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RESIDENCE SURVEILLEE
( NEIGHBORHOOD WATCH )
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Si vous en avez marre des thrillers consensuels et faussement graphiques que tente de vous faire avaler la production cinématographique actuelle, alors Résidence Surveillée est fait pour vous.
Bob et Wendy, un jeune couple très respectable, emménage en banlieue : Bob vient d’être embauché à Zicore et ne peut rater cette opportunité. Mais quelque chose cloche dans le voisinage, il semblerait qu’un certain nombre des habitants du quartier ait sérieusement les fils qui se touchent. Une nuit, les deux jeunes tourtereaux sont tirés de leur sommeil par un accident qui a eu lieu juste dans leur jardin. Bob sort pour apporter son aide mais se fait littéralement sauter dessus par un vieil homme.
Après cet étrange incident, une série de petits désagréments domestiques va survenir. A mesure que les faits étranges s’enfilent, telles des perles à un collier, il est de moins en moins douteux que quelqu’un dans le voisinage leur en veut.
Est-ce cet étrange couple de retraité qui prétend être muet, ou bien le voisin célibataire qui se montre un peu trop attentionné ?
Ainsi va la vie, dans les banlieues typiques des coins reculés des Etats-Unis d’Amérique. Les voisins gardent toujours un oeil bienveillant sur le quartier pour le préserver de la délinquance… Peut-être n’est-ce pas une bonne chose...
Le plan d’introduction est un long travelling suivant le facteur déposant du courrier dans chacune des boîtes aux lettres. Ce travelling permet de poser le décor : toutes les maisons sont rigoureusement identiques dans leur architecture, comme dans toute banlieue résidentielle américaine qui se respecte. C’est donc sans aucune surprise que le voisinage n’est composé que de WASP (White Anglo-Saxon Protestant – Américains blancs). Cependant lors de cette séquence introductive, la rupture survient : l’une des résidences est cerclée de barbelés, de panneau "Ne pas approcher" et autres signes accueillants.
Très rapidement, la bande sonore est occupée par la voix d’un animateur radio, le Docteur Hunter, qui se pose garant de la bonne moralité en prêchant une conception infecte. Sa verve est agressive et tend à haranguer le spectateur. Ca pue le conservatisme fascisant à plein nez puisqu’il est question de laver les pêchés d’une civilisation décadente en cultivant la haine et la peur de l’étranger. Le Docteur Hunter ne semble pas prêt à pardonner, les pêchés doivent être expiés dans la honte et la douleur. Cette voix ponctuera régulièrement le métrage, assénant ses sermons au spectateur jusqu’à la nausée.
Insistant bien sur l’aspect lisse et conformiste de ces banlieues résidentielles "modèles", le cinéaste américain nous offre aussi un panorama de la vie active sans remous. Ainsi Bob vient d’être embauché dans une entreprise bourrée à ras bord de Golden Boys et Golden Girls. Tous sont extrêmement dynamiques, superficiels et attendus. Les employés, quelque soit leur hiérarchie, obéissent à des codes que leur impose la société.
Pour les américains et plus largement pour l’ensemble des civilisations dites "occidentales", le logis est une sorte de forteresse, une intimité inviolable. On s’y sent protégé des affres de cet Etranger (entendre par là l’Inconnu) qui nous effraye tant. Cela est d’autant plus vrai dans les sociétés surmédiatisées, où la communication de masse tend à se faire alarmiste. Cette tendance des mass médias à gaver leurs consommateurs de faits morbides et trop souvent voyeuristes, est ici énoncée. Les lourds panoramiques, soutenus par la voix parasitée du prêcheur radiophonique, sont impressionnants d’efficacité. Ils rendent l’atmosphère suffocante, agissant sur le spectateur comme un détonateur, le laissant dans l’expectative d’une violente explosion. Celle-ci interviendra dans les 15 dernières minutes du métrage.
Le jeune couple qui vient d’emménager dans la Résidence Surveillée, se voit donc attaqué directement dans son intimité. Ces agressions se font de manières insidieuses, difficilement prévisibles, rendant toute tentative de riposte forcément maladroite et peu efficace. Le spectre des attentats du 11 septembre n’est pas loin. Mais loin de s’apitoyer sur le sort de son pays, le réalisateur américain choisit de dénoncer l’administration Bush. Pour cela, il n’utilise nullement des pincettes, mais plutôt une bonne grosse tenaille et dresse ainsi une satire vitriolee ("vitriolée" relève de l’euphémisme).
Soudainement, le métrage s’accélère et le cinéaste enfonce le clou, montrant du doigt l’incapacité du Président des Etats-Unis et de sa clique à gérer les problèmes (voir leur capacité à en créer). En effet, à trop insister sur des valeurs pudibondes, à trop s’ancrer dans un traditionalisme de mauvais alois, ce n’est qu’une question de temps avant que les effets pervers ne surgissent.
Dans Résidence Surveillée, ce disfonctionnement s’exprimera surtout au travers des excès auxquels conduit une application trop zélée du puritanisme. Relayée par une propagande de tout instant, c’est une étrange conception des rapports sociaux que semble vouloir prôner le Docteur Hunter (le lien entre celui-ci et le gouvernement Bush n’a rien d’hasardeux). Il n’y a pas de place pour ceux qui sortent de la droite ligne. Et si par hasard une brebis égarée venait à être retrouvée, le châtiment serait sans concession.
De ce fait, les lignes entre le déviant et celui qui se pose garant de la bonne morale se troublent considérablement. Lequel des deux comportements est-il moralement et/ou socialement acceptable ? La réponse apportée par le métrage se trouve clairement dans la présentation de l’hypocrisie outrancière à laquelle cède le second.
Cependant Graeme Whifler ne se laisse pas entraîner par une construction manichéenne. Ses héros (les "déviants" donc) font partie de cette Amérique trop propre et trop fière, rentrant avec trop d’aisance dans le moule du libéralisme.
Au final, tout le monde a le droit à sa ration de vitriol.
Ce qui est très plaisant, au-delà du message qu’il véhicule, c’est que le film de Graeme Whifler est irrévérencieux au possible, véhiculant un puissant humour noir. Dès les premières minutes du métrage, une touche d’excentrisme est ajoutée à la coquille superficielle, ô combien représentative de l’American Way of Life. Ainsi, c’est une sublime scène d’un homme allongé sur son lit, occupé à manger les croûtes formées autour d’une cicatrice grossièrement recousue, qui frappe le spectateur en pleine face.
La construction du métrage est donc plutôt (d)étonnante. La tension monte progressivement, tout en ne montrant qu’une violence peu graphique. Jusqu’au 15 dernières minutes, où tout dégénère, le cinéaste se permettant en un quart d’heure de renvoyer "Hostel" au rang de road-movie sexy, inutile et ennuyant. Cette explosion d’agressivité graphique est si totale et si soudaine, que son impact sur le spectateur en est rendu physique. Résidence Surveillée aurait ainsi provoqué des évanouissements dans les salles américaines. Rien d’étonnant à cela, lors de la projection dans le cadre du festival Mauvais Genre, plusieurs spectateurs au bord du malaise ont été contraints de quitter la salle.
Si vous êtes un tant soit peu sensible et impressionnable, vous risquez de passer la scène finale en train de ronger vos accoudoirs.
Une réussite totale pour une critique sociale amère et sans concession.
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