dracula saga - the - La saga de los Drácula - 1972 un film de Leon Klimovskydracula saga - the


Jérémie MARCHETTI




4/6 - Jérémie MARCHETTI







DRACULA SAGA - THE
( LA SAGA DE LOS DRáCULA )

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Enceinte tout juste de quelques mois, Berta a hâte de rejoindre le château familial pour y retrouver toute sa belle famille, accompagnée alors de son fiancé Hans. Mais la nuit de leur voyage est perturbée par le comportement des villageois, qui craignent particulièrement la région : en choisissant de partir à pied, le couple trouve le corps d'une jeune fille à moitié morte, exsangue et mutilée au cou et à la poitrine. Une étrange créature s'immisce même dans l'auberge, délivrant la jeune fille blessée et essayant de séduire sans succès Hans : elle aussi porte alors d'étranges marques sur le cou.
Mais il sera important de préciser que Berta ne se dirige pas vers n'importe quel château ; il s'agit en vérité de celui des Dracula : et là les choses s'éclairent ou plutôt, s'assombrissent...

Il n'y aurait sans doute pas eu la Hammer sans l'usine à monstres de la Universal, et il n'y aurait sans doute pas eu un âge d'or de l'horreur en Espagne sans la Hammer...
Toutes les oeuvres issues des esprits dérangés de Carlos Aured ou de Léon Klimovsky (entre autres) ont trouvé inévitablement leur point d'ancrage dans l'imagerie puissamment gothique du fameux studio anglais : se bouscule alors au portillon des créatures aussi populaires que Frankenstein, Dracula, le loup-garou (avec le bien nommé Waldemar Daninsky), la Momie ainsi que la cohorte obligée de zombies et de vampires.



De toutes ces bandes espagnoles, qui accentuaient avec plaisir la représentation du sexe et de l'horreur, le vampire a été le thème le plus rabattu et le plus sexualisé. Ce n'est pas tant la grande figure du prince des ténèbres qui séduit, mais plutôt les succubes dépoitraillées et leurs victimes laiteuses : Klimovsky s'en ai fait un motif récurrent dans son oeuvre, avec des titres comme La furie des vampires, Orgy of the Vampires ou El extrano amor de los vampiros. Plus loin, des réalisateurs comme Jose Ramon Larraz, Armando di Ossorio ou Jess Franco contribuèrent également à cette mode vampirique louchant vers le "gothique-sexy".



Moins connu, ce Dracula saga fut déterré outre-atlantique à l'occasion d'une collection dvd vouée entièrement au bis espagnol : une agréable découverte alors.

Ce qui frappe dans le film de Klimovsky, outre l'étonnante absence de Paul Naschy, c'est la singularité de son scénario (et par là même, son illogisme total !) : Dracula n'y est plus ce prédateur romantique et vorace, en réalité il est question de tout un lignage placé sur la corde raide. Au diable donc Bram Stoker (mais pas Vlad Drakul, dont on relate pour une fois les origines !) : ici, une adorable aristo enceinte jusqu'aux dents apprend malgré elle la véritable nature de sa famille. Quoi de plus inquiétant d'ailleurs de retrouver le château de son enfance et de découvrir toute la petite famille enterrée dans la cave !?
Ce n'est pas tant le problème du besoin conséquent de sang qui est posé ici, mais plutôt la survie de la famille, ici réduite au Comte et à une poignée de prédatrices aux dents acérées et aux tétons alertes. La consanguinité devient alors une alternative aussi possible que désastreuse : ainsi, le château cache en son sein un cyclope difforme et vorace, résultat d'amours contre nature. Pas glop.



Terrorisée par des cauchemars semi-prémonitoires où elle croise une chauve-souris géante ou sa grand-mère décapitée (charmant...), Berta incarnera aux yeux du Comte (Narciso Ibáñez Menta, vieillissant, charismatique et racé) l'ultime chance de sauver une lignée décrépite, alors réduite à des créatures livides et maladives. Une prison de pierre, suintant mort et décadence (le mari répondant aux douces sirènes de l'adultère en s'acoquinant avec les femelles du château) se referme sur elle : lentement, The dracula saga prend les traits d'un erztaz vampirique de Rosemary's Baby, avec toutefois plus de violence et de fesse.

Bien plus que les femmes vampires peuplant le film, l'érotisme s'incarne même dans l'acte même de la morsure, ici assimilé - semble t-il - à à un acte purement sexuel vu l'extase s'exprimant quelques fois sur le visage des mordus. Très étonnant.
Si l'ensemble possède un charme indéniable, le rythme en possède moins, rendant cette sympathique série b un tantinet languissante. Mais le dernier tiers, entre radicalité (un massacre à la hache !) et ironie, arrive cependant à relever la sauce. Intéressant.

4/6 - Jérémie MARCHETTI





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