FESTIVAL MAUVAIS GENRE - 2007 - PARTIE 2 , un dossier de
Colin VETTIER
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Samedi 7 Avril – Jour 3
C’est avec un petit pincement au cœur que j’attaque ce dernier jour. En effet, pour tout vous avouer, j’ai vraiment pris un immense plaisir à suivre la programmation de ce festival.
Mais il n’y a pas que ça, aujourd’hui, quelques programmations se chevauchent, et il m’a fallu un petit temps de réflexion pour décider comment m’organiser. Le but étant de rater le moins de métrages possible. Mission accomplie puisque j’ai réussi à enchaîner 4 longs et 33 courts (avec un peu de café, et en allant très vite lors des suspensions).
Panorama du court métrage canadien
L’horaire de ce pan de programme est tel que le public est particulièrement épars. Reste que pour un samedi matin, cela demeure raisonnable. M’étant moi-même couché à 5 heures la veille, pour me réveiller à 9h, je sens ma carcasse qui s’ankylose.
C’est donc avec un grand plaisir que je me retrouve à 10h30, un samedi matin entre deux partiels, à discuter cinéma avec un québécois particulièrement enjoué. Un gobelet de café à la main, Syl nous raconte tout sur son court métrage, "Zordax II : la guerre du métal". Il nous avoue même qu’il s’attellera en rentrant à un documentaire rétrospectif de 5 minutes sur le groupe canadien Voivoid, puis à un court métrage inspiré de ses propres cauchemars.
La projection commencera un peu en retard, suite à quelques soucis techniques qui ont fait souffler un vent de panique parmi les bénévoles. Le principal souci étant que le chapiteau dans lequel doit avoir lieu la projection du panorama et des deux longs de Jodorowsky, laisse bien trop filtrer la lumière. Le temps joue contre eux, et tout le monde s’active pour tenter de remédier à cela. Au final, l’équipe de bénévoles redouble d’efficacité et le chapiteau est fin près à accueillir le public attiré par l’hommage au génie mexicain.
Entre temps, la projection du panorama de courts canadiens aura été déplacée dans l’amphithéâtre de la fac de musicologie. Là encore, le temps étant compté, le panorama sera écourté de deux courts métrages.
"Terrore"
[Court métrage – Izabel Grondin – Québec – 200 ?]
Ah un court métrage réalisé par une femme. N’y voyez aucune misogynie mal placée, mais plutôt le constat que les réalisatrices en matière de cinéma de genre sont plutôt rares. "Terrore" est donc une agréable surprise qui permet d’observer le genre, du côté féminin de la lorgnette.
Le court d’Izabel Grondin fait très largement penser à "Evil Dead", puisque l’histoire simpliste retrace l’aventure d’un couple obligé de se barricader dans un petit chalet. Dehors, quelque chose tirant sa puissance d’un quelconque maléfice, tente de posséder les protagonistes encore vivants. Izabel Grondin étant une femme (élémentaire mon cher What-Sonne), les rôles de Linda & Ash sont inversés, et c’est ici la jeune femme qui survit.
A l’instar du métrage de Sam Raimi, terrore dégage une importante énergie, et impose au spectateur une mise en scène composée de plans acrobatiques et impressionnants (des vues du dessus, des travellings énervés…). A cela s’ajoute une bande son grinçante à souhait, cerise sur le gâteau. Si terrore n’est ni original, ni inoubliable, il n’en est pas pour autant raté. Au contraire, il montre au spectateur combien la québécoise maîtrise la caméra.
"Zordax II : la guerre du métal"
[Court métrage – Syl Disjonk – Québec – 2006] Coup de cœur HORREUR.COM
Que dire de plus sur ce superbe court métrage ? ZoooOORDAAAAAAAAX !
"Il était une fois sur Mars"
[Court métrage – Carnior – Québec – 2005]
Deux cow-boys l’un en face de l’autre s’affrontent en duel.
Ce que propose ici Carnior, est une petite farce cinématographique, aux dépends des westerns. Le québécois joue en effet avec les codes du western spaghetti, de la musique aux inévitables plans américains / très gros plans rythmant les duels. Même le générique correspond aux lieux communs du genre (des ombres sur fond orange).
