Un matin comme les autres pour la charmante Julia Lofting : sa fille Katie vient la rejoindre dans la cuisine pour prendre son petit-déjeuner et croque à pleines dents une pomme posée sur la table. Mais la grande faucheuse vient troubler ce qui s'annonçait comme une journée paisible : la jeune fille s'étouffe, provoquant une véritable panique dans la maison. Dans un élan de détresse absolue, Julia tente une trachéotomie avec des moyens de fortune : l'ange blond ne survivra pas.
Après un long séjour en hôpital psychiatrique, la mère endeuillée fait table rase de son passé en fuyant le domicile conjugal et achète une petite maison. Souhaitant se ressourcer, elle devra pourtant faire face à une force venue de l'au-delà, qui n'apprécie visiblement pas les intrus...Fameuse adaptation du Julia de Peter Straub, écrivain qui se verra une fois de plus adapté au cinéma quelques années plus tard avec Le fantôme de Milburn, Le cercle infernal (titre quelque peu passe partout, reconnaissons-le) a acquis avec le temps un véritable statut culte, bien qu'encore méconnu pour une grande partie du public. Le film de Loncraine se posait alors en pleine vague de bondieuseries où l'enfant était généralement érigé en créature maléfique et perverse.
Au contraire, Full Circle suit plutôt le chemin d'un saisissant "ne vous retournez pas" et du plus surestimé l'enfant du diable, deux ghost-story charnières abordant le thème du deuil et toutes deux attirées par l'image de l'enfant revenant.
Une œuvre essentielle donc, qu'on a eu plus ou moins tendance à occulter, malgré un passage remarqué par la case Avoriaz en 1978 : alors que Friedkin, Sergio Leone, Alain Delon, Jane Birkin ou Fernando Arrabal composent, entre autres, le jury (et quel jury !!), voilà que c'est le grand prix qui lui est décerné, au côté d'autres titres phares tels que Eraserhead ou "le crocodile de la mort". Grande époque.
Rare, voire malmené, sur le circuit vidéo, on ne peut pas dire qu'il y ait eu beaucoup d'occasions de découvrir la dite perle. Et en ce qui concerne nos chères galettes numériques, pas mieux : la communauté fantasticophile se souvient encore du scandale lié au dvd zone 2 de PVB, une véritable honte à tous niveaux. On tente d'oublier l'ignominie, en vain, puisque aucun dvd import ne vient réparer la mise.
L'on entend également parler que des scènes auraient été enlevées par Loncraine himself, et qu'un montage cannois en dévoilerait la teneur. Bref, le statut de film maudit commence à lui coller à la peau, comme on peut le constater...
Neuf ans plus tard le tout aussi mythique Rosemary's baby, la frêle et douce Mia Farrow remet le couvert avec un rôle finalement peu éloigné de sa prestation chez Polanski : Julia est tout aussi perdue que Rosemary, en perpétuelle quête d'explications, et voyant son petit monde inexorablement s'effondrer autour d'elle ; deux femmes sur la route du surnaturel...
Un enfant sera également le lien entre tous ses événements funestes, et également l'objet de cette nouvelle enquête, où là encore, les doutes persistent : Mort ou vivant ? Bon ou mauvais ? Fille ou garçon ?
Point de débordements sataniques dans Full Circle : le spectateur assiste, accroché à son fauteuil, à un lent et morbide conte tragique, à l'issue qu'on devine des plus terribles...
La motivation des héros de "ne vous retournez pas", de "l'enfant du diable" et de Full Circle est au final exactement la même : suivre les traces ensanglantées d'un gamin fantoche, avec quelque part la certitude de retrouver son propre enfant décédé au bout de la vérité.
Tout comme Roeg, Loncraine joue avec une ambiance lourde mais ici tout à fait opposée : à une Venise putride et tortueuse, succède ici une atmosphère cotonneuse de matins froids et de chambres poussiéreuses, et pourtant d'où se dégage une chaleur malsaine et oppressante. On avance au fil de l'histoire comme l'héroïne, profondément inquiet, tiraillé et curieux : ici il vaut mieux d'ailleurs parler ici d'inquiétude que de grosse flippe, tant il est évident que Loncraine refuse de jouer la carte du spectaculaire et des manifestations grand-guignolesques, comme le feront à loisir certains classiques de maisons hantées réalisés plus tard.
Des portes qui claquent, un visage furtif, un radiateur s'allumant tout seul, une présence, des morts apparemment accidentelles comme une électrocution ou une chute : simple et efficace.
La révélation orale de l'identité du fantôme, escamotage en règle de l'innocence enfantine, évoque vaguement par sa cruauté un Maladolescenza tourné un an plus tard mais avant tout le classique de Jack Clayton Les innocents, qui nous parlait déjà d'angelots corrompus jusqu'à la moelle. Il y a d'ailleurs, tout comme chez Clayton (meilleur film de fantômes de la décennie je le rappelle) cette même aura, à la fois magique et trouble, qui frappe Full Circle, comme le temps d'un instant, à la fois planant et d'une sensualité bizarre où le spectre de la demeure vient "frôler" la nouvelle habitante des lieux pendant son sommeil.
Le score anthologique de Colin Towns contribue beaucoup à ce charme ambigu et insaisissable, avec cette comptine parfaitement obsédante. Impossible d'oublier alors les notes furieusement désenchantées du thème musical sur ce qui constitue l'un des plus belles et plus cruelles fins de l'histoire du cinéma fantastique. Full Circle n'offre peut être pas la terreur pure ou l'épouvante glaçante que l'on attend en général d'une ghost-story, mais nous tend une sublime mélancolie. A ne pas refuser, donc...
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