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Réalisation
Romain Serir

Scénariste
Romain Serir

Date de sortie
2016

Genre
savants fous

Tagline


Cast
Timothy Cordukes
Estelle Halimi
Andréa-Laure Finot
David Forgit
Franck Leroux


Pays
France

Production


Musique
Frederic Alvarez

Effets spéciaux



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Moyenne: 4
(1 vote)
Clarisse rencontre Marc, un jeune chirurgien, avec qui elle passe la nuit dans son hôtel particulier. Au matin, la jeune femme se rend compte qu'elle a été dupée : après l'avoir enfermée dans une chambre de la maison, Marc va l'obliger à endosser le rôle de sa défunte femme, jusqu'à lui donner son propre visage. Peu à peu Clarisse va devenir Hélène... Mais peut-on effacer son identité pour celle d'une autre ?



L'AVIS :

Le réalisateur Romain Serir ne s'en cache pas : son premier film est un vibrant hommage au classique de Georges Franju, Les Yeux sans Visage, réalisé en 1959 et authentique premier film d'horreur made in France. Mais La Fille aux Deux Visages n'est pas qu'un hommage à ce classique. Filmé en noir et blanc, principalement dans un format 1.33 pour faire "comme les films des années 50", on peut également y voir un hommage au cinéma japonais, à ces fameux Pinku tournés à la chaîne pour un budget ridicule, tout comme l'influence du Frankenstein de 1931 est palpable. Le cinéma contemplatif de Jean Rollin est également convié à la fête et même la modernité de Brian de Palma avec cette utilisation du split-screen lors de certaines scènes clés. On note d'ailleurs que lorsque le réalisateur utilise ce procédé des deux écrans en un, le format de l'image se pare d'un beau 1.85, symbolisant probablement la dualité qui s'opère dans le corps de la jeune victime séquestrée et à qui on veut faire endosser une personnalité qui n'est pas la sienne. Le format 1.33 se pare alors lui aussi d'un symbole, celui de l'enfermement, avec cette image carré qui possède peu d'espace.



Là où La Fille aux Deux Visages se différencie également des Yeux sans Visage, c'est dans la finalité de la greffe de visage, superbement reprise ici grâce au talent de David Scherer. Dans le film de Franju, le chirurgien voulait redonner un beau visage à sa fille défigurée. Romain Serir opte pour sa part pour quelque chose de plus complexe, de plus subtil et machiavélique encore, à savoir faire revivre l'image de la défunte épouse du chirurgien à travers une autre femme ! La greffe n'a donc aucun but esthétique ici si ce n'est de remplacer le visage de la victime et de lui faire endosser une nouvelle personnalité. Une véritable expérience scientifique que le docteur Frankenstein n'aurait sûrement pas renié. Cette victime malgré elle, c'est la jolie Estelle Halimi, qui va donc subir la folie de Marc (Timothy Cordukes), son bourreau totalement obsédé par sa femme décédée et dont il ne parvient pas à faire le deuil. La séquence du prélèvement de visage est vraiment très réussie, sanguinolente comme il faut et ravira les amateurs de gore. Une fois cette scène terminée, le film se pare d'une certaine poésie avec la présence obligatoire du masque blanc apposé sur le visage de la greffée.



Un masque moins réussi que dans le film de Franju tout de même, qui réussissait l'exploit de délivrer quasiment plus d’émotions qu'un visage humain. Ne comprenant pas vraiment où est-ce que Marc veut en venir, l'appelant sans cesse Hélène alors qu'elle s'appelle Clarisse, notre victime va vivre un cauchemar ambulant avant de se laisser aller et de sombrer dans le jeu de Marc, acceptant petit à petit de se fondre dans la personnalité de cette Hélène qu'elle ne connaît pas. Les séquences la montrant concevoir une statue d'argile, comme la défunte épouse le faisait, permettent de nous faire comprendre que le processus d'identification est en marche, chaque tentative se révélant mieux aboutie, mieux travaillée, comme si l'âme d'Hélène coulait dans ses veines et lui donnait son talent artistique. La résilience de Clarisse devient encore plus probante lorsqu'elle ne réagit pas à la fenêtre par laquelle elle voit deux policiers venir questionner Marc sur sa disparition. Il lui aurait simplement fallu casser le carreau et hurler pour que son cauchemar prenne fin. Mais non. Et lorsque le moment est venu de retirer ce masque blanc, Clarisse devient réellement Hélène, Estelle Halimi étant alors remplacée par la non moins charmante Andréa-Laure Finot. L'échange de corps et de personnalité semble avoir fonctionné. Mais est-ce réellement le cas ?



Si le jeu d'acteur du héros est parfois un peu théâtral, j'ai trouvé que les comédiens étaient convaincants et donnaient de l'épaisseur à leurs personnages respectifs. Comme déjà dit, La Fille aux Deux Visages est une oeuvre contemplative, qui prend son temps, mais qui, en ce qui me concerne, ne m'a jamais ennuyé. Sa durée de 75 minutes est adaptée et permet d'aller à l'essentiel, de ne pas se détourner de cette quête d'identité qui occupe l'esprit autant du héros que de sa victime. Les flash-backs explicatifs sont intéressants, tout comme la progression de l'histoire jusqu'à son final efficace. Cette tentative de faire du cinéma fantastique à la française est à saluer. Romain Serir a réussi à ne pas se noyer parmi les références et les clins d'oeil au cinéma qu'il aime et dont il a ponctué son premier film et à offrir un film atypique et artistique qui mérite d'être découvert.

Disponible en DVD chez BZZ VIDEO






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