La tension monte au fur et à mesure que Carnior distille l’ambiance spaghetti, pour mieux nous asséner sa chute moqueuse. En quelques minutes (le court est très court) "Il était une fois sur Mars" répond à une question existentielle que vous ne vous étiez sûrement jamais posée.
"Demain, Moi et Pamela"
[Court métrage – Carnior – Québec – 2005]
Second court métrage signé Carnior a être diffusé sur le festival, "Demain, Moi et Pamela" se démarque du reste de la programmation puisqu’il s’agit d’un roman photo en noir et blanc.
Un célibataire endurci, dont les seules relations sociales se limitent à ses relations de travail, ne connaît du sexe que les photos sulfureuses de Pamela Anderson qu’il trouve sur la toile. Puis un beau jour, il se lève plus tôt qu’à l’accoutumée, et à l’arrêt de bus une superbe jeune fille lui sourit. Il va donc réitérer l’expérience le lendemain, puis le surlendemain, et ainsi pendant quelques jours. Tous les matins, la belle jeune fille est là, à lui sourire. Un soir il décide qu’il est temps pour lui de faire un pas vers sa douce inconnue.
Problème : la terre est détruite pendant la nuit, et seuls deux humains ont pu être sauvés…
Plutôt surprenant de par sa forme, ce court métrage traite des regrets et de la mélancolie sur un ton léger. Gentillet et plutôt drôle, "Demain, Moi et Pamela" porte un regard faussement innocent sur les rapports entre les individus.
"L’étoile du désir"
[Court métrage – Carnior – Québec – 2004]
Troisième et dernier court métrage de Carnior à être projeté. Il remet une bonne couche de farce, s’attaquant cette fois à la science fiction.
Trois mineurs sont délaissés sur une planète où, en attendant que quelqu’un vienne les chercher, ils n’ont rien de mieux à faire que de creuser. A casser du caillou toute la journée sans jamais voir de femme, la tension sexuelle ne peut que monter au sein du trio de mâles. Un jour un vaisseau s’écrase sur leur planète, avec à son bord une capsule contenant un cadavre parfaitement conservé. A la vue du cadavre de sexe féminin, et aux formes attrayantes, une scission se fait au sein du groupe de mineurs. Deux d’entre eux souhaitent se soulager de leurs tensions avant d’enterrer le cadavre, tandis que le troisième se refuse à la nécrophilie, prétextant qu’ils risquent la cour martiale.
De nouvelles tensions vont ainsi naître entre les mineurs de l’espace.
Carnior nous prouve ici encore son appétit pour les blagues, et le détournement des codes du cinéma de genre. Avec "L’étoile du désir" le spectateur assiste à une enfilade de blagues bien grasses, et d’improvisations humoristiques. Une curiosité filmique au format court.
"Radio"
[Court métrage – Patrick Boivin – Québec – 2005]
Voici l’une des grosses surprises de cette matinée.
Tom, aide soignant dans un hôpital, s’ennuie ferme. Sa vie de célibataire n’est qu’une longue et morne suite d’événements répétés au quotidien. L’une de ses collègues, une jeune femme au regard pétillant et coquin, déambule dans l’hôpital avec un baladeur. Cela va l’inspirer, mais n’ayant pas d’argent pour s’acheter un de ces petits appareils, il se contentera d’acquérir une vieille radio.
A la suite d’un choc, le récepteur se bloquera sur une fréquence, n’émettant que des informations alarmistes, directement en rapport avec les situations dans lesquelles se trouve l’anti-héros de cette histoire. Par exemple lorsque Tom aura enfin l’opportunité d’avoir des relations sexuelles avec sa jeune collègue, la radio diffusera un bulletin, prévenant de la découverte d’une nouvelle MST. Résultat : radio = 1 - Erection = 0.
Le court métrage de Patrick Boivin, est de ceux que l’on n’oublie pas. Non pas du fait d’un scénario choquant ou aux aboutissants philosophiques – celui-ci est tout juste malin – mais pour sa plastique incroyable. En effet chaque plan semble avoir été pensé au millimètre près, se raccordant parfaitement avec le suivant. En outre le travail du son est tout simplement bluffant. L’univers sonore nous plonge directement dans un univers qui ne tardera pas à devenir paranoïaque. Les parasites émis par la radio sont obnubilant, et ont un impact immédiat sur l’image. Cette cohésion entre l’image et le son est tout à fait impressionnante ; ceci étant avec un titre pareil, il aurait été fort dommage que le son soit maltraité.
