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Naked Beneath the Water – à traduire par "Nu en dessous de l'eau" - s'est vu attribuer deux slogans à l'humour grinçant. "Ils tueraient pour passer à la télé" et "Donne un tout nouveau sens à l'expression Score de Tueur". Aux Etats-Unis, une émission de téléréalité rafle tout l'audimat. Tous les soirs l'Amérique s'assoit devant sa télé pour regarder "Public Enemy Number One". Le principe est simple, les participants envoient les enregistrements de leurs meurtres pour concourir au titre du "Tueur de l'Année." Au beau milieu de la nuit, Pelle (prononcé "pellé") dont le frère a disparu depuis un mois, reçoit un mystérieux appel. La voix lui intime de regarder " Public Enemy Number One". Il découvre alors que le meurtre qui est en cours de diffusion, a été tourné dans l'appartement de son frère. Pelle ne fait ni une ni deux, et se rend sur les lieux, où il va emménager pour tenter de percer le mystère de la disparition de son frère Robert. Il va alors se retrouver pris entre les feux des prétendants au titre de "Tueur de l'Année." Peut-être que l'idée de s'intéresser aux à-côtés de l'émission, n'était pas si bonne que ça.



Tout a été dit à propos du format numérique, qu'il signait la mort du cinéma, qu'il détruisait plus de 100 ans d'esthétique de l'image, ou encore qu'il permettait à n'importe quelle immondice d'atterrir sur le marché… Quelle étrange conception du cinéma. Doit-il être réservