lethal force - lethal force - 2001 un film de Alvin Ecarmalethal force


Colin VETTIER




6/6 - Colin VETTIER







LETHAL FORCE
( LETHAL FORCE )

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Pour son premier long métrage, Alvin Ecarma a décidé de frapper un grand coup. Hommage au cinéma d'action et tatanes dans la face à tout les coins de rues ! C'est bien sûr Unearthed films qui a sorti le DVD du film aux Etats-Unis.

Jack, un gangster repenti voit sa femme assassinée et son fils enlevé. Son gamin utilisé pour le faire chanter, Jack n'a plus d'autre choix que celui de trahir son meilleur ami, Savitch, un tueur hors pair. Mal, le parrain de la mafia, qui détient le fils de Jack, tente de piéger Savitch. Pas de chance, il tombe sur un os : ses hommes de mains se fond douloureusement botter le derrière. La maîtrise des armes et des arts martiaux de Savitch, en fait un ennemi hors pair. Et puis entre nous, si le héros il meurt au début, le film il est finit !
Il est donc temps de passer aux choses sérieuses. Une horde de malfrats entraînés à tuer, est donc envoyée à la poursuite de Savitch.
Plus le temps passe, plus les corps tièdes et sanglants s'amassent. Mais Savitch reste introuvable, et parvient à déjouer tout les pièges qui lui sont tendus.

De l'action musclée pour un métrage qui ferait rougir Quentin Tarantino himself.

Quelle surprise que ce Lethal Force. La bande annonce m'avait pourtant laissé sur ma faim. Et puis, les films d'action à micro budget, micro scénar, ça agît sur mon patrimoine corporel comme un somnifère. Mais collectionneur dans l'âme, j'ai tout de même décidé d'étendre ma collection des DVD Unearthed Films. Grand bien m'en fit, comme l'aurait dit Loana en sortant de sa piscine. Du haut de ses 20.000 petits dollars, Lethal Force n'est pas à proprement parler un blockbuster, et pourtant il a tout d'un grand. "J'aime penser que dans la cour des petits budgets inférieurs à  50.000 $, mon film sera plus intéressant que "Clerks" car carrément moins bavard, plus couillu que "El Mariachi" parce que nous avons beaucoup plus de Kung Fu, et plus divertissant que "Blood, Guts, Bullet & Octane" car [Lethal Force] n'est pas une merde absolue" explique Alvin Ecarma avec humour. Malgré le ton rigolard, on ne peut que s'incliner devant la justesse du propos.
C'est avec le sourire, que le cinéaste fait le bilan d'un métrage en forme de chemin de croix. Il lui aura fallu deux ans pour écrire le script. Trouver un casting pour un aussi petit budget, n'est pas chose aisée. Le pompon étant un prétendant au rôle qui a exigé "un salaire, un défraiement journalier pour les trajets et les vêtements, le contrôle absolu sur l'utilisation de son image (termes du contrat renégociés tout les 3 ans), 3 % des bénéfices et le plus important, un pot XXL de vaseline". Intrigué, Alvin Ecarma demande à l'homme ce qu'il compte faire de la Vaseline. Ce dernier répond "comme ça mon bras sera suffisamment lubrifié quand je t'enculerais avec mon poing".   
Le film semblait alors bien parti. Quoi de plus reposant qu'un tournage digne d'une production Troma.



