delivrance - deliverance - 1972 un film de John Boormandelivrance


Stéphane JOLIVET




6/6 - Stéphane JOLIVET

6/6 - Vincent DUMENIL

6/6 - Christophe JAKUBOWICZ

6/6 - Jérémie MARCHETTI

5.5/6 - Lionel JACQUET



DELIVRANCE
( DELIVERANCE )

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La Géorgie (état du sud-est des Etats-Unis, comprenant la chaîne des Appalaches) recèle encore quelques territoires vierges de toute intervention urbaine. Du moins provisoirement… Une compagnie industrielle commence en effet les travaux de construction d’un barrage destiné à alimenter Atlanta en électricité, modification qui doit transformer la Cahulawassee River en un gigantesque lac recouvrant les environs.

Sous la houlette impétueuse de leur camarade Lewis Medlock, trois citadins et amis, Ed Gentry, Bobby Tripe et Drew Ballinger se rendent un week-end en amont de la périlleuse rivière, qu’ils comptent descendre en canoë jusqu’à Aintry. Selon Lewis, épris de communion virile avec la nature, il s’agit là d’une expérience à vivre avant que le site ne disparaisse.

Le premier contact avec les rares habitants du cru s’avère étrange et fruste mais, passant outre leurs avertissements de mauvais augure, le quatuor d’amis parvient tout de même à louer leurs services pour conduire leurs deux voitures jusqu’à Aintry. Les canoës sont mis à l’eau, embarquement immédiat pour un cauchemar inoubliable.

Le rapport de l’homme avec la nature et avec sa propre humanité est un thème récurrent dans la filmographie de John Boorman (qui ne connaît, par exemple, sa fameuse "Forêt d’Emeraude" de 1985 ?), mais son traitement aura rarement été aussi pessimiste. Adapté du roman homonyme de James Dickey (une première œuvre qui fut sacrée comme étant l’un des 100 meilleurs romans du XXème siècle par le New York Times), et ce par l’auteur lui-même, "Délivrance" reste encore à ce jour l’un des films les plus réussis du cinéaste, et pose un jalon incontournable dans l’histoire du "survival".



Mais délivrance de qui, et délivrance de quoi ? D’abord d’un mythe élaboré de toute pièce par la civilisation industrielle : celui d’une nature revigorante et réconciliatrice.

Les quatre camarades appartiennent à la classe moyenne américaine, dont ils présentent chacun un visage différent : Drew est un doux intellectuel, guitariste à ses heures, et attaché aux valeurs pacificatrices de la civilisation; Bobby, un bon vivant insoucieux, jovial, et qui aime son confort; Ed, un homme timide, pensif et raisonnable; Lewis est le seul à manifester une certaine brusquerie dans son amour de la nature sauvage -il ne manquera d’ailleurs pas d’être qualifié d’extrémiste-, à ne pas avoir de famille ni de travail stable, et c’est lui qui entraîne ses camarades dans l’équipée. Il est d’ailleurs parfaitement antipathique –un bobo qui se la joue Rambo, rien d’autre.

Mais même si les autres se soucient avant tout de retourner à temps chez eux pour regarder le prochain match de football, chacun se rejoint finalement dans un désir commun, celui de se dépouiller un moment des artifices du mode de vie urbain, et de retrouver une communion saine et énergique avec la mère Nature.



C’est avec un scénario tiré au cordeau (tout comme la corde d’un arc) et une réalisation proprement implacable de tranquillité que Boorman va administrer la plus cruelle des désillusions aux personnages -et aux spectateurs que nous sommes. Après une introduction où la voix de Lewis semble parfaitement coller avec la réalité des faits, la caméra cadre les quatre amis de loin, soulignant la distance qui les sépare de l’essence du site, puis se rapproche peu à peu, commençant à distiller un malaise qui ne disparaîtra plus.

Le premier contact avec les indigènes, dont l’événement principal est le célèbre "duelling banjos" (Grammy Award 1974 pour la meilleure performance musicale), révèle en effet une hostilité latente et des préjugés qui, de part et d’autre, ne pourront être vaincu que par l’argent. Là où il y a des hommes, il n’y a pas réellement de réconciliation possible, et le visage mutique, étrange de Billy Redden, annonce assez que le pire est à venir. Et il viendra, dans une scène aussi éprouvante qu’inattendue. Toute émulation sportive, toute contemplation et toute joie s’effondrent alors. Il y a quelque chose de pourri dans le jardin d’Eden, et il va falloir en sortir.



