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MANTRA
( MANTRA )
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L'Amibe est de retour, et Brian "Eat me: the zombie musical" Wimer avec.
Six inconnus aux caractères totalement différents se retrouvent au milieu de nulle part, volontairement coupés du monde. Dans leur retraite physique et spirituelle, ils seront guidés par un gourou.
Sa parole est la seule autorisée. Aucun des six disciples n’est autorisé à parler. S’ils sont là, c’est uniquement pour être emplis de la bonne parole et débarrassés de leurs soucis. Le style de vie spartiate, et l’isolation érodent rapidement leurs sens, et les disciples tendent à souffrir d’hallucinations.
Tout va déraper lorsque le gourou va se fracasser le crâne lors d'une randonnée à la montagne. Les six adeptes vont se retrouver livrés à eux-mêmes dans leur chalet coupé de la civilisation. S'ils commencent à communiquer les uns avec les autres, l'ambiance n'est pas à la fête.
A dire vrai, le climat tiendrait plutôt de la veillée funèbre champêtre. D'autant qu'un deuxième macchabée va vite s'ajouter au gourou.
Détendez-vous. Laissez-vous sombrer dans The Amoeba. Brian Wimer est votre ami, et il ne vous veut que du bien. Je me suis assis face à Mantra sans vraiment savoir à quoi m'attendre. Si j'avais déjà eu un petit aperçu de l'immense talent de Brian Wimer au travers de "Eat me: the zombie musical", les deux scénarii étaient diamétralement opposés. La comédie musicale était diablement déjantée, proche d'un délire psychédélique. Au contraire, sur le papier, Mantra semblait moins tendre vers de folles errances scénaristiques.
Pour la seconde fois consécutive, j'ai donc été totalement soufflé. Le deuxième film de l'Amibe est purement et simplement un chef-d'œuvre. Il sort des sentiers battus pour frapper là où on ne l'attend pas. Là où d'autres auraient servi un énième slasher rupestre à deux sous, Brian Wimer accouche d'une œuvre intimiste et anti conformiste. Les codes et les clichés du genre volent en éclats sous l'intelligence d'écriture et de mise en scène du réalisateur. De quoi dérouter le spectateur hermétique pour qui la présence d'une structure narrative convenue est une nécessité cinématographique.
Le cinéaste prend une nouvelle fois soin de sortir des sentiers battus pour conduire le spectateur vers une expérience inédite : du grand Art. Pour profiter pleinement de toutes les qualités du métrage, il faut donc se laisser pénétrer par l’univers de Mantra - le film ne se regarde pas comme n'importe quel autre, il se vit !
La première chose qui saute aux yeux à la vision de Mantra c’est que le film a disposé d’une bien meilleure production que "Eat me: the zombie musical". L’aspect Guerilla Filmmaking n’est plus de la partie, et cela s’en ressent à chaque image. L’Amibe a eu l’esprit plus tranquille pour travailler chacun de ses plans. Tout semble plus beau, plus soigné, jusqu’à la lumière dont les couleurs rupestres et automnales sont du plus bel effet. La forme n’est donc plus un obstacle à l’immersion dans le film. Au contraire, elle contribue à happer le spectateur dans une aventure mystique et initiatique pour le moins singulière.
Bien entendu, les pisses vinaigres et les mange-pop-corn-coincés-de-l’obturateur trouveront toujours quelque chose à redire. Et le pire, c’est qu’ils le font, ces cons là !
Quoi qu’il en soit, son petit budget n’est en aucun cas une casserole pour Mantra. Ce qui apparaît à l’écran ne laisse pas entrevoir un seul instant que le réalisateur ait eu à faire des concessions faute de budget suffisant.
Loin de brasser du vent pour ne rien dire, le réalisateur connait son sujet pour avoir lui-même expérimenté la chose. Mantra se base ainsi sur son expérience personnelle auprès des moines bouddhistes à Dharamsala en Inde. La vision qu’il nous en offre est hallucinée et décomplexée, oscillant entre mélancolie automnale et noirceur abyssale.
Mantra impressionne donc par son honnêteté et par la justesse de sa réalisation. La cohésion entre l’image et le son (musique et bruitage) est impressionnante. Elle imprime immédiatement la tristesse et le désespoir de chacun des protagonistes, pour les transmettre au spectateur. L’atmosphère entière du film transpire de mélancolie. La palette de couleurs automnales y contribue fortement, renforcée par une musique lancinante et omniprésente, presque hypnotique. Il ne serait d’ailleurs pas étonnant que Brian Wimer travaille son film dans l’optique de rendre le spectateur captif par d’habiles manipulations visuelles et auditives. Du grand art !
Régulièrement, la caméra plonge droit dans les personnages pour nous en faire goûter tout le fiel. On y découvre des individus fragiles, proches de la rupture. Chacun d’entre eux est bercé de violentes désillusions, hanté par le passé, le présent ou l’avenir. Après tout, s’ils se sont isolés c’est justement pour tenter de chasser de vieux démons ; de renaître débarrassés de leurs entraves.
Lancés à la recherche de pureté, d’innocence et de pardon, les six disciples ne trouveront finalement que mort et désolation. Pourtant, la question se pose de savoir s’ils n’étaient pas déjà morts avant même d’arriver dans cette retraite spirituelle ? Vides et désabusés, ce parcours initiatique était une façon de modeler un nouvel être à partir d’une coquille vide.
Au final, Mantra renoue avec un concept d’esthétisation à l’extrême que le sieur Argento aimait à user et abuser. Les éléments utilisés ne sont pas les mêmes, puisque Brian Wimer œuvre dans un registre définitivement moderne. Son imagerie, sa musique et ses protagonistes sont tous des purs produits du XXIème siècle, pétris d’angoisses existentielles. La démarche artistique est donc similaire à celle d’Argento (et de Bava, puisqu’on en est à citer les maîtres) qui ciselaient leur image pour en tirer le résultat le plus saisissant graphiquement parlant. Pour autant, là où les maîtres Italiens œuvraient dans le gothique, Brian Wimer travaille la modernité avec une image épurée. Ce qui ne veut pas dire que l’esthétique de Mantra est vide et désincarnée. Bien au contraire, d’un point de vu formel, le métrage est vibrant de mysticisme.
Alors, Brian Wimer = Dario Argento 2.0 ? Pas loin. Alors que le maître Italien tente de nous faire avaler ses soupes tièdes et rances, l’Américain apporte un vent de fraicheur. C’est quand même pas tout les jours qu’un cinéaste a les couilles d’innover ! Alors si en plus il le fait bien, c’est un carton plein.
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