La réalisation rappelle celle de "Las Vegas Parano", tout particulièrement lorsque Tom fait ses crises de paranoïa. Ce n’est sûrement pas moi qui viendrais reprocher ça à "Radio".
Le message véhiculé par "Radio" n’en est pas pour autant creux, même s’il se borne à dénoncer l’aspect catastrophiste des médias. A force d’entendre que le monde va mal, qu’ils sont partout, et que la Troisième Guerre Mondiale est sur le point d’éclater, il y a de quoi devenir parano !
"End’s Meat"
[Court métrage – Gianluca Caltabiano – Canada anglophone – 2006]
L’un des rares courts métrages anglophones de la sélection canadienne.
Il sera ici question de Necromancer. Une sorte d’ado gothique s’intéresse à la nécromancie. Pas de chance pour le jeunot, ça tourne mal. Des sortes de démons, qui ressemblent quand même beaucoup à des zombies, commencent à se carapater du cimetière. Alors avant que les résidus de cadavres aillent croquer un bout de fesse à sa sœur, il se doit d’agir.
Je dois avouer avoir été très perplexe, en ce samedi matin, levé un peu tôt pour voir ça (entre autres). Le format vidéo est dégueulasse (mettons donc les mots "vrais" sur les choses), et quelques effets visuels ne se justifient pas (séquence en négatif, filtres de couleurs…). Mais "End’s Meat" se révèle assez énergique pour tenir éveillé un spectateur en manque de sommeil, et cerise sur le macchab’, la bande son peut être classée indus’. Ouf, on a échappé à la catastrophe.
[Court métrage – Eric Falardeau – Québec – 2006 – Première européenne]
Si vous voulez en savoir plus sur le petit chef d’oeuvre du jeune Eric Falardeau, vous pouvez en lire la critique ici !
"UNCANNY"
[Court métrage – Mario de Giglio-Bellamare – Canada anglophone – 2006]
Voici pour clôturer ce panorama du court canadien, un métrage provenant du Canada anglophone, mêlant DV et super 8.
Une jeune fille lit une bande dessinée horrifique à propos d’un homme d’affaire psychopathe, dont les victimes préférées sont les femmes sans domicile fixe. Il filme ses méfaits à l’aide de sa petite caméra DV, puis enterre les cadavres. Pas de chance, ceux-ci finissent par en avoir marre de rester sous terre.
L’histoire semble tout droit sortie des contes de la crypte, et s’en revendique comme tels, puisque les références à l’illustre comic book, sont très nombreuses et que l’indispensable twist final, saturé à l’humour noir, est présent. Le court métrage est en outre un hommage aux films de monstre des années 40-50, du point de vue de son traitement plastique (maquillage, plans…).
Hommage à Alejandro Jodorowsky
L’hommage fait à la facette cinématographique du génie mexicain, se déroule dans le chapiteau rempli de chaises longues, installé au milieu de la cour du CNR.
J’aimerais saluer ici le travail des bénévoles du festival. En effet, le chapiteau s’est avéré perméable aux rayons du soleil, empêchant a priori la projection. Ils se sont donc démenés toute la matinée pour trouver des longues bandes de tissus en tout genre, noires, afin de créer un maximum d’obscurité.
La séance commencera avec une petite demie heure de retard, mais aura bien lieu.
C’est très heureux car les films sont proposés dans leurs copies 35mm, et certaines personnes se sont déplacées sur le festival dans le seul but d’assister à ces projections.
Sont donc présentés ici les deux films qui ont contribué à rendre célèbre le Jodorowsky cinéaste. Ces deux films sont d’ailleurs à présent disponibles dans un coffret DVD édité par Wild Side.
"El Topo"
[Long métrage – Alejandro Jodorowsky – Mexique – 1970]
Voici un métrage aussi culte que difficile à ingérer, même pour le cinéphile à l’insatiable appétit que je suis. Je ne me lancerai donc pas dans une acrobatique critique réduite (donc forcément réductrice) de l’étrange western d’Alejandro Jodorowsky. En effet le bonhomme envoie au spectateur, des images iconographiques avec l’implacable régularité d’une sulfateuse. A la première vision du film, on se sent donc comme assommé par tant de métaphores, d’images à double sens, j’en passe et des meilleurs.
