fall - the - The fall - 2006 un film de Tarsem Singhfall - the


Jérémie MARCHETTI




5,5/6 - Jérémie MARCHETTI

5,5/6 - Lionel JACQUET






FALL - THE
( THE FALL )

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Dans les années 20 à Los Angeles : la petite Alexandria s'est retrouvée le bras dans le plâtre après une mauvaise chute et erre dans les couloirs d'un hôpital, évitant soigneusement le contact des autres enfants. Un jour, un concours de circonstances l'emmène au chevet de Roy, un cascadeur lui aussi cloué au lit. Pour la distraire, il lui invente une histoire, une légende orientale en fait inventée de son propre chef que les deux êtres vont inventer au fur et à mesure...

On avait hélas plus de nouvelles de Tarsem Sigh après son entrée par les grandes portes des studios, enfant de la pub et du clip dont le talent ne demande qu'à s'exprimer par le biais du grand cinématographe.
On avait reproché beaucoup de choses à son "the cell", et l'on craignait justement un départ définitif du Sir : l'esthétique jugée trop clipesque, la présence bancable de Jennifer Lopez en tête d'affiche, le côté post-Seven/Silence des agneaux très en vogue, le scénario prétexte, le rythme brinquebalant...
Un peu forcené tout cela puisque si on pouvait justement lui reprocher des scènes policières tournées sans grande conviction, il est pourtant difficile de nier le soin apporté à l'imagerie onirique assez "barkerienne", à travers des tableaux référentielles et somptueux.




Le désir de déployer des fastes visuels aussi ambitieux que cruels n'a donc toujours pas quitté Singh, qui s'attela durant quatre années à la réalisation son second film ; quatre années dues à une production éclatée aux quatre coins du monde : la machine à rêve est en marche...

En réalité remake d'un obscur film bulgare de 1981, appelé Yo ho ho, The fall quitte les cimes du thriller déviant pour prendre les chemins à la fois pailletés et escarpés du Magicien d'Oz de "l'histoire sans fin" et du Labyrinthe de Pan. Un enfant, une histoire, un autre monde : leur rencontre.

Mais quelle est donc cette histoire ? Après avoir fait un tour du côté d'Alexandre le Grand, nous voici (ainsi que la petite Alexandria) plongés dans un Orient de magie et de rêves : voilà qu'un groupe de mercenaires bloqué sur un petit îlot songe à prendre sa revanche contre le démoniaque gouverneur Odious.
Il y a Otta Benga, esclave cornu détruit par la mort de son frère; Luigi, moustachu bedonnant spécialisé dans les explosifs, le mystérieux Bandit Bleu, Charles Darwin himself (!!) en quête d'un papillon, un mystique surpuissant et un guerrier Hindou pleurant le suicide de sa bien aimée.
Ce conte morcelé à travers tout le métrage, n'est en vérité qu'un prétexte à une offre bien peu morale : rongée par l'ennui, la petite Alexandria (la roumaine Catinca Untaru est confondante de naturelle) offre de la morphine sans broncher au jeune cascadeur agonisant (Lee Pace vous dira certainement quelque chose puisqu'il est le héros de la formidable série Pushing Dasies) pour avoir enfin la suite des aventures du Bandit bleu et de sa troupe. Et le spectateur, tout aussi impatient que la petite fille, trépigne à chaque coupures.



Là où Singh aurait pu emprunter une structure de conte banale et prévisible, il offre un moyen à ses protagonistes de modeler l'histoire à leur guise, influencés par une saute d'humeur ou une quelconque frustration, allant jusqu'à injecter leur propre désenchantement dans cette histoire enchantée.
Nous ne sommes d'ailleurs définitivement pas dans un produit familial lambda (le film est classé R), puisque la mort fait partie intégrante du récit, lors de tournures tragiques proprement brutales. Même loin de leur périple plutôt tendance catharsis, les personnages y feront face inévitablement, en particulière la petite Alexandra qui la croisera au détour d'un couloir, dans une scène relativement glaçante.

Si aussi merveilleux soit-il, The fall n'est peut-être pas la débauche d'effets visuels attendue : l'on perçoit un ou deux CGI mais il reste avant tout un beau pied de nez face aux productions d'Heroic Fantasy actuelles, trop souvent menacées par l'effet "toc" : c'est l'exact contraire qui se produit ici (et aussi celui de "the cell" par la même occasion) puisque Singh prend le parti de nous délivrer la véritable beauté du monde plutôt que d'aller pianoter sur des ordinateurs derniers cris : en parcourant le globe à la recherche des plus beaux endroits qui existent, il se réfère davantage à un Baraka (dont il reprend d'ailleurs une scène) qu'à un "300" ou à "The fountain", ne faisant qu'achever le cachet authentique et rêveur de son œuvre.
The fall est un ballet où se croise les univers de Dali, de Servais, de Gilliam, de Jodorowsky et de Alan Moore (très franchement, La ligue des gentleman extraordinaires n'est pas loin...) : au pays des montagnes immortelles, l'on voit un surhomme surgir d'un arbre en flamme, l'on se perd dans des labyrinthes sans fin, l'on traverse l'océan à dos d'éléphant, on fusille son amour et on se réfugie dans un palais au milieu de l'eau. Saisissant.




