Stéphane Jolivet
2,5/6 - Stéphane Jolivet
4,5/6 - Colin VETTIER
3,5/6 - Jérémie MARCHETTI
4/6 - Gilles LUQUET
3,5/6 - Stéphanie AVELINE
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Après avoir réalisé le désormais célèbre "Ghost in the Shell" et écrit le scénario de "Jin-Rô", tous deux des longs métrages d’animation, Mamoru Oshii s’attaquait au film avec "Avalon" (ses précédents essais dans le genre, "Lunettes rouges", "Stray dogs" et "Talking Heads", sont indisponibles chez nous). Evoquant de nouveau la possibilité d’une âme dans un contexte qui a priori la nie, il pénétrait cette fois, avec une esthétique unique et stupéfiante, mais non dépourvue d’ambiguïté idéologique, l’univers du jeu vidéo.
Dans une Pologne future, le quotidien est devenu si insipide que certains se réfugient totalement dans un jeu vidéo en réseau illégal nommé "Avalon". Ce dernier, qui peut permettre aux joueurs confirmés de gagner leur vie, se déroule dans un univers guerrier qui n’est pas sans évoquer l’Europe de la Seconde Guerre Mondiale, et provoque une si forte dépendance qu’il peut provoquer des accidents cérébraux… Ash, joueuse émérite de classe A, convoite à présent une classe spéciale qui lui permettrait de percer le mystère d’"Avalon".
Dès son entrée en matière, "Avalon" nous immerge dans un univers jamais vu au cinéma. Dans un magnifique sépia aux lumières pâles et dorées, aux gris duveteux et aux noirs soyeux, Ash remplit une mission en cavalier solitaire, au milieu des tanks sillonnant les champs et les rues, des hélicoptères et des autres combattants. Faisant la découverte d’un jeu graphiquement plus réaliste encore que ceux d’aujourd’hui, mais qui conserve des signes clairs de sa nature fictive (explosion numérique des victimes, "mission complete", etc.), le familier des jeux vidéos trouvera vite ses repères dans la façon qu’a le personnage d’utiliser les décors et les éléments qui l’entourent, ou dans la transition d’un niveau à un autre. Par son utilisation exquise des nuances d’ombres et de lumières, de mouvements de caméras et de flous, Mamoru Oshii excelle à produire un monde fluide, lyrique et autonome, où la violence des combats, particulièrement développée au niveau sonore, jouit visuellement d’une étrange douceur. Douceur paradoxale qui, avec son absence de couleurs, marque la limite du réalisme du jeu. Conjuguée aux perspectives de victoire et d’évolution, on s’expliquerait donc l’attrait insensé de ce dernier sur les joueurs.
Afin de justifier cette addiction, Oshii met en regard une réalité quotidienne exsangue et sans saveur, et c’est à partir de là que le bât commence à blesser. Cette conception rétro-futuriste, aux fondements absents, n’a justement l’air de rien d’autre qu’une justification. On ne pourrait pas ne pas vouloir fuir ce monde verdâtre et sale, aux lumières inconfortables, et où il semble qu’on ne puisse rien faire d’autre que manger à la cantine, prendre le tram et se morfondre dans une chambre vide en compagnie d’un toutou bâfreur. En évacuant toute exposition sociale, politique ou psychologique (pourquoi le monde est-il ainsi, ne peut-on rien y faire, vraiment ?), et donc tout contrechamps à l’obsession de Ash et des autres joueurs, Oshii évite soigneusement de mettre celle-ci en question. Il nous somme de l’accepter et, non sans lourdeur parfois (la scène où Ash regarde manger Stunner), de compâtir avec démagogie à cette préférence pour le jeu et la désincarnation. Ce qui n’empêche de constater que Ash, revenue ou pas, est déjà aussi sympathique que le légume (un chou) qu’elle cuisine dans une autre scène sensée émouvoir, et que sa quête est aussi séduisante que l’hallucination saumâtre d’un toxico chronique.