Le jeu d’acteur ne peut qu’éblouir –et nous faire pleurer de nostalgie sur l’époque de la composition de rôle à l’ancienne, une merveille où John Voight et Burt Reynolds brillent d’une conviction incontestable, tout comme les acteurs jouant les "rednecks", d’un réalisme à faire se ratatiner toute envie de virée en montagne! Une performance phénoménale, la deuxième partie du film, consacrée à la "survivance" (célébré par un Lewis rapidement défait), se jouant avec un ennemi invisible, confondu avec les éléments, et d’autant plus angoissant. Là où un casting hasardeux et une direction d’acteurs chancelante auraient provoqué l’ennui le plus total, John Boorman nous fait partager toutes les tensions, tous les drames et tous les enjeux du quatuor, ne nous laissant souffler qu’au générique de fin.

delivrance amère, dont le fin mot sera livré par le shérif Bullard (le romancier et scénariste James Dickey lui-même, mais oui!). L’interrogatoire des survivants lui a mit la puce à l’oreille, mais qu’importe. Là où les citadins croyaient à un amour des habitants pour leur région, ces derniers ne manifestent qu’empressement à quitter les lieux, à débarrasser ce plancher infesté où seuls les plus bas instincts de l’homme peuvent s’exprimer. "Une mort paisible", le recouvrement de ces révélations par le lac à venir : voilà la seule chose à espérer. Inoubliable.


6/6 - Stéphane JOLIVET





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  Avis de Aiwass sur delivrance
Classique inaltérable. Un calme presque maléfique règne dans la première moitié (la meilleure à mon goût aujourd'hui alors que j'ai longtemps préféré la partie purement "chasse à l'homme" - car dans cette première partie tout reste à l'état de menace latente, ce qui est bien plus effrayant), le calme de la nature maîtresse de tout, des buissons frémissants de vie, des eaux comme prêtes à tuer à chaque instant, des autochtones, finalement, peu enclins à accueillir le touriste pour lui indiquer l'adresse d'un bon restau, prêts à martyriser le civil qui ne voit pas son arrogance, s'en délectant même avec la brutalité innocente des bêtes. Qui est l'ennemi finalement ? Qui est l'intrus ? Un film sur cette grande nature hostile et les petites fourmis insignifiantes - des hommes - qui croient pouvoir y pavaner gaiement à l'abri de ses lois, comme préservés par le masque hypocrite du citoyen. La sauvagerie qui se propage au goutte à goutte puis par torrents reste un exemple pour tous les survivals actuels, et aucun n'a encore atteint une telle maestria si quelques uns s'en sont approchés (Eden Lake, Descent). Une leçon d'humilité.
  Avis de nekro sur delivrance
Un chef d'oeuvre. Terriblement dérangeant mais beau, sauvage et cérébral. Un film qui fait donc beaucoup réfléchir sur le choc des cultures. Les gens de la ville qui ont soif de grands espaces , de retour à la nature et d'une vie plus aventureuse. Mais qui en oublis le caractère rustre et violent des autochtones ( enfin de certains bucherons solitaires dans les contrées les plus reculées de nos montagnes ).Ils arrivent sur place en terrain conquis comme les 1ers colons, fiers de leur supériorité d'hommes modernes .C'est toujours valable aujourd'hui, le citadin est très arrogant mais mettez le tout seul dans une grande foret il fera moins le malin.
En observant l'attitude irréspéctueuse et fiere des héros, je comprends ces gens. Les vacanciers arrivent avec leurs gros sabots, leur culture et leur mépris pour ces "pechenos".Ils ont ce qu'ils méritent.

La scène du viol est terriblement dérangeante ( et drole aussi, ça dépent du point de vue) mais c'est le point central du film. Après ce moment plus rien ne sera comme avant. Les vacances de ces citadains se sont transformées en voyage au bout de l'enfer. C'est terriblement réaliste, antispectaculaire ( on ne voit presque jamais ce qu'il se passe, on est comme les héros, un gibier ) et les décors naturels sont magnifiques.

la scène du petit mongolien à la guitare est géniale aussi, avec le vieux qui danse derrière. ça ressemble vraiment au contact de 2 civilisations étrangeres dans le meme pays dialoguant avec la musique .C'est attendrissant mais bizarre et inquiétant ( on sent qu'il y a comme un malaise ).

Un chef d'oeuvre donc, comparable aux chiens de paille ( mais je preferes délivrance en raison du talent de Boorman pour filmer les grands espaces ).
  Avis de Azonip sur delivrance
Nature et culture... loin des studios un film sauvage des années 70 (critique détaillée à venir)
  Blob marineavis de marine
Bon acteurs, bon film, mais je me suis un peu ennuyée.
Je m'attendais à beaucoup plus d'angoisse.
La menace n'est pas si présente que ça et tout se finit un peu trop facilemeent.
  Blob snakeavis de snake
Le premier vrai survival de l'histoire,quelque séquences inoubliables dont celle du banjo.


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