nuit des morts vivants - la - night of the living dead - 1968 un film de George A. Romeronuit des morts vivants - la


Lionel JACQUET




6/6 - Lionel JACQUET







NUIT DES MORTS VIVANTS - LA
( NIGHT OF THE LIVING DEAD )

Cette critique a été consultée 2850 fois


Barbara et son frère Johnny se rendent, comme chaque année, sur la tombe de leur défunt père dans un cimetière de Pennsylvanie. Alors que Johnny tente de faire peur à Barbara, une silhouette menaçante s’approche et après avoir tenté de becqueter la donzelle, s’en prend au damoiseau, qui par mégarde se fracasse le crâne sur une tombe.
Terrorisée par cet être qui semble être mort, elle prend la fuite et se réfugie bientôt dans une maison vide de ses habitants. Barbara y découvre un cadavre plus très frais et mutilé. Elle sera bientôt rejointe par Ben, qui tentera (avec d’autres) tout au long de la nuit, de repousser l’invasion des morts-vivants.

George A.Romero est issu d’une époque et d’un milieu qui pensaient sincèrement être en capacité de "changer le monde". Hélas il se rendit très vite compte que les mouvements de contestation de la fin des années 60 n’apporteraient rien de neuf et que le vieux monde restait plus que jamais debout. D’où une colère jamais vraiment adoucie et qui rythme l’ensemble de l’oeuvre du bonhomme
"Nous étions juste une bande de gamins des sixties, dégoûtés que l'élan peace and love n'ait pas pu changer le monde. De nouvelles guerres et des affrontements raciaux remplaçaient ceux qu'avaient connus nos parents. Notre colère s'est naturellement retrouvée dans le film. Notamment dans le dernier quart d'heure, où j'ai délibérément essayé d'imiter les bandes d'actualités qu'on nous servait tous les jours à la télévision".
Toute l’oeuvre du cinéaste américain peut d’ailleurs trouver un écho au travers de son premier film, on y trouve déjà la critique intrinsèque d’une société repliée sur elle-même, en déroute et au bord de l’implosion, une société dans laquelle l’homme honnête est obligé de se mouvoir au milieu de la bêtise, de la haine, de l’intolérance et du chacun pour soi. Romero ne fera finalement encore et encore que creuser le même sillon en critiquant les facettes les plus visibles et les plus sombres du pays dans lequel il vit (société d’ultra consommation avec "Zombie", militarisme et impérialisme Réaganien avec " Le jour des morts-vivants", lutte anti-terroriste et liberticide époque George Bush Jr pour " Le territoire des morts", médiatisation à outrance dans "Diary of the dead").



Réinvention du zombie pour en faire la mauvaise conscience de l’Amérique triomphante et incapable bien souvent d’affronter son passé quasi-génocidaire (conquête de l’Ouest et massacre des Indiens, embourbée dans la guerre du Vietnam où elle envoie périr des centaines de milliers de ses enfants pour une cause qui n’en vaut finalement guère la peine), le mort-vivant Romérien est définitivement autre.
Autre, car celui-ci s’éloigne totalement du mythe vaudou, dans lequel le zombie n’est pas un cadavre, mais une personne plongée dans un état de mort apparente à la suite de l’ingestion d’une certaine drogue, devenant ainsi la marionnette de son créateur dans le but d’assouvir une vengeance (voir le somptueux " Vaudou" de Jacques Tourneur par exemple).
Si Romero se réapproprie la créature, c’est pour faire du zombie un être mort cliniquement qui revient à la vie dans le seul but de dévorer les vivants. Des êtres repoussants, en décomposition plus ou moins avancée, dont la destinée sera d’incarner un nouveau mythe du cinéma d’horreur.

Du rôle principal incarné par un homme noir à une époque où cela était quasi-inconcevable dans le cinéma étatsunien (et bien que le réalisateur précisa que la couleur de peau n’entra pas en compte dans son choix, Duane Jones étant tout simplement le meilleur acteur disponible, on en connaît plus d’un qui de peur de froisser les futurs distributeurs aurait imposé un homme blanc, même moins talentueux !) donnant un cachet subversif indéniable à l’ensemble, à la rapide perte des droits du métrage à la suite d’une bête erreur d’emplacement du copyright, en passant par l’incroyable succès qui s’ensuivit et qui en fit pendant longtemps le film indépendant le plus rentable de l’histoire ; les anecdotes entourant " la nuit des morts-vivants" fourmillent et ont été disséquées à loisir dans maints et maints récits, articles, critiques et chroniques.