[Long métrage – Alejandro Jodorowsky – Mexique – 1973]
el topo s’étant révélé suffisamment iconoclaste et génialement indigeste pour votre serviteur, j’ai quitté le chapiteau pour assister à la spéciale Lovecraft qui avait lieu dans l’amphi de la fac de musicologie.
Spéciale H.P. Lovecraft
Lovecraft c’est un peu un croisement de Maupassant et de Stephen King. Adulé par certains, et aussi par d’autres, l’auteur américain est mondialement reconnu pour ses écrits de fiction angoissants. Lovecraft est surtout connu pour ses romans traitant de l’indicible, quelque chose de trop horrible pour être décrit.
J’arrive en courant dans l’amphi où est programmée cette spéciale Lovecraft. La projection a déjà commencé, dans mon empressement je rate une marche, et choisis donc de limiter la casse en m’asseyant au second rang. Je suis comme un hérisson épileptique sous acide qui aurait décidé de téter une ligne à haute tension. Autrement dit, je suis totalement électrique, rien de telle qu’une bonne montée de stress couplée à de la caféine.
Je jette un coup d’œil à la salle, elle est raisonnablement pleine, probablement aux deux tiers.
"The Call of Chtulhu"
[Moyen métrage – Andrew Leman – USA – 2005]
Voilà ce qui est qualifié de la meilleure adaptation des écrits de Lovecraft.
N’étant pas un inconditionnel du maître, je ne saurais vraiment en juger. Cependant, il est clair que le film est une réussite. Son noir et blanc tout en clair-obscur est de toute beauté.
Le réalisateur fait donc un usage savant de l’éclairage et du brouillard sur le plateau pour délivrer un métrage où l’indiscible aura raison des curieux. "The Call of Chtulhu" est composé de ce qui pourrait être qualifié de segments, chacun correspondant à une enquête, les indices se passant d’un descendant à un autre. A chaque mort (ou folie) l’enquête change de main.
Cette façon de procéder, un peu à la manière d’une échelle de Jacob (toute action à un impact direct sur la suivante – impossible d’agir sans conséquences), permet au cinéaste de construire un puzzle diabolique. La dernière pièce n’apportera pas réellement de réponse, ni de point final.
Il faut savoir que "The Call of Chtulhu" est en noir et blanc, mais aussi qu’il est muet. Et comme la plupart des métrages d’époque, il est totalement filmé en studio. Cela ne fait – à mon sens – qu’ajouter au charme du résultat final. D’autant que la partition n’est pas du tout datée, l’orchestration inquiétante et rythmée est parfaitement en cohésion avec l’image.
Cependant la vraie surprise, c’est que ce métrage date non pas de 1920, comme son aspect le laisserait penser, mais de 2005. Un retour en arrière crédible et mené d’une main experte.
[Long métrage – Jay Lee – USA – 2006]
Il fallait l’oser, et pour vous il l’a fait. Jay Lee tente une pirouette des plus acrobatiques en adaptant le maître sacré du fantastique au travers d’un teenage movie horrifique.
Un sextuor d’étudiants stéréotypés au possible, se fait embaucher pour rénover une vieille maison. L’un trouve le Nécronomicon, l’autre le lit à haute voix, tandis que deux autres se chargent d’accomplir le premier rite de réincarnation en forniquant entre deux toiles d’araignées. La présence de tous ces gens, et les incantations, redonne un peu de sa puissance à Chtulha, démone de son état. Dès lors, la femelle maléfique va tenter d’aspirer les âmes de tous les jeunes gens qui foulent le parquet vermoulu de la bicoque.
Un film très certainement énergique, mais bien trop ambitieux. Si l’on pense au "Couvent" de Mike Mendez, "The Slaughter" ne tient pas la comparaison. Les protagonistes sont ici passablement énervants et l’aspect formel du film laisse à désirer. Le bât blesse effectivement lorsqu’il est question d’effets spéciaux numériques, dont la majorité est ici bien navrante.
Ce n’est sûrement pas ce film qui vous fera éclater la rate d’en avoir trop ri, cependant "The Slaughter" a le bon goût d’être drôle de temps à autre. Comme le dit la devise des six amis : "Si tu cours pas comme un dératé, et que la démone te chope, Chtulha dans le cul."