Pire encore. Le film reste relativement ambigu sur le sujet. Personne, même, ne semble avoir relevé cet aspect des choses, comme si véritablement l’éblouissement visuel et la majestueuse lenteur du film avaient fini par provoquer l’aveuglement. On préfère parler de profondeur métaphysique, mais évidemment sans jamais dire rien de précis. C’est bien simple : dès qu’une bêtise reste dans le vague, on parle de profondeur. Cela apparaît pourtant dans le titre même du film, qui est à la fois le nom du jeu et de sa quête ultime. Ce nom est expliqué au cours du récit (on évitera de le faire ici, par égard envers ceux qui ne l’aurait pas encore vu), notamment au travers des chants nostalgiques et élégiaques portés par la musique, de plus en plus grandiloquente, de Kenji Kawaï, expert en nausées doucereuses et rococos. "Avalon", le roi Arthur, les Neufs Sœurs… Ash évoquera même Odin et son anneau d’or, dont on retrouve un symbole équivalent sur l’écran de veille de l’ordinateur de Ash. Mais que veut dire ce salmigondis de références mythologiques ?
Il apparaît que cette quête d’âme perdue est axée sur la nostalgie d’un groupe guerrier (les Wizards), qu’elle passe par une guerre aussi implacable que désincarnée, et qu’elle est assimilée, pendant tout le film, à un certain mysticisme celto-germanique, qui n’était pas absent d’une idéologie de sinistre mémoire et accompagne encore aujourd’hui les fantasmes de quelques mouvements extrémistes, régionalistes ou nationalistes. Est-ce profond parce que c’est mystique, ou bien ce culte mélancolique du héros à la sauce post-Wagnérienne, placé sur le territoire Polonais, et qui plus est dans un décor rappelant par bien des aspects la Seconde Guerre Mondiale et ses suites, n’est pas plutôt choquant ? Cela, à aucun moment Oshii ne semble le remettre en cause ni même en prendre conscience. N’a-t-il pas osé formuler de critique, ou bien est-il en phase avec cette mystique entretenue par les joueurs ? Impossible à dire. La séquence finale (dont le retour à une image "normale" se contente de jouer sur la difficulté à distinguer le réel du fictif, sorte de twist à deux euros), ne démentira pas ce trouble, avec son concert à la Viennoise où, entre parenthèse, le compositeur peut s’auto-admirer (hommage, dira-t-on) avec une étonnante complaisance.
Exploit visuel au service d’une idéologie fumeuse, célébration plutôt que réflexion, tel semble être au bout du compte le cocktail "Avalon". Ce ne sera pas la première fois qu’un réalisateur se sert du genre pour développer des idées, c’est même une bonne chose. Mais, d’une façon identique à celle d’Otomo avec "Akira", Oshii fuit tout contrepoint, ne cherchant qu’à imposer l’adhésion et la contemplation, et ne faisant qu’illustrer, cette fois c’est bien pire, une mystique sentimentale désuète et rance, qui se voile dans les splendeurs du flou artistique pour ne pas montrer son misérable visage… à moins qu’elle n’en ait pas du tout.
2,5/6 - Stéphane Jolivet
L'AVIS DES AUTRES REDACTEURS :
Voici un film aux facilités scénaristiques passionnantes.
En effet si le concept n'est pas très original (est-ce virtuel, ou non ?), le traitement est des plus sympathiques.
La réalisation tire grand parti du sujet, et se permet des filtres d'images sublimes. Tourné dans un décor apocalyptique et accompagné d'une musique sublime (pour peu que l'on aime les envolées orchestrales), "Avalon" impressionne sur le plan technique. Cependant, le scénario est un peu fouilli, et l'on se perd parfois dans des questions qui n'en sont pas (est-ce la réalité qui est virtuelle, ou la fiction qui est réelle ?). Pour une fois le scénario aurait gagné à être moins "intelligent".
N'empêche, si le film ne peut prétendre au statut de film culte, il demeure une curiosité exotique et très divertissante.
4,5/6 - Colin VETTIER
Le propos ne m’a guère intéressé ; mais il y a de très belles images et une musique de Kawaï à tomber.
3,5/6 - Jérémie MARCHETTI
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Avis de : camif
De superbes images malheureusement le scénario et l'histoire ne sont paut-être pas à la hauteur.
Néammoins ce film dégage une atmosphére envoutante et merite d'être vu.
Avis de : nicofeel
De belles images certes mais quel film enuyeux et effectivement fumeux !