Revoir aujourd’hui "la nuit des morts-vivants", c’est faire un saut dans l’histoire du genre, regarder une oeuvre qui marque un tournant dans le cinéma d’horreur, loin de la suggestion maniérée de l’époque Hammer (ce qui n’empêche nullement de vanter encore et encore les qualités des oeuvres du studio anglais). Avec son film, Romero dynamite la représentation de la terreur au cinéma, ouvrant ainsi la voie à plusieurs générations de cinéastes et à des centaines de bobines outrageantes pour les bonnes moeurs et les culs pincés.
Et pourtant, on a peine à imaginer l’effroi viscéral que provoqua " the night of the living-dead", à sa sortie, sur des centaines de milliers de spectateurs transis de peur devant le spectacle proposé, tout comme on imagine mal ressentir beaucoup de frissons devant le "Dracula" de 1931 (où des gens tombaient pourtant dans les vapes à la vision du prince des ténèbres) ou le "Frankenstein s'est échappé" des studios Hammer qui introduisit la couleur du sang rouge vif au cinéma.
On a peine à l’imaginer, car il est fort probable que plus personne (en tout cas, pas les fans d’horreurs cinématographiques qui en ont vues bien d’autres depuis 1968) n’aura réellement peur à sa vision.

Non, ce qui fait de cette oeuvre un monument du genre (outre son aspect purement singulier pour l’époque), c’est un amalgame de scènes cultes, de réalisation talentueuse et moderne ainsi qu’une vision ironique et pessimiste sur un monde qui change à jamais.

Pour un premier film, réalisé dans des conditions précaires, on ne peut être que confondu d’admiration devant le talent et la justesse de la réalisation. La scène inaugurale en étant peut-être la quintessence, avec ses cadrages renvoyant au style gothique et la mobilité de la caméra imitant celle alors en vogue de la "nouvelle vague". Elle nous plonge à brûle-pourpoint dans un climat de tension qui ne se démentira que rarement jusqu’à un dénouement final d’une grande cruauté et d’une imparable noirceur.
Le montage (grande qualité récurrente chez Romero) donne toujours un sentiment d’urgence, de danger, d’inconnu. Le film se déroulant en grande partie dans la seule maison, instaure un huis-clos prégnant où le péril ne vient pas seulement des créatures tapies dehors, mais aussi et peut-être surtout de la promiscuité qu’engendre le confinement, avec ses inévitables relations viciées entre individus qu’engendre une telle situation.



Qui a raison ? Qui a tort ? Ben, le héros, semble contrôler la situation, il est apte, courageux, inventif, décidé à sauver sa peau et même celle des autres. Il tombe face à Harry, un pleutre égoïste, centré sur lui-même et sa famille, voulant se cacher dans la cave au lieu d’affronter la situation. Et pourtant, à la fin du film, on se rend compte que le courage et le combat sont des leurres, que se cacher et attendre était la solution, faisant ainsi imploser la représentation du héros américain qui prend son destin en main et s’en sort toujours et encore. Hautement ironique et à contre-courant.

De même que l’attaque de la fillette transformée en zombie et dévorant sa mère restera dans les mémoires collectives, de même que la vision de médias qui commencent à être omniprésents et qui rendent la menace bien plus large, forte et étendue qu’elle ne semble a priori l’être, sera reprise dans les futurs oeuvre zombiesques du réalisateur de Pittsburgh. La clôture du film est une constante chez le grand George, l’ordre des choses semble être revenu à la normale, l’ancien monde (représenté par les policiers et les miliciens brûlant un tas de cadavres) semble devoir perdurer. Sauf que l’implosion de la cellule familiale, la mort du héros, la mainmise sur la population d’une poignée de citoyens armés, le peu de respect accordé aux morts, tout cela semble annoncer la chute imminente de l’ancien ordre et le règne du zombie qui peu à peu envahira le monde...

6/6 - Lionel JACQUET





Si vous avez aimé ce film vous aimerez peut être :

. . . . . . . .



voir les anciens commentaires



  Avis de G.R. sur nuit des morts vivants la
Sympathique, même s'il a bien vieilli. On a l'impression de voir un Hitchcock à l'intro du film. Sinon chapeau pour les coups de théâtre et surtout par cette fin innattendue et choc!
(Pour le personnage de Barbara qui peut être irritant par moment il ne faut pas oublier que son personnage est fidèle à l'époque fin 60's.)
  Avis de Azonip sur nuit des morts vivants la
Un film underground qui triompha au cinéma de minuit et lança le film d'horreur politique et moderne (critique détaillée à venir)
  Blob AlexAvis de Alex sur nuit des morts vivants la
Un film novateur d'un souffle puissant,de scenes d'une beauté vertigineuse,son aspect documentaire et ses metaphores politiques,sociales sont d'autres grands atouts,ce chef d'oeuvre est toujours d'une modernité et d'un lyrisme qui me laisse pantois
  avis de nekro
Très très bon mais je lui prefere largement zombie et meme le jour des morts vivants. Et meme l'enfer des zombis et son remake par Savini . Et puis tant qu'on n'y est braindead, le retour des morts vivants ...
Mais celui-çi est un chef d'oeuvre précurseur, ultrat flippant et malsain ( du moins pour l'époque, enfin meme maintenant ).
Bon je ne vais pas revenir dessus, tout à été dit mais pour ma part je trouve que quand il y a des couleurs c'est mieux ( pour Romero avec ses films de Zombis )( sans compter ses derniers opus plutot mineurs à coté de ces 3 monuments )


Cliquez ici pour ajouter un commentaire
 
Rédacteur :

Internautes :