"Compétition d’Animation Internationale"
Voici douze courts métrages attendus avec impatience par les festivaliers. Bien que la séance à laquelle j’ai assisté soit une rediffusion – la première s’est déroulée au petit faucheux, en début d’après-midi – la salle était à trois quarts pleine. Forcément, l’animation étant très largement ancrée dans la culture populaire, la perspective de pouvoir se rincer les yeux sur la sélection ne pouvait qu’attirer les masses.
Le choix établi n’est en rien décevant, et présente des facettes aussi intéressantes que variées de l’animation internationale.
"Soldat"
[Court métrage d’animation –Sasa Budimir – Croatie – 2006] Prix du Jury
Alors qu’un général quelconque inaugure la statue, d’un officier tout aussi quelconque, celle-ci prend vie. Se sentant agressée par son environnement, elle tente de faire usage de sa force armée.
"Soldat" est un court métrage d’animation en image par image, dont les personnages sont en pâte à modeler. Gentiment antimilitariste tout en étant assez peu virulent, le court interroge sur la place (l’utilité ?) des soldats. La bande originale est fort sympathique, et s’accommode très bien avec le sujet.
Pour être franc, je n’ai pas trouvé "Soldat" inoubliable, même il n’en demeure pas moins sympathique.
"Doll Face"
[Court métrage d’animation – Andy Huang – USA – 2005] Prix du Jury Lycéen
"Doll Face" (à traduire par "Tête de Poupée") est annoncé par la brochure du festival comme le nouvel icare. Voyons voir comment cette relecture fera fondre la cire des plumes de l’audacieux gamin.
Un étrange robot – une tête de jeune fille au bout d’un long mécanisme, équipé de petits bras à multifonctions – regarde la télévision. C’est son image qui y apparaît, belle et colorée, contrairement à l’originale qui, elle, est grisâtre et fade. Les bras vont alors s’activer pour redonner des couleurs au visage, tentant de se faire à l’image de ce que lui renvoie le petit écran.
Si l’on comparait le petit écran au soleil, alors le robot de "Doll Face" est effectivement un nouvel icare. Enivré, ébloui par la beauté de l’image, il s’y brûle les ailes. Mais la morale de l’histoire prend ici un tout autre sens. Peut-être le court métrage d’Andy Huang pose-t-il la question du désire d’humanisation des robots ? Peu probable.
En revanche, la recherche d’une image d’un soi plus beau au travers des modèles que nous sert le petit écran, apparaît comme étant le thème central. Ce que nous sert la télévision n’est qu’une vision difforme de la réalité (qui paraît parfois certes plus belle), mais que nous ne pouvons approcher sous peine d’y perdre des plumes. Un court métrage qui se révèle mélancolique et sublime.
"Our Man In Nirvana"
[Court métrage d’animation – Jan Koester – Allemagne – 2005] Prix du Public
Lors d’un de leurs concerts, un célèbre groupe de rock fait face à un enchaînement de circonstances malencontreuses, qui provoquera la mort de leur guitariste. Celui-ci se retrouve alors propulsé dans ce qu’il croit être le paradis, un endroit haut en couleur et peuplé d’étranges créatures. Le front man du groupe y rencontrera une sublime jeune femme, rencontre qui va littéralement changer sa mort.
"Our Man In Nirvana" est un compte moderne, à la fois onirique et poétique. Il n’y a pas de leçon de morale métaphysique à en tirer, juste du plaisir. D’autant que l’animation est tout à fait sublime : lorsque le guitariste est vivant, celle-ci est composée de différents calques vus en ombres chinoises. Une fois mort, la méthode change, et les couleurs font leur apparition – de grands aplats de couleurs pastelles – pour offrir un rendu plutôt psychédélique.
"Noise"
[Court métrage d’animation – Martin Schmidt – Allemagne – 2005 – Première française]
Dans un appartement, un homme n’arrive pas à trouver le sommeil à cause des coups de marteau que son voisin met dans le mur. Pour être tranquille, l’homme va clouer une nouvelle rangée de planche contre son mur, puis une autre, puis encore une autre. Plus l’épaisseur de planche est importante, plus le bruit se fait omniprésent.
Ce court métrage est présenté dans une méthode graphique en trois dimensions plutôt simplistes. Les couleurs rappellent la cendre, et la chute est tout juste rigolote. Le résultat ressemble plus à une démonstration qu’à un court métrage proprement dit.
