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Décidément, Pop Cinema est sur tous les fronts en ce moment. Après un double DVD comprenant plus de 5 heures de bandes-annonces (!), voici un long métrage acclamé par la critique avec Felissa Rose (sic). "Mais", me direz-vous, "la Critique, on lui fait bien dire ce que l'on veut !". Cette intervention sera des plus raisonnées.
Justin Bestler, un étudiant en sciences criminelles part vivre chez son père malgré les supplications de sa mère. A sa grande surprise, la maison de son père a été divisée en quatre appartements, abritant en tout sept locataires. Devant la demeure paternelle, il fait la rencontre de Kayla, une fille bien étrange (qui me rappelle une ex (sic bis)). La jeune femme semble le suivre, l'observer. Pour Justin Bestler la tension monte, il a l'impression de s'être fourré dans le pétrin. La nuit où il retrouve Kayla morte dans le jardin de son père, recouverte d'un sac poubelle, il décide d'agir. Le suspect principal étant un groupe de satanistes local, le "Cercle Noir". Curieux et conservateur, à force de fouiller trop en profondeur, Justin aura du mal à se sortir les doigts du culte.
Pour remédier à sa paranoïa, il va faire installer des caméras dans la maison de son géniteur. Il va ensuite passer des nuits entières, accompagné de deux camarades, à surveiller les occupants. Souriez, vous êtes filmés !
Dark Chamber s'inspire d'un fait divers sordide (pour les faits divers non sordides, voir "Je suis nymphomane évangéliste, mère de 45 enfants" ou les rediffusions d'Intervilles) duquel a déjà été tiré le best-seller Say You Love Satan (Dis que tu aimes Satan). Les longs métrages inspirés d'évènements réels sont à la mode. Après "Hostel" et son remake (pardon, et son chapitre II) voici Dark Chamber. Pour en savoir plus sur le fait divers dont découle le film, un mini documentaire est à la disposition du spectateur sur l'édition DVD. En trois minutes un présentateur s'adresse au spectateur sur fond de musique angoissante, et d'images d'archives, pour dresser un bref portrait du tueur. Un lycéen gros consommateur d'acide s'est jeté sur l'un de ses camarades et lui a poignardé le visage quelques 20 fois en hurlant "Dis que tu aimes Satan."
Le rapport avec le film est pour le moins ténu. (Certes le documentaire est très succinct, et ne présente pas toutes les données, pourtant le lien me paraît parfaitement brumeux). Inspiré de fait divers ou non, le scénario est là et le film aussi. Pour changer commençons par la fin : Dark Chamber aurait donc gagné à être condensé et raccourci de moitié.
Maintenant que la conclusion de la présente critique est faite, il vous sera expliqué pourquoi 45 minutes auraient mieux values que les 90 minutes proposées.
Quelques paragraphes plus tôt, je vous parlais de la Critique. Que pense-t-elle de la réalisation de Dave Campfield ? Observons à cette fin, les morceaux choisis pour décorer la jaquette du DVD (traduit de l'anglais, donc).
"Intelligent et riche en rebondissements... Chamboule les règles du genre et vous fait douter jusqu'à la fin." C'est signé Jeffrey Reddick, le réalisateur de "Destination Finale". Petit hic, Dark Chamber est suffisamment prévisible pour que l'on devine le meurtrier dans les dix premières minutes du film. Avant même qu'un meurtre soit commis. C'est tout de même ballot ! D'autant que si l'on regarde l'affiche, un The Horror Review nous promet "un chef-d’œuvre de suspense à la Hitchcock". Mince alors ! Quelqu'un a volé le suspense. Mais qui ?
Les coupables sont nombreux et tentent de brouiller les pistes (non ce n'est pas le colonel moutarde avec le chandelier dans le salon).
Serait-ce les acteurs ? Si leurs prestations surfent parfois sur la frontière entre le médiocre et l'insipide, elles n'en sont pas pour autant catastrophiques. La pilule est parfois dure à avaler, tous les acteurs n'étant pas également convaincants.
Le casting mêle donc les novices et les vieilles ganaches. Au rang des interprètes habitués du genre, deux "acteurs cultes de "Massacre au camp d'été"" : Felissa Rose et Desiree Gould.
A ce titre, il est dommage que Felissa Rose continue d'être présentée comme "l'actrice culte de "Massacre au Camps d'été"". Pourquoi demeurerait-elle l'actrice d'un seul film ? Avec la quantité de métrages dans lesquels la belle a tourné, vous ne vous êtes jamais demandés pourquoi elle continuait à n'être créditée que comme "l'actrice culte blablabla..." ? Peut-être tient-elle à ce que le reste de sa filmographie demeure cachée ? Ou la réponse serait-elle plus simple : parce qu'elle n'a tourné que dans un seul film digne de culte. Pour une adepte de la série B avec une si grosse bouche, voilà un bien petit culte. Cependant, comme vous le savez tous (et toutes !) ce n'est pas la taille qui compte.
Pour ne rien arranger, la vision de Dark Chamber donne l'impression que certains des petits camarades de jeux de Felissa Rose s'ennuient devant la caméra. Conséquence inévitable : derrière son écran le spectateur en fait de même. C'est fort dommage car le réalisateur fait des pieds et des mains pour s'attirer les faveurs du spectateur.
Après quelques premières minutes plutôt classiques, la réalisation prend forme. Les cadrages sont plus travaillés et traduisent une véritable volonté de mise en scène. Les travellings en contre plongée du père de Justin, sont du plus bel effet. Seul hic, ils portent atteinte au suspense du métrage.
Avec son sujet, le réalisateur s'attaque à un gros morceau. Il y a en effet deux angles d'approche distincts à l'intrigue : l'histoire de Justin et ce qu'il voit sur ses écrans de surveillance.
L'alternance entre ces deux univers visuels se fait grâce à l'entremise de filtres d'image. L'image vue au travers des caméras de surveillance, est en noir et blanc, et désentrelacée. Petit problème : le rendu est assez brouillon. Certes, il s'agit là d'un métrage indépendant et par extension, fauché. Habituellement, mon amour du cinéma indépendant, me pousse à louer les efforts d'un réalisateur ambitieux. Le problème de Dark Chamber est que le résultat aurait pu être d'une redoutable efficacité. En l'état, il constitue plutôt la cinquième roue du carrosse, rendant la mise en scène lourdement poussive.
Résultat, avec son talent Dave Campfield démarre sur les chapeaux de roues, et laisse le spectateur sur le bord de la chaussée. C'est bien beau l'ambition mais il faudrait veiller à ne pas avoir les yeux plus gros que le ventre. Chose qui relève de l'impossible en matière de cinéma.
Pop Cinema, fidèle à sa réputation, a tassé une pléthore de bonus dans le disque. A vrai dire, la compagnie est tellement active, qu'il devient difficile de la suivre. Cela la place sans aucune difficulté tout en haut du panier. A une époque où la mort du DVD est claironnée de plus en plus fort, voir un tel acharnement à sortir des films de derrière les fagots, dans des éditions aussi complètes ne peut que faire plaisir. Aucun doute là dessus, certains éditeurs moins scrupuleux feraient bien d'en prendre de la graine !
Si Dark Chamber est loin d'être inoubliable, son édition DVD ferait presque oublier ses défauts. Les curieux et les collectionneurs n’hésiteront donc pas.
Cependant, si le métrage ne vous tente pas outre mesure, passez votre chemin. Le catalogue de Pop Cinema est si vaste que vous y trouverez forcément votre compte.
2/6 - Colin VETTIER
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