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SODIUM BABIES
( LE SOLEIL BRILLE AUSSI SUR LE CUL DES CHIENS )
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Il était une fois, dans la belle ville de Poitiers, une bande de potes qui fondèrent une association pour unir leur talent. Ainsi naquit "Les Films de la Lymphe"...
Les années 70. Dans un squat hippie enfumé de par les vapeurs du THC, Marie-Jeanne retrouve Maurice Chienhmort, son bien aimé. Maurice revient du service militaire, et l'accueil que lui réservent les autres membres de la communauté n'est pas à proprement parler chaleureux. Forcément, pour avoir servi l'armée, il est considéré comme un vendu. Pourtant le pire est à venir, un asservissement qui plonge ses racines bien plus profond qu'un simple costume de camouflages et quelques chiottes à récurer. Car en cette chaude nuit des années 70, Maurice Chienhmort va signer et en chier pendant plus de 30 ans. Converti en goule par Max et asservi à la cause du Prince, Maurice devra nettoyer, tuer et enterrer pour une guerre qui n'est pas la sienne. Une guerre qui oppose le Prince et Gaël, deux vampires dont les clans s'opposent. Une guerre dans laquelle Maurice prendra une place de choix...
Les années 2000 promettent d'être chaudes pour les buveurs de sang.
Prêts à affronter le meilleur du cinéma indépendant français ?On dit souvent qu'il est difficile de faire du cinéma de genre en France. C'est un fait. Et pourtant les talents sont là, à portée de main. Il ne manque que des producteurs couillus pour donner à ces talents, les moyens de s'exprimer. A défaut, il y a toujours le cinéma indépendant. Celui autoproduit ou presque, fait au jus de sueur et à l'huile de couille. Parce qu'il faut tout de même en avoir une sacrée paire pour oser se jeter dans un long métrage aussi ambitieux que Sodium Babies tout en ayant les poches vides. C'est ainsi que les deux frangins ont travaillé d'arrache-pied sur ce long métrage pendant cinq années. De 2004 à 2008 l'équipe des Films de la Lymphe a tourné, mais aussi et surtout, a post-produit le métrage. Ce n'est pas rien, quatre putains d'années pour faire un long métrage : c'est le jeu du cinéma indépendant. Dans le cas de Sodium Babies, les règles sont maîtrisées, et le spectateur reçoit les images directement dans la rétine. Juste ce qu'il faut pour le laisser pantelant, un peu de bave séchée sur le menton et les mirettes d'un lapin atteint de myxomatose ! Car, il faut le dire, et c'est pourquoi je l'écris, Sodium Babies est comme un trip sous acide : déconseillé aux femmes enceintes, cardiaques et épileptiques.
En effet, le découpage du premier long métrage des frères Deka (c'est leur pseudo officiel), est un tantinet survolté. Ne vous excitez pas, ce n'est pas non plus stroboscopique. La rapidité d'alternance des plans et l'usage d'une imagerie moderne sont pour le moins justifiés. Pourquoi ? Laissez-moi vous expliquer ; si vous le permettez, afin que vous compreniez bien la démarche des deux poitevins, remontons un peu dans le temps.
En l'an 2000 un groupe de potes, tous originaires de Poitiers et ses environs décident de fonder une association. Pour être tout à fait exact, il s'agit d'un collectif d'artistes multimédia : Les Films de la Lymphe. L'association est mue par la volonté de créer un véritable vivier de talents en France et en province en plus : Poitoullywood.
Toutefois, les Films de la Lymphe, ce n'est pas qu'une volonté de délocaliser Hollywood, c'est surtout un projet audiovisuel : Digital Vampire. L'association a ainsi été créée pour servir de support à quatre courts métrages revisitant la mythologie des vampires. Comme l'intitulé du projet devrait vous l'indiquer, c'est à la sauce moderne que la quadrilogie sera abordée.
Les trois premiers volets ont donc été tournés sous forme de courts métrages. Nous sommes en 2003, et le quatrième épisode tarde à arriver. Et pour cause, la thématique abordée déborde largement du cadre "court". C'est ainsi que commence l'aventure Sodium Babies.
