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CERRITOSIS
( CERRITOSIS )
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Il y a certains métrages – qu’ils soient courts ou qu’ils soient longs (en art comme en anatomie, ce n’est pas la taille qui compte) – tellement indéfinissables, qu’ils finissent par avoir raison du spectateur. Cerritosis est de ceux là.
Cerritosis : 1 - maladie rare mortelle causant chez le sujet, des hallucinations, un état schizophrénique et paranoïaque.
2 – Pomme en état de décomposition.
Bienvenus dans l’esprit malade de Roach Far, un personnage étrange et marginal, atteint de cette maladie rare. Ou tout au moins qui croit l'être.
Bienvenus dans un monde où le chaos est la base de toute règle, faisant voler en éclat tous référents.
Cerritosis n'est ni plus ni moins, qu'une définition artistique de l'anomie (je ne vous insulterais pas en vous suggérant d'aller lire les travaux de Durkheim si la seule chose que le terme anomie évoque chez vous, c'est une faute de frappe). Détendez-vous, ça va faire mal.Voilà quelques temps que cette critique aurait dû être écrite. Et pourtant, j'avais beau m'installer devant mon clavier, rien ne venait. Je ne vous dis pas ça pour me faire plaindre par vous, lecteurs assidus et généreux. Si je vous raconte cette anecdote apparemment sans intérêt, ce n'est que pour illustrer mon propos qui ne manquera pas de suivre ces quelques lignes.
En effet, l'univers du sieur Cerritos (Steven de son prénom) est d'une richesse étonnante pour un développement de moins de douze minutes. Mieux : contrairement à bien des courts métrages, Cerritosis ne donne absolument pas l'impression d'être une bande-promo-en-attendant-le-long. Au contraire, l'œuvre du canadien se suffit parfaitement à elle-même. Son aspect expérimental, pourtant commun en matière de court métrage, en fait une création unique. Le moins que l'on puisse dire c'est que Steven Cerritos sait manipuler son audience.
Cerritosis se présente comme une plongée en apnée dans l'univers paranoïaque de Roach Far. Ce qui veut dire, qu'un certain nombre de visions dérangées viendront frapper le spectateur (vous, votre petit frère ou votre grand-mère) en plein dans les rétines. L'absurde et le dérangeant, main dans la main, dansent une farandole macabre dans l'esprit malade de Roach. Vous êtes invités au bal, ce qui tombe rudement bien car Cerritosis vous servira de carton d'invitation !
Dire que c'est bazar dans le crâne de Roach, est un doux euphémisme bien que le terme doux soit discutable, personnellement je n'ai jamais caressé d'euphémisme. Le jeune homme, persuadé d'être un marginal (un freak, car comme le dit si bien le dicton poitevin, "le freak, c'est chic") développe une forme de délire digne d'un clip des Residents, l'aspect eighties en moins.
L'intérêt de Cerritosis réside dans sa façon d'approcher et de matérialiser la folie du personnage principal, et tout particulièrement ses visions hallucinatoires. La réalisation s'attèle donc à montrer au spectateur l'immatériel et l'incohérence, tout en lui infligeant quelques bizarreries pour l'aider à comprendre ce que ressent Roach.
Première bizarrerie, les protagonistes parlent en japonais, ce qui s’ils avaient été japonais, n'aurait choqué personne. Or, les protagonistes ne sont pas nippons. L'usage de la langue du soleil levant, permet ainsi de placer le spectateur dans un état d'incompréhension équivalent à celui de Roach, tout en distanciant ce dernier de la réalité. Le résultat est fort efficace.
Il en va de même pour le travail de l'environnement sonore. Chaque son est travaillé et amplifié de façon à habiter le plan.
Au final, Cerritosis est tellement bizarre, tellement indescriptible qu'en faire la critique est un vrai cauchemar. La seule solution valable dans le cas présent, est de constater par vous-même la qualité du travail de Steven Cerritos. Par son travail le canadien redonne ses lettres de noblesse au court métrage, en en faisant un art à part entière, et pas un rejeton difforme et fini au pipi du long métrage.
S'il devait être comparé à un format littéraire, il s'apparenterait à la poésie plus qu'à la nouvelle. D'ailleurs, Cerritos le dit lui-même, ce qu'il fait ce sont des poèmes visuels.
AVIS DES AUTRES REDACTEURS : Fou, bizarre, original, décalé.
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