Le tournage aura, au final, duré presque 6 mois. De juillet à décembre 1999. Puis ils décident de remettre le couvert un an plus tard, pour ajouter quelques scènes au film. Au final, Lethal Force s'avère avoir autant d'énergie qu'un Tarantino ou un John Woo, à ceci près que le budget est nettement moins important. Et forcément, quand on n’a pas de thune mais de grandes idées, on tend vers la dérision. "Le film est un hommage / satire de tout ce que j'aime : le Kung Fu, les morts violents, et l'érotisme homosexuel de John Woo. J'espère que mon film aura tellement de succès que ce lien vaguement homosexuel qui unit les premiers rôles masculins des films d'action deviendra aussi populaire que les fusillades à deux mains, les arts martiaux câbles, et les héros chinois avec des accents incompréhensibles." Vous l'aurez compris, Alvin Ecarma est un sacré personnage.
Pour autant, l'humour qu'il insuffle dans le métrage n'en fait pas une farce grossière. Bien au contraire. Le réalisateur est parvenu à faire transparaître tout son amour et son respect pour le cinéma d'action, mais aussi et surtout, pour le cinéma d'exploitation. De ce fait, l'aspect action est pris au sérieux, et - c'est bien plus rare - parfaitement maîtrisé, malgré l'étroitesse du budget. Or, sur un long métrage le budget est primordial ; à l'instar d'un slip, s'il est trop serré il empêche toute marge de manœuvre et finit par donner mal à la tête. Les réalisateurs débrouillards et inventifs préfèreront rester cul nu, et feront tout leur possible pour donner le meilleur d'eux-mêmes.
Le cinéaste américain réussit donc le tour de force de délivrer un long métrage d'action sans moyens, et pourtant potable. Dans Lethal Force les coups portent, les méchants pullulent et les fusillades fusillent. La mise en scène ne fait l'économie d'aucun effet, d'aucune énergie, qui pourrait contribuer à surligner la puissance des images. Pour faire simple : on s'en prend plein les chicots !



Réalisateur en herbe, Alvin Ecarma commence dès le collège à tourner des films. "J'étais un Terry Gilliam de Bac à sable" avoue le cinéaste. A dire vrai, il commence sur les chapeaux de roues, avec - pour n'en citer qu'un - "The Papal Commandos" qui dépeint l'histoire de vétérans du Vietnam accros à leurs Uzis. Ces anciens soldats sont accessoirement des prêtres jésuites passant leurs journées à sauver le pape, et à éclater des distributeurs de bonbons Pez (r). Le chemin était déjà tout tracé vers un Lethal Force, comédie d'action bien siphonnée du bulbe. Au regard de son parcours, il est d'ailleurs étonnant qu'Alvin Ecarma ne soit pas passé par la case Troma. Son goût pour la référence, la parodie de film culte et la destruction de cliché en faisait pourtant le candidat idéal. Répertorier touts les clins d'œil et références dont fourmille Lethal Force serait un travail gargantuesque. En effet, si le réalisateur cite des métrages majeurs comme "Enter the Dragon" ou "XXX", il va jusqu'à piocher dans le plus obscur métrage - film de tatane ou non.
Tous les clichés du film d'action sont là, jusqu'au plus élimé comme ce flashback au Vietnam. Gunfights, combat à main nues et autres échanges de tatanes sont bien présents. La mise en scène tourne les poncifs du genre en dérision. Comme cela ne suffisait pas, les dialogues s'inscrivent eux aussi dans la logique du genre : au premier degré ils sont imbéciles et sans intérêts ; pris au second degré ils deviennent des phrases cultes. "Pourquoi tu les as butés ?" " Parce qu'ils avaient l'accent de ??? On ne peut pas faire confiance à ces gens là." OU "Qu'est-il arrivé aux hommes de mains?" "Ils ont chopé un truc." "La grippe ?" "Non, plutôt genre rigor mortis".



Pour ceux qui en doutaient encore, "Kill Bill" n'a rien inventé. Pire, son aspect outrancièrement référentiel délibéré n'est qu'un plat servi tiède (mais avec maestria, j'en conviens). Alvin, avec un budget qui n'aurait même pas permis d'habiller Uma Turman, réussit à faire aussi bien, si ce n'est mieux que Tarantino. Evidemment, il faut garder à l'esprit que, n'ayant pas le sous, certaines folies lui sont interdites... et pourtant le jeune réalisateur s'amuse à repousser les limites, allant jusqu'à mettre le feu à ses acteurs.

Lorsque l'on demande à Alvin quels sont ses projets pour le futur il explique qu'il ne veut pas s'engager sur autre chose, à moins que ce ne soit imposant, et mieux que LETHAL FORCE. "Ce qui est ironique, c'est que si j'avais fait un film terrible mais commercial au lieu d'un bon film difficile à vendre, cela m'aurais placé dans une position plus confortable pour la suite. C'est le showbiz je pense."

Showbiz ou pas, croisons les doigts pour qu'Alvin remette le couvert, et finisse de nous achever. Ce n'est tout de même pas tous les jours qu'on peut voir autant de talent mis au service du cinéma d'action bis.

6/6 - Colin VETTIER





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