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Dans une immense tour servant de prison verticale composée d’un nombre d’étages semblant infini, des détenus qui ne peuvent être que deux par cellule, n’ont le droit de se nourrir que durant deux minutes en piochant ce qu’ils peuvent sur une immense plateforme remplie de victuailles diverses et variées qui passe de niveau en niveau. Alors que les prisonniers des premiers étages peuvent manger sans limites, les niveaux inférieurs, eux, n'ont que des restes ou des plats vides. Plus on descend donc et moins on a de chances de survivre. Heureusement, au bout d’un mois on change de geôle, mais le pire c’est qu’on ne sait pas à quel étage on sera ! C’est dans cet univers carcéral d’un genre nouveau que débarque Goreng, qui s’est lui-même laissé enfermer six mois moyennant finance…



L'AVIS :


A ceux qui cherchent un petit film sympa en cette période de confinement, je ne peux que vous (dé)conseiller vivement La plateforme (« El Hoyo » aka « Le trou » dans la langue de Cervantès) pour garder le moral ! Ce métrage ibérique concept est un mélange subtil entre "Cube" pour le cantonnement dans un espace restreint réveillant les plus bas instincts et certaines pulsions malsaines, mais aussi "Snowpiercer, le transperceneige" et le moins connu "High-rise" qui abordaient déjà le thème des classes sociales.

Mais réduire ce long-métrage du débutant Galder Gaztelu-Urrutia à une simple métaphore de la lutte des classes avec ceux d'en haut qui mangent tout et ceux d'en bas qui meurent de faim, serait un peu réducteur ! Car La plateforme semble aller plus loin que cela. En effet, beaucoup d’aspects de notre société actuelle sont abordés et suscitent alors moult questionnements, notamment : l’individualisme forcené et égoïste poussant certains à la surconsommation, le manque de nourriture pour d’autres prêts à se révolter et tuer pour se contenter d’un quignon de pain.



La plateforme nous dépeint alors un monde (le nôtre) dans lequel l'humanité retrouve un instinct bestial et individualiste mu par l'idée de manger ou bien alors de se laisser faire donc d’être mangé (au sens propre, comme au sens figuré). Quoi qu’il en soit, et ce malgré le changement mensuel d’étage faisant écho à l’ascenseur social de nos sociétés rappelant que l’on peut se retrouver en bas de l’échelle du jour au lendemain, tous ont la même préoccupation : se nourrir ! Ce film à l’idée de base semblant simpliste, parvient toutefois à susciter en nous une infinité de questions passionnantes en parfait parallélisme de notre triste actualité concernant la faim dans le monde tout en constituant un large éventail des traits de la nature humaine allant de son égocentrisme fanatique à son animalité retrouvée face au besoin de survivre. C’est vraiment très fort et très bien vu !

Côté réalisation, ce long-métrage espagnol anxiogène à souhait est cliniquement froid et violent, donc il sera loin d''être recommandé aux estomacs les plus sensibles ! Le réalisateur, à l’instar de Marco Ferreri avec « La grande bouffe » en son temps, joue volontiers sur l’écœurement et la provocation pour mettre en images certaines analogies les plus crues : « se faire chier dessus » et « se faire bouffer par les autres » seront alors des expressions qui prendront alors ici vraiment tout leur sens !

De plus, La plateforme exploite intelligemment son décor unique voire minimaliste, qui instaure néanmoins une ambiance oppressante avec de bonnes scènes de tensions mais également de malaises physiques ! Mais ce métrage a su aussi fournir un casting à la hauteur car c’est relativement bien joué et l’on retiendra surtout l'acteur principal interprétant Goreng qui figure un très efficace monsieur Tout-le-monde alors que celui incarnant Trimagasi campe à la perfection le protagoniste débonnaire de prime abord mais qui cache parfaitement son jeu…



Venons-en maintenant à ce qui a beaucoup fait parler de ce film : sa fin ! Pourquoi ? Tout simplement parce qu’elle est sujette à de nombreuses discussions et interprétations et que certains points ne sont pas clairs : la présence ou non du gâteau à la pana cotta au dernier étage, l’existence réelle d’une enfant, la faculté de Miharu, la femme asiatique, à survivre et à évoluer d’un étage à l’autre, etc. La plateforme ne livrera donc pas clé en main tous ses secrets et en frustrera plus d’un mais permettra aux autres de réfléchir davantage et de faire durer l'expérience bien au-delà du simple visionnage du film. Mais était-ce bien l’intention du réalisateur ?



Cette petite production espagnole diffusée sur Netflix en surprendra plus d’un avec sa critique de la société actuelle : si les plus riches apprenaient à partager, le monde irait beaucoup mieux ! Outre ce message on ne peut plus simple mais de la plus haute importance, c’est bien joué, la tension est bien gérée et c’est assez imprévisible jusqu’à un final énigmatique que chacun interprétera comme il le voudra. Une chose est sûre néanmoins : ce long-métrage fera beaucoup réfléchir !

LA BANDE-ANNONCE :











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