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SPIRITS
( SHUTTER )
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Ben et Jane, nouveaux mariés, se rendent au Japon pour leur lune de miel, mais également pour y vivre, Ben ayant obtenu un contrat de photographe professionnel grâce à ses amis résidant à Tokyo. Lors d’une escapade de nuit vers le Mont Fuji, Jane percute une jeune fille sur la route. Après avoir repris connaissance, les deux mariés cherchent en vain le corps de l’accidentée mais ne découvrent aucune trace de choc.
La vie reprend son cours. Ben s’intègre parfaitement à son nouvel environnement, tandis que Jane a beaucoup plus de mal à trouver sa place. Bientôt, des événements curieux se produisent. Sur les photos prises par Ben apparaissent des lueurs blanches. Jane se met en tête qu’il s’agit du fantôme de la jeune fille qu’elle a renversé…
En 2004, un film d’épouvante thaïlandais mettant en scène une histoire avec fantôme féminin aux longs cheveux noirs parvient à faire frissonner les spectateurs de manière fortement efficace, malgré la lassitude de ces derniers vis à vis de ce type de scénario, lassitude provoquée par le flux incessant de films asiatiques mettant en scène des fantômes depuis le succès de "Ring". Son titre : "SHUTTER". L’histoire ? Un couple, Tan et Jane, percute une jeune femme en rentrant d’une soirée et prend la fuite. Peu de temps après, Tan, photographe, s’aperçoit que sur chacun de ses clichés apparaît une forme blanche de nature indéfinie. Serait-ce le spectre de la fille accidentée ?
De nos jours, qui dit succès d’un film étranger dit forcément remake par les américains. C’est donc tout logiquement que "SHUTTER" se voit remaker quatre ans plus tard pour être occidentalisé, les subtilités de la culture thaïlandaise ne devant pas être assez vendeur pour le public US. Surprise, le réalisateur engagé pour mettre en image le film n’est pas américain mais…japonais ! Le scénariste est lui par contre américain et sera chargé d’adapter l’histoire originale en la respectant, mais aussi en enlevant ce qui ne marcherait pas vis à vis des spectateurs occidentaux. L’équipe du film est donc moitié américaine, moitié japonaise. Pas évident de se faire comprendre quand on ne maîtrise pas la langue de l’autre. Mais apparemment, tout s’est plutôt bien passé et le travail de la traductrice s’est avéré efficace, comme le disent les deux acteurs principaux, à savoir Joshua Jackson et Rachael Taylor, dans les interviews. Bonne idée également que d’avoir placé l’action du film au Japon, où le phénomène des "photos d’esprits" fait partie intégrante du folklore local, ce qui rajoute une touche de crédibilité au scénario.
Pourtant, la photo d’esprit n’est pas née au Japon, mais en Angleterre, vers l’année 1905, où un photographe du nom de William Hope prit une photo d’un de ses amis et découvrit sur le cliché la présence d’une personne non présente lors de la séance, et pour cause, puisqu’il s’agissait de la sœur décédée de la personne photographiée. William Hope devient alors un professionnel de la photographie d’esprit, qui eu de nombreux détracteurs l’accusant de tromperie, mais aussi de nombreux fans, comme Sir Arthur Conan Doyle par exemple. Les esprits et les fantômes ayant un rôle majeur dans la culture japonaise, et même dans la culture orientale tout court, les photographies montrant des spectres ou autres entités sur les clichés devinrent très recherchées et appréciées par les habitants de ces pays. On trouve même des revues spécialisées sur le sujet dans les kiosques à journaux. Evidemment, à notre époque et avec la technologie et les capacités des logiciels photos, il n’est plus très difficile de faire apparaître un faux spectre sur un cliché. Le film met d’ailleurs le doigt sur cette facilité de trucage lors d’une séquence édifiante. Mais en 1905, les ordinateurs n’existaient pas, pas plus que Photoshop. Vérité ou mensonge, à vous de vous faire votre idée sur ce type de photographies…
Les photos d’esprits sont donc à la base du scénario de "SHUTTER", version 2004 ou 2008. Dans le film qui nous intéresse ici, ce sont deux américains qui vont devoir comprendre ce drôle de phénomène. Dans le rôle de Ben, on retrouve l’acteur bien connu des fans de la série "Dawson", Joshua Jackson, qu’on a vu également dans "Scream 2", "Urban Legend", "Un élève doué" ou bien encore dans le "Cursed" de Wes Craven. Dans le rôle de sa femme, on trouve la jolie Rachael Taylor, vue dans "Man-Thing", "See no Evil" ou "Transformers". Ici, elle tire son épingle du jeu (toute proportion gardée hein…) et parvient à nous faire ressentir toutes les difficultés que l’accident et le fait de venir vivre dans un pays qui lui est totalement étranger provoquent en elle. Des difficultés que ne rencontrent pas son mari, qui parle japonais, a des amis sur place, se voit offrir un superbe contrat de photographe. Bref, tout baigne pour lui, à contrario de son épouse qui se retrouve livrée à elle-même dans cette ville gigantesque, ne parlant pas un mot de japonais et ne connaissant personne. Le joli couple fraîchement marié va donc peu à peu se diviser face à de nouvelles tensions, tensions renforcées par le fait que Jane devient de plus en plus obnubilée par son idée que l’esprit de l’accidentée veut lui dire ou lui faire comprendre quelque chose.
Petit à petit, le fantastique fait donc son entrée dans la vie auparavant et apparemment normale de notre couple. Jane et Ben ont d’abord des visions de l’accidentée, jeune fille aux cheveux noirs bien sûr, figure classique du fantôme asiatique, avant que celle-ci ne se mette à réellement les agresser. Les scènes "chocs" s’enchaînent, avec apparition-disparition du spectre et autres clichés conventionnels. Et c’est là que "Spirits" atteint son point de rupture. Toutes les situations nous apparaissent comme téléphonées, prévisibles. Peu de surprise ou de frissons viennent chatouiller notre échine et c’est fort regrettable. Bien sûr, il y a quelques séquences plutôt bien vues, comme la scène des flashs dans le labo photo par exemple. Mais dans l’ensemble, tout ça reste d’un classique bien tranquille et on se contente de regarder le film en vieux pépère dans son canapé. On aurait aimé un peu plus de nouveauté, d’originalité. Ceux qui ont vu la version 2004 ne trouveront d’ailleurs que peu d’intérêt à ce remake puisqu’il reprend la quasi totalité des idées du film original, ce dernier provoquant par contre bien plus de frissons et de stress chez le spectateur. Le twist final s’avère sympa, notamment sur la façon dont Jane découvre le secret lié à l’esprit revanchard de l’accidentée et la dernière image est très réussie, permettant de conclure le film sur un bilan pas déshonorant mais pas génial non plus. Il est clair que SPIRITS fonctionnera bien mieux sur les néophytes en la matière ou ceux qui sont vierges de la vision de la version 2004.
Etant bon public, j’ai suivi le déroulement du film sans déplaisir, celui-ci étant plutôt bien réalisé, mais sans enchantement non plus, le manque d’originalité dans les situations proposées ne permettant pas de s’extasier devant son écran. Les amateurs de films de fantômes y trouveront sûrement leur compte, à condition d’être quand même indulgent parce qu’on a la fâcheuse impression que le fantôme asiatique a fait le tour de son sujet et qu’il n’a plus grand-chose à nous apprendre ou à nous dire. Un remake un peu inutile au final, mais s’il permet de faire découvrir l’œuvre originale, pourquoi pas après tout.
Disponible en dvd zone 2 chez 20th Century Fox
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