Avis de : ripzone
Un film japonnais tourné en Pologne : si ça c'est pas du dépaysement. Bon le film est assez interressant dans son genre, ce n'est pas le plus grand des chefs d'oeuvres mais ça reste un assez bon moment de cinema.
Ps: les scènes de guerre sont assez marrantes ou des guerriers en 2D se font atomiser 1 par 1
Avis de : le dentiste
SPOILER
concernant l'addiction de l'héroïne, c'est VRAIMENt le vrai sujet du film, comment elle réeussit à s'en sortir, puisque la dernière scène
montre comment elle décide de perdre VOLONTAIREMENT la partie.
en effet, (et c'est expliqué lorsqu'elle entame la dernère phase de jeu) ici la petite fille n'est PAS la cible...
si elle ne l'avait pas tuée, elle n'aurait plus quitté le jeu ( comme le montre le fait qu'après avoir tué son coéquipier - et donc gagné la partie - elle reste cependant en immersion dans le jeu )
j'espère être clair ?...
bref : j'adore ce film
Avis de : Negation
Un film vraiment magnifique et fascinant. Certains le trouvent chiant, pourtant même si le rythme est souvent très lent, le scénario est assez intéressant pour ne pas décrocher et les scènes d'action interviennent régulièrement pour redynamiser le tout. Les images sont vraiment magnifiques, tout comme les musiques, sublimes (achetez l'OST d'urgence!). Certes le scénario est trop complexe, même après plusieurs visionages, et on finit par se demander finalement quelle est la signification de tels ou tels événements ou répliques. Par contre Stéphane, si ton idée d'idéologie douteuse a au moins eu le mérite de bien me faire réfléchir sur le film, désolé mais je ne te suis pas du tout, la comparaison me semble vraiment tirée par les cheveux. Bref, un film fascinant (surtout la dernière demie-heure, vraiment très prenante), autant abouti sur la forme que sur le fond.
Avis de : maitregli
Voir dans ce film une sorte de nostalgie pour la seconde guerre mondiale me semble très exagéré. Justement, l'humanité ne sera jamais débarrassée de l'horreur et notre animalité trouve son épanouissement très souvent dans les jeux vidéos, donc je trouve que ce film sonne juste sur bien des points. Aimer la musique de Richard Wagner ou de Karl Orff (pour citer un vrai nazi) ne fait de personne un fachiste. Et donc d'après toi Stéphane, utiliser la mythologie celto-germanique ou l'univers wagnerien est faire référence de manière positive au nazisme? Voilà un raccourci dangereux. Ce n'est pas parce qu'Hitler a récupéré la musique de Wagner et les idées de celui-ci à la fin de sa vie qu'on peut blamer ceux qui ont une affection pour la mythologie germanique.
Justement, le morceau de Karl Orff "Oh Fortuna" de l'opéra "Carmina burana" a été utilisé dans de nombreux films, faut-il blamer les réalisateurs?
Sinon, ce film est loin d'être parfait et c'est vrai, il comporte des lenteurs, mais je trouve qu'elles participent bien à l'ambiance du film, où les presonnages sont obligés de se réfugier dans un univers virtuel, mais par contre véritablement mortel, pour echapper à la grisaille quotidienne. Certaines complexités du scénario sont inutiles, mais je suis resté scotché quand même.
En conclusion, loin d'être génial, mais un excellent film tout de même, avec des originalités uniques.
Avis de : onm
je vais faire le vilain canard :p
Je me réjouissais de le voir et puis vlan, la déception.
Je l'ai trouvé chiant et poussif.
Des scènes trop accentuées :
exemple : l'héroine est dans un train-train de vie reveil-jeu-manger-reveil-jeu-manger.... bon ok, mais faire 8 mn de ce cycle, c'est bon, on a compris, pas besoin de faire si long.
Je sais pas... quite à avoir un film de ce genre et réussi, mieux vaut ExistenZ.
Avis de : dav
J'avoue avoir toujours été intéressé par le sujet même avant de voir le film. Alors Mamoru Oshii aux commandes, je n'ai pas été déçu une seule seconde.
De ce que j'ai lu des autres critiques, j'avoue ne pas partager le point de vue de tout le monde. Pour moi c 'est un film sur la fuite d'un quotidien exsangue, grace a une autre vie virtuelle ou onirique. Le film traite donc pour moi d'un bovarisme moderne puique placé dans le monde des jeux vidéos. Mais le refuge aurait aussi bien avoir été la drogue ou autre.