"Bendito Machine"
[Court métrage d’animation – Jossie Malis – Espagne – 2006]
Voici une sympathique petite animation en deux dimensions.
De chaque côté d’une colline, habite une civilisation. Au sommet trône l’idole de la civilisation du versant gauche. Le peuple du versant droit va la détruire pour la remplacer par la sienne qui semble être plus imposante, plus productive (plus technologique).
"Bendito Machine" est un court métrage simpliste, se limitant à des calques noirs évoluant sur un fond jaunâtre. Il ne manque pourtant pas de charme, notamment de par son thème traitant de la société consumériste, qui n’hésite pas à écraser les plus pauvres pour en tirer partie. Cette courte fable dénonce le capitalisme, et montre comment une civilisation "avancée" peut aisément courir à sa perte.
Bien que le sujet traité et l’animation soient tous deux à la fois intéressants, et habiles, ce court espagnol ne m’a pas charmé. La faute à un parti pris de tabler sur une réalisation trop statique.
"Lost Cargo"
[Court métrage d’animation – Pieter Engels & Efim Perlis – Pays-Bas – 2006]
C’est au tour des Pays-Bas d’être – magnifiquement – représentés en cette compétition.
"Lost Cargo" se déroule dans une usine spatiale, où sont triées à la chaîne, des larves qui servent de nourriture à une civilisation extraterrestre. Pour faire fonctionner cette machine à gaz de l’espace, il suffit d’un contremaître – qui passe son temps à se curer le nez assis dans le cockpit – et d’un petit robot qui surveille que toutes les larves qui passent sous ses yeux n’ont pas de défaut visible.
Très rapidement le petit robot n’est plus satisfaisant. Il est donc remplacé par une nouvelle machine au rendement bien supérieur.
"Lost Cargo", sous ses dehors drôles et colorés, présente la civilisation technicienne en ce qu’elle a de plus exécrable : une recherche de profit à tout prix. Bien sûr la productivité à outrance a de nombreux travers, et c’est ceux-ci qui sont ici dénoncés – comme l’a pu faire Charlie Chaplin en ses "Temps Modernes". Ici le seul organisme vivant encore présent dans la chaîne de production est un saurien adipeux et feignant, dont le regard ne transpire pas l’intelligence – mais qui fait sacrément marrer.
Animé en image par image, le court hollandais est un véritable biscuit visuel, flatteur au regard. On rit, on sourit, et on en redemande.
"The Faeries of Blackheath Woods"
[Court métrage d’effets spéciaux – Ciaràn Foy – Irlande – 2006]
Tiens un court métrage avec des acteurs en chair et en os dans une compétition d’animation. Etrange ? Que nenni, l’image est outrancièrement truquée pour un résultat pour le moins surprenant.
Une petite fille attrape une fée avec son filet à papillons, et la met dans un bocal. Celle-ci se calcifie instantanément, ne laissant qu’un triste squelette sans vie. Puis l’enfant aperçoit de nouvelles fées, curieuse, elle va les suivre pour s’en emparer. L’insecte mythologique n’est pas aussi bon que les fables veulent bien nous le conter. La jeune enfant va l’apprendre à ses dépends.
Graphiquement ce court irlandais est superbe, tablant sur une image qui évolue des tons printaniers vers une gamme de couleurs plus automnale. L’intégration des effets spéciaux est parfaite, et ne jure pas avec la réalisation live, conférant au résultat final une efficacité surprenante.
"The Faeries of Blackheath Woods" est donc un conte cruel dont la chute n’a rien à envier aux écrits des frères Grimm.
"Perpetuum Mobile"
[Court métrage d’animation – Enrique Garcia & Raquel Ajofrin – Espagne – 2006 – Première Française]
Une autre vision de la naissance de Léonard De Vinci, et des recherches visant à comprendre le mouvement perpétuel.
Pour être franc, j’ai trouvé ce court métrage carrément ennuyeux. Une simple balade gentillette aux côtés d’un gamin qui découvre un monde de création mécanique. Cela n’enlève bien évidemment rien à l’animation sans faille, au character design fouillé et original ni à la bande son de grande qualité.
Seulement, la sauce n’a pas pris.