Mieux encore, Singh fait appel furtivement à la stop motion (tendance Brothers Quays) dans une étrange scène d'hallucination, au théâtre et à l'opéra, au noir et blanc et au ralenti (l'introduction, où l'on fait surgir un cheval de l'eau sur fond de Beethoven, est un délice) et même au cinéma muet, lors d'un épilogue superbe, hommage malicieux et inattendu au métier de cascadeur donnant tout son sens au titre du film : ce sont non seulement les chutes des cascadeurs dont il est question ici, mais aussi celles qui ont scellé la rencontre entre les deux protagonistes, et celles qui amèneront inévitablement certains à la mort.
Du cinéma qui fait rêver, et bien mal distribué par la même occasion. Triste sort pour un bien beau film.

5,5/6 - Jérémie MARCHETTI


AVIS DES AUTRES REDACTEURS :

Un conte doux-amer,cruel et beau. Un enchantement visuel. Remarquable

5,5/6 - Lionel JACQUET




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  Blob OBIOAvis de OBIO sur fall the
C'est effectivement un film original sur la forme et sur le fond. Les thèmes abordés sont riches et variés. Cependant, j'émettrai deux réserves: D'une part, le rythme, je trouve que l'on s'ennuie à certains moments, et d'autre part, l'acteur principal qui est fade et sans charisme. Le personnage est quand même un manipulateur et avec cet acteur, cela ne ressort pas vraiment. Sinon, cela reste un grand spectacle.
  Avis de pierrot363 sur fall the
Somptueux....
Des images et des décors à couper le souffle.
Tout est bien ammené, chaque partie du récit fait suite à une partie dans la vrai vie et s'y adapte.
Un conte féerique, vraiment pour tous les ages.

Et puis la gamine, impayable :-)
  Blob nantoAvis de nanto sur fall the
chef total et définitif!! original, et bouleversant.
  avis de Sangore
Ce film du réalisateur de The Cell contient deux niveaux : celui de la "réalité", où un homme qui affirme être cascadeur dans des films hollywoodiens, cloué dans son lit d'hôpital, se met à raconter à une petite fille de grandes histoires d'aventure situées dans un cadre oriental et ces histoires sont mises en images, ce qui constitue le second niveau narratif. Autrement dit, il y a un récit-cadre et un récit encadré. Ou pour le dire encore plus simplement, on a une histoire (contée de manière éclatée et changeant de direction à plusieurs reprises, donc c'est à la fois une et plusieurs histoires) dans une histoire. Le cadre se situe dans la première moitié du 20ème siècle, tandis qu'on s'évade au temps du "il était une fois" avec les contes orientaux. The Fall est d'avantage tout public que la plupart des films que j'ai l'habitude de regarder, ça me change des Dard Divorce, The Rage et autres Frontière(s), cependant ce n'est pas du tout un film puéril et ce n'est même pas du tout pour les enfants en bas âge, car il évoque certains réalité peu joyeuses (par exemple le suicide) et il contient certaines scènes violentes et même sanglantes - aspect sanglant magnifié par l'art de Tarsem.

The Fall, c'est avant tout une expérience visuelle envoûtante. Vous vous souvenez des fulgurances visuelles de The Cell ? Hé bien Tarsem compose ici de pareils tableaux baroques, adaptés à l'Orient, nous montrant qu'il a tout un univers artistiques à nous faire découvrir. J'imagine que Tarsem a puisé dans certaines légendes de sa culture d'origine qu'il a voulu partager au monde entier, avec des références occidentales (Charles Darwin, par exemple). Il transforme chaque plan en une pure oeuvre d'art. Quelle photographie ! Quel sens de l'esthétique ! Les immenses espaces écrasants (sublimes paysages de montagnes, de désert, ...) viennent faire contraste avec la situation réelle du narrateur enfermé entre les quatre murs de sa chambre d'hôpital.

Coincé dans son lit, le moral au plus bas, l'homme va essayer de manipuler l'enfant pour ses propres fins, mais un lien touchant va se créer entre les deux personnages. L'histoire racontée change en fonction de l'humeur de l'homme et des envies de la petite. Le spectateur a ainsi l'impression d'être mené en bateau, il éprouve l'arbitraire de la narration (par exemple, ça commence comme un récit de pirates, mais la fille ne veut plus de pirates, donc cela bascule vers autre chose ou bien, autre exemple, tout à coup, la petite va directement intervenir comme personnage dans l'histoire, va vouloir y modifier certaines choses...).

On ne peut pas parler de ce film sans saluer la performance de la toute jeune actrice Catinca Untaru (qui doit avoir 10 ans à tout casser) ; elle est épatante, cette petite ! Elle est touchante, craquante avec ses petites moues, elle donne beaucoup de fraîcheur, de spontanéité enfantine au film. Une direction d'acteurs au top de la part de Tarsem.

Un film envoûtant, dépaysant ; tout simplement un beau film. Un émerveillement à vivre sur grand écran si possible.

Par rapport à la critique de Jérémie, personnellement je n'aurais pas accolé l'étiquette "heroïc fantasy" à ce film, mais sinon, je suis d'accord avec sa note de 5,5/6.
  avis de nekro
Je m'en doutait que ce réal avait de l'avenir. Après avoir halluçiné sur les images de the cell ( absolument magnifiques et hypnotiques et ce malgré une intrigue policière un peu naze ) je n'ai pas bien compris pourquoi on lui a repproché son esthétique clippesque ??? ( c'est ce qu'on a déjà repproché à de nombreux réals, et dans ce cas là tous les Argento, Lynch, Gilliam, "Aronesvsky" sont clippesque. Non pour moi, les réal clippesques sont plutôt les Tony Scott, Darren lynn Bousemann, Rob Zombie ...).
Ce film vient apparemment rétablir la vérité sur le talent hallucinant du bonhomme et il me tarde de le voir.


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