Ce film est à la fois novateur, beau et intelligent. Il demande cependant quelques visionnages pour se dévoiler.
C'est sans contexte l'un de mes films préférés.
Avis de : Flade
Totalement adepte de ce genre de film je le trouve vraiment au top et je le re-regarde sans m'en lasser....
Pour moi il est aux cotés des plus grands films de sciences fiction....a chacun de faire la différence aprés entre science-fictione t dutur proche.....à méditer....
Avis de : Freedom_for_Coconuts
C'est sur, les images sont magnifiques, les effets spéciaux très bons et les scènes d'actions de bonne facture.
Cependant je n'ai pas vraiment compris le message qu'a voulu faire passer Mamoru Oshii. C'etais beaucoup plus clair dans Ghost In The Shell !
C'est ce point qui m'a empêcher d'apprécier ce film. Sinon il se laisse tout de même regarder.
Avis de : ber
Mon dieu, le fascisme est vraiment partout. Imaginez donc, un film tourné par un japonais et qui se déroule en Pologne, c'est déjà louche. Ajoutez-y de la musique classique de qualité et des références à la mythologie celtique et le spectre d'Hitler n'est pas loin.
Non mais quelle idée de trouver partout des références pareilles? Faut vraiment être obsédé.
Moi, je conseille:
-d'interdire les films japonais en France pour cause de fascisme latent (ils étaient du coté de l'Allemagne en 39-45)
-d'interdire la mythologie européenne et la publication de ses récits car les jeunes deviennent fascistes à cause de ça
-d'interdire tout signe d'appartenance à une nation ou à une région (amis bretons et corses, votre mythologie et vos traditions sont fascistes!!!)
-d'interdire le cinéma qui ne donne pas assez de traces de politiquement correct. On devrait même l'interdire tout court vu qu'Hitler aimait le cinéma... Ca fait vraiment froid dans le dos quand on y pense. Merci de nous avoir mis en garde contre ce film!!! Ouf!!
Dommage quand même, le film est plutôt sympathique.
Avis de : yodazen
A ceux qui pensent qu'un film doit ressembler à ce qu'ils attendent: bravo! Mais Avalon n'a rien de cette démagogie contemporaine qui consiste à penser qu'une oeuvre d'art DOIT ressembler à une autre pour qu'on puisse y adhérer. Combien de films nous ont présenté un futur plutôt triste et exsangue? Cela ne semble pas vous avoir dérangé jusqu'ici. Oshi nous fait ici une proposition artistique et intellectuelle majeure: gagner sa vie avec le jeu. Ce n'est pas rien. Les implications sociopolitiques sont nombreuses.
Les "joueurs" ne le sont pas par plaisir mais par nécessité. Accéder à un niveau supérieur n'est pas un plaisir futile mais un moyen d'échapper à la vie quotidienne qui nous stérilise. Le virtuel devient plus réel - et plus impérieux- que la réalité elle-même. De quoi se poser quelques questions, tout de même!
Certes, Avalon est plus proche de Bergmann que de John Landis; il n'empêche que c'est un film à voir, même avec ennui.
Avis de : nekro
Génial ! Une perle de sf ne ressemblant à aucunes autres. Entre jeu-vidéo de combat de tanks (il y a surement un nom pour décrire ce genre de jeux), manga, film d'auteur ... Le monde du jeux avec ses gigantesques plaines semble sortir d'un rêve et son niveau caché avec la petite fille est la meilleure trouvaille scénaristique du film. Le mystérieux joueur solitaire est fabuleux lui aussi et les scènes de bataille sont hypnotiques, comme un jeu filmé grandeur nature, au ralentit, mélangeant la 3d et la 2d ... 2 reproches cependant au film : les scènes se déroulant en dehors du jeu sont plates, sans envergures, et on a envie que d'une chose: c'est que l'héroïne remette son casque et retourne dans la réalité virtuelle. Et puis le final: complètement raté. Oshii a choisit de nous foutre son dernier niveau dans un opéra à notre époque et on a l'impression de s'être assis sur la télécommande. ça tue le film. Bref, œuvre somptueuse mais avec une fin qui gâche presque le film.
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