"Moloch"
[Court métrage d’animation – Marcin Pazera – Pologne – 2006]
Un court métrage d’animation polonaise ? Le festival est donc allé fouiller aux quatre coins de la planète pour nous présenter cette sélection.
Des usines où la rouille se bat en duel avec des milliards de tonnes de béton grisâtre. Tout à coup, la scène s’anime. Les bâtiments vomissent des soldats, qui aussitôt, font feu et s’entretuent.
L’aspect industriel et futuristico-pessimiste de "Moloch" est délibérément trompeur. Car s’il renvoie directement aux jeux vidéos, il n’est nullement issue d’images de synthèse, mais d’impressionnantes peintures. L’action est rapide, et très dynamique, mis en scène à la manière d’un jeu vidéo justement.
Si le résultat final est parfaitement bluffant, il s’approche trop d’une démonstration des talents de l’équipe responsable de moloch. En effet, si le contenant est de toute beauté, il sonne désespérément vide. Du fait de son manque d’intérêt sur le fond, le court métrage n’a pas reçu un très bon accueil du public.
"The Mamtsotsi Bird"
[Court métrage d’effets spéciaux – Jo Horn – Afrique du Sud – 2006 – Première Française]
Voilà le court métrage qui m’a semblé le plus insipide de toute la sélection.
"The Mamtsotsi Bird" puise ses sources dans une légende africaine, où il est question de possession.
Si les effets spéciaux en images de synthèse sont de qualité à peu près correcte, on ne peut les observer que trop peu (disons 2 à 3 minutes sur les 15 que compte le court). Sensé servir de base aux effets, le jeu des acteurs est infecte et descend le tout à un niveau assez bas. Vous l’aurez compris, s’il s’agit d’une curiosité exotique, elle pèche par son manque de cohérence et d’intérêt.
"Temerario"
[Court métrage d’animation – Carl Zitelmann – Angleterre – 2006] Prix de l’association "Mauvais Genre"
Originaire du Royaume-Uni, "Temerario" se présente comme un compte philosophique mâtiné de western. Un mélange qui prend et surprend.
Rio, un jeune cow-boy est mis à mort par un groupe de malfaiteurs. Pensant l’avoir abattu, Rio se retrouve seul dans le désert, à lutter contre lui-même. Son combat va le mener dans un étrange sanctuaire où il devra affronter son double maléfique.
Au delà de la portée philosophique de "Temerario" - la lutte intérieure…–, ce qui impressionne est la réalisation sans faille du court. En effet, l’animation en images de synthèse permet d’immenses libertés dans le découpage technique. Carl Zitelmann utilisera donc les possibilités que la technique lui offre, pour orchestrer chaque séquence avec souplesse et dynamisme.
A cela s’ajoute un character design tout en longueur, qui confère un aspect mystique aux protagonistes.
"Codehunters"
[Court métrage d’animation – Ben Hibon – Angleterre – 2005] Coup de Cœur Horreur.com
"Last but not least" auraient dit nos voisins d’outre-manche pour nous présenter leur chef d’œuvre. "Codehunters" n’est pas véritablement un court métrage, mais un pilote de présentation pour une série mettant en scène un univers steampunk qui rappelle tant celui de Final Fantasy VII que du dessinateur Enki Bilal.
Au centre de l’action, un groupe de quatre aventuriers aux caractéristiques et à la personnalité rapidement identifiables (la grosse brute, le petit malin…). Des protagonistes stéréotypés, qui ne dépareilleraient aucunement dans un environnement vidéo ludique.
L’inspiration se confirme donc par un design général très manga, renforcé par la méthode d’animation choisie : le Cell Shading (application de textures en deux dimensions à des éléments en trois dimensions). Très utilisé dans le domaine du jeu vidéo pour obtenir un aspect dessin animé, l’utilisation du Cell Shading dans un dessin animé dans le but de le faire ressembler à un jeu vidéo permet de boucler la boucle.
Afin d’achever et de mettre le spectateur sur les genoux, "Codehunters" jouit d’une bande originale electro-metal du meilleur effet. Sacrément prometteur !