[N.B. : quand je dis aventure, il me semble que le terme n'est pas galvaudé, même s'il laisse entrevoir un fouet, un chapeau et une arche perdue. Tourner un long métrage est toujours une aventure, surtout quand on manque de thune. Mais cessons là cette digression et revenons au propos originel, voulez-vous ?]
Le scénario de Sodium Babies repose sur les écrits et concepts évoqués par Gilles Deleuze (et Guatari) dans son livre "l'Anti-Oedipe". L'œuvre est pour le moins complexe et envisage l'homme comme une machine désirante, un vide qui se remplit de tout et de rien, mais qui reste un vide avant tout. C'est ainsi que l'homme réagit à des stimuli extérieurs – principe de l'action-réaction. Si vous aimez faire disjoncter votre matière grise, cet auteur français du 20ème siècle vous est chaudement recommandé. Pour ma part, je m'arrêterais là dans l'explication de la pensée philosophique du sieur Deleuze, y étant assez hermétique. De toute façon, la connaissance des écrits des deux bonshommes n'est nullement nécessaire à la compréhension du film. Alors, détendez-vous, et profitez...
Ainsi, le personnage principal de Sodium Babies illustre merveilleusement bien la pensée de Deleuze : il n'est qu'un vide successivement rempli de différents contenus.
Le film lui-même est-il une extension de cette philosophie ? Est-ce un simple contenant qui se remplirait d'une chose puis d'une autre ? Ainsi, le métrage des frères Deka est sujet à interprétation. Pour moi, il s'agit d'une métaphore représentant les différentes étapes de l'homosexualité.
Dans un premier temps, Maurice est inexistant, il demeure dans l'ombre de Max – totalement en retrait. Puis vient le temps du questionnement, de la remise en cause des acquis. Maurice Chienhmort doute, jusqu'à faire éclater la routine dans laquelle il croupissait. La jeune goule sort de l'ombre : c'est son coming out. Et ensuite... ensuite c'est à vous d'interpréter, de décider. Bien sûr la thématique vampirique et ses penchants esthétiques pour le noir favorisent la contextualisation dans un milieu homosexuel.
Et en matière d'esthétique, Sodium Babies met le paquet, tant au niveau sonore qu'au niveau visuel. Les visuels déchirent littéralement l'écran, et se payent même le luxe d'aller squatter des cases de bande dessinée. Un pur travail de fanboys, surtout que les frangins ont tout fait eux-mêmes (avec l'aide de quelques potes). Pour la matière qui vous pénètre les esgourdes, le topo est le même : ça va vous traverser les tympans avec autant de puissance qu'un avion de chasse russe traversant l'Oural. Il faut donc applaudir des deux mains, David Couturier, responsable du son sur le métrage : c'est lui qui va vous faire jouir les cages à miel.
Pour le coup, le principe de l'image en mouvement (encore Deleuze) s'applique à merveille à Sodium Babies. Le métrage procure l'action et le spectateur s'occupe de la réaction.
Mais cessons de remuer des concepts psychologiques. Sodium Babies dépasse ses propres limites. Il est la preuve – si quelqu'un en doutait – qu'en France aussi, il y a des talents capables de faire très mal, sans pour autant dépenser des millions.
Au delà de la série des Digital Vampires, le collectif Les Films de la Lymphe a illustré le talent de ses membres, au travers d'une cinquantaine de vidéos, allant du sketch au court, moyen (et maintenant long) métrage, en passant par le clip ou encore la création audiovisuelle pour la scène. Autant vous dire, ces jeunes gens en ont dans le slip, la tête et les tripes.
Espérons pour nous que leur talent et leur motivation ne les poussent pas trop vite à quitter la France au profit des États-Unis. Ce sont des talents comme ça qu'il faudrait encourager à œuvrer sur le territoire français...
Vous savez ce qu'il vous reste à faire maintenant... attendre la sortie de Sodium Babies. En DVD ou au cinéma, ça va faire mal.
Si vous souhaitez plus d'informations, de goodies, de vidéo et d'autres petites gâteries audiovisuelles, n'hésitez pas à consulter la PAGE MYSPACE DU FILM : www.myspace.com/sodiumbabies Comme elle est régulièrement mise à jour, vous devriez en avoir à vous mettre sous la dent.
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