Stevenson, grâce à son utilisation des cadres et de l’espace, parvient à créer une ambiance saisissante, notamment en ce qui concerne le parc, vaporeux et abandonné ou encore le quartier de Butcher’s block en lui-même avec ses bâtiments délabrés et recouverts de graffitis dont cette image de créature à la bouche ouverte qui prendra tout son sens dans le dernier épisode. De plus, la réalisatrice bien aidée par Isaac Bauman son directeur de la photographie, exploite de manière très particulière les images portées à l’écran et réussit à nous transmettre une atmosphère surnaturelle teintée d’onirisme pouvant rappeler certains tableaux de Füssli voire de Francis Bacon mettant le public mal à l’aise face : aux festins de viandes rouges crues, aux scènes tout droit sorties d’un cauchemar éveillé ou encore vis-à-vis du regard halluciné de certains protagonistes (cf. celui complétement saisissant de Robert Peach).

Justement, en ce qui concerne ces derniers, notons que les deux actrices principales, Olivia Luccardi ("It follows") et Holland Roden (la série "Teen Wolf") s’en tirent à merveille. Leurs rôles ne sont pas évidents car elles incarnent deux héroïnes diamétralement opposées : l’une doit lutter contre sa maladie et l’autre doit prendre les rênes de la famille. Toutefois, elles réussissent à bien exploiter toutes les facettes de leur personnage sans jamais verser dans le pathos ou la caricature. En outre, dans la peau du pater familias Joseph Peach, nous avons le regretté Rutger Hauer ("La chair et le sang", "Blade runner", "The hitcher" et tant d’autres encore !) qui nous propose un « monstre » étrangement fascinant dont l’amabilité apparente est contrebalancée par son but ultime qui lui vient d’un profond traumatisme…

Pour ce qui est du bestiaire, Nick Antosca vous régalera encore et à ce jour, Butcher’s Block est la saison empruntant le plus à Lovecraft avec cette histoire dans laquelle se mêlent culte ancien à base de sacrifices humains, créatures surnaturelles et entité divine plus vieille que l’univers aux pouvoirs insoupçonnés. Se côtoieront ainsi dans cet univers parallèle angoissant : d’inquiétants lutins aux faciès d’enfants malformés qu’on dirait tout droit venus de "Chromosome 3" et se déplaçant à travers les cloisons tels les garnements dans "Le sous-sol de la peur", une créature sans visage faite de morceaux de viande, une espèce de Dieu païen tout-puissant, ou encore la personnification de la maladie des Woods : une entité aux bajoues démesurées pouvant, par moments, rappeler la grosse dame pâle de "Scary stories". En un mot : « effrayant » !


En six épisodes, Channel Zero: Butcher’s Block explore donc la rencontre entre la schizophrénie et l’anthropophagie en donnant le jour à un récit original et impeccablement mis en scène par Arkasha Stevenson. La réalisatrice développe une ambiance qui rend cette immersion dans le cauchemar d’Alice (quel bon choix de prénom !) très anxiogène et onirique, mais également super terrifiante par moments car on y trouve assez de gore et le rythme ne s’essouffle jamais. Quant au casting, il est très bon, notamment avec Rutger Hauer, parfait en père protecteur d’une famille de dégénérés ! En outre, cette saison a le mérite de ne ressembler en rien aux deux autres, ce qui prouve que la série réussit à se renouveler assez facilement au niveau de l’originalité. Il n’y a, en effet, jamais le moindre sentiment de déjà-vu. Alors vivement la quatrième !





5/6 - Vincent Duménil