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Réalisation
Abel Ferrara

Scénariste
Nicholas St. John

Date de sortie
1981

Genre
rape and revenge

Tagline


Cast
Zoe Tamerlis
Steve Singer
Jack Thibeau
Peter Yellen
Darlene Stuto


Pays
USA

Production


Musique
Joe Delia

Effets spéciaux



Votre note: -
Moyenne: 5.6
(36 votes)
Jeune couturière muette à peine âgée d'une vingtaine d'années, Thana vit seule, sans fiancé ni famille, et sans cesse harcelée par une logeuse insupportable. Après une journée de travail, elle se fait violer dans la ruelle glauque d'un quartier chaud de New York. Dur dur, surtout que l'affreux tortionnaire lui fait la promesse de revenir très bientôt. Mais à peine le seuil de sa porte franchi que Thana tombe nez à nez avec un cambrioleur, qui la viole à son tour. La jeune victime l'assomme puis le massacre à coup de fer à repasser… Une nouvelle vie cauchemardesque débute pour Thana.



Tout comme ses compatriotes, Frank Hennenlotter et Martin Scorcese, Abel Ferrara n'a d'yeux que pour New York. Par son regard, ce New York là n'a rien d'une belle pomme qu'on croquerait avec délice : elle est pourrie, remplie de vers qui la rongent inexorablement, mais en même temps lui donne toute sa personnalité.
Tueurs, junkies, justice ou forces de l'ordre corrompues, trafiquants de drogue, catins… Tout y passe dans cette vision qui se rattache tout à fait à la nature très atypique de Ferrara.
Après un film porno (si si !!) et deux courts, Abel Ferrara touche enfin au vrai cinéma… enfin pas vraiment tout de suite puisque "Driller Killer" reste un film sacrément bancal et trop amateur pour emporter l'adhésion. Reste cette atmosphère poisseuse "ferraresque" et ces meurtres à la perceuse qui ont marqué certains cinéphiles.



Toujours porté par un petit budget, Ferrara verse, non pas à nouveau dans le film de psychopathe, mais dans le Rape and Revenge qui porte déjà à l'époque son maître étalon : "Œil pour œil", référence du genre hyper violente et d'une grande efficacité, malgré quelques incohérences notables.
Ferrara livre cependant une œuvre tout à fait personnelle, plus fouillée, et à mille lieues de l'ambiance forestière de "La dernière maison sur la gauche" ou de "œil pour oeil". Ici nous sommes à NY, où les violeurs et les voyous pullulent dans chaque rue.
Bref, c'est toujours aussi peu rassurant.



Le cadre urbain renvoie notamment aux films d'autodéfense à la Bronson, tout aussi répandus à l'époque. Cependant ici, l'héroïne est jeune (Zoe Lund avait 19 ans lors du tournage), seule, renfermée (même avant son viol) et surtout muette. Un horrible comble quand on sait que les violeurs n'attendent que le silence de leurs victimes pendant l'acte.
Violée d'abord par un homme masqué (Abel Ferrara !!! Drôle de mise en abîme tout de même), elle se fera violenter ensuite chez elle, quelques minutes plus tard. En assassinant sèchement son second tortionnaire, elle devra garder le corps pour éviter toute contrainte avec sa logeuse, une vieille rombière tout droit sortie d'un John Waters de la grande époque. Après une longue découpe du cadavre (qui sera bien entendu zappée, mais on ne peut s'empêcher de penser à une scène quasi similaire dans "Nekromantik 2"), elle enrubanne les morceaux dans du papier et les disperse un peu partout dans la ville une fois par jour, voire les transforme en pâtés pour calmer les appétits du chien de sa voisine. Glauque.
Apparemment vierge jusqu'à ses deux viols, la jeune fille ne pourra plus avoir la même vision des hommes qu'elle côtoie. Seulement à travers les deux violeurs qui l'ont attaquée. Tous les mâles deviennent source de danger, que ce soit un photographe pervers ou un simple passant dragueur. Mais c'est un symbole de virilité que lui a légué son violeur qui va lui permettre d'évoluer : un calibre 45.
Une arme qui lui permettra de s'arracher à un quotidien traumatisant la rendant de plus en plus vulnérable (paranoïa, visions ou événements incommodants comme ces tripes remontant à la surface de sa baignoire) et à une grande timidité.



La puissance de l'objet acquise, elle prend vite confiance en elle, devient intrépide lorsqu'elle garde l'arme sur elle. C'est ainsi qu'elle entame une longue croisade meurtrière aux portes de la folie. La nuit, elle devient femme d'affaires sexy et implacable ou petit chaperon noir partant à la chasse au grand méchant loup. Sa folie atteindra des sommets lors de ce bal masqué rempli de mâles, où elle ira conclure sa superbe vengeance habillée en nonne, bénissant ses balles avec une surprenante sensualité. Un bal infernal qui n'est pas sans rappeler celui de "Carrie au bal du diable", utilisation "DePalmesque" du ralenti à l'appui. Grâce à cela, jamais un RAV n'aura atteint un tel niveau d'étrangeté et de pure folie.
Ferrara dirige une Zoe Lund à fleur de peau, à l'évolution psychologique passionnante et au déterminisme fatal. Une Zoe Lund si jeune pour un tel rôle… et pourtant si incroyable. Et puis comment oublier les accords de saxophone enfiévrés et décalés de Joe Delia, qui vous trotteront encore méchamment dans la tête après la projection.
Et même si son personnage est tout de même habité par une véritable folie, Ferrara reste profondément féministe : on aura bien du mal à identifier Thana comme un monstre avide de meurtres, une tueuse impardonnable ; exactement comme le souligne l'amusant plan final.
Un must, un classique que dis-je du RAV, dont les nombreuses interprétations qu'on peut lui attribuer lui confèrent une richesse inattendue.








Du même réalisateur :

DRILLER KILLER