Sur un autre site – Le Petit Faucheux – le festival proposait au même moment les réjouissances suivantes :
Compétitions de Courts métrages de fiction
Compétitions de Courts métrages d’animation internationale
Ciné Concert "Les Vampires"
[Long métrage – Louis Feuillade – France – 1915]
"Blood Tea & Red String"
[Long métrage d’animation – Christiane Cegavske – USA – 2005 – Première Française]
CEREMONIE DE CLÖTURE
Rendez-vous au Petit Faucheux pour clôturer le festival et remettre les prix. La salle est comble lorsque Gary prend le micro pour remettre le premier prix. Chaque remise de prix sera accompagnée d’une diffusion du court métrage primé.
Lorsque le réalisateur est présent, une coupe lui est donnée en main propre. Pour les absents, un membre de "Compagnie D" (à vérifier) troupe de théâtre locale, se charge de recueillir le trophée en jouant un rôle (réalisateur, producteur, voisin…). La remise des prix se fait donc sous le signe de la bonne humeur, même si certains spectateurs semblent trouver le temps un peu long.
"Hollow"
[Court métrage – Paul Bickel – USA – 2005 – Première européenne – Présence du réalisateur]
Hollow dans la langue de Shakespeare désigne quelque chose (ou quelqu’un) de creux ou de faux.
Josh est un petit garçon de neuf ans. Dans sa vie, tout semble être normal, ses parents, leur quotidien, même ses quelques peurs ne sont pas inquiétantes pour un enfant de cet âge. Et pourtant, derrière cette apparente normalité pourrait se cacher une vérité bien plus insidieuse.
Après nous avoir gâté de petites perles de cinéma de genre, les organisateurs du festival ont décidé qu’il était temps de nous achever, avec ce court métrage d’une beauté plastique impressionnante. Ainsi la photographie est d’une qualité exceptionnelle. Elle présente une image parfois blanche – délavée – où l’excès de luminosité tend à faire disparaître les éléments de décors, noyant les protagonistes dans un bain de lumière. Puis, lorsque le point de rupture est atteint, l’image s’assombrit pour présenter des scènes qui semblent tout droit sorties d’étranges tableaux aux couleurs maladives. A ce titre, la scène du repas est impressionnante, et réussit à glacer les sangs, malgré son immobilisme.
La mise en scène n’en est que plus efficace, le spectateur ne sachant pas réellement si les deux pans se dissocient, s’ils sont fantasmés ou réels… Serait-ce Josh qui, atteint de psychose, construit tout cela dans son esprit ? La réalisation insiste sur cet égarement en utilisant des télescopages de plans, ou en faisant apparaître progressivement de nouveaux éléments grâce à une mise en scène très maligne.
Comme vous vous en doutez, la musique n’est pas en reste et participe à charger l’ambiance. Envoûtant en tout point, hollow est de ces métrages qui vous hantent, et dont les images vous restent gravées dans l’esprit des jours après.
D’ailleurs Emma Caulfield ne s’y est pas trompée, charmée par le script, elle a immédiatement accepté le rôle.
"Dark Remains"
[Long-métrage – Brian Avenet-Bradley – USA – 2005 – première Française]
"Houlà, qu’est-ce que c’est prétentieux et emmerdant." Voilà ma première impression lorsque les lumières se rallument dans la salle.
Julie et Allen, un couple apparemment modèle, se lèvent un matin pour trouver leur petite fille morte, égorgée dans son lit. Afin de fuir les racontars, et se ressourcer, ils louent un chalet à la montagne non loin d’une ancienne prison aujourd’hui abandonnée. L’idée aurait pu être bonne si tout à coup, des fantômes ne se manifestaient pas.
Après avoir visionné 33 courts métrages et 3 longs, "Dark Remains" est la bobine qui fait déborder le projo. De ce fait, il est fort probable que la fatigue psychologique ait constitué une entrave à mon jugement. Pourtant il m’est apparu que "Dark Remains" souffrait d’un manque d’originalité et d’efficacité flagrante. L’inspiration est très clairement axée sur les films de fantômes asiatiques. On pense par exemple à "The Ring", ou à "Kairo". C’est bien là que le bât blesse, car le film de Brian Avenet-Bradeley n’arrive pas à leurs chevilles. Les ficelles sont grosses, son esthétique est trop référencée, et le format DV montre ses limites.
Cependant, le métrage ne paraît pas bâclé puisque quelques très bonnes idées surnagent. Cela n’a tout de même pas suffit à retenir mon attention.
festival mauvais genre - 2007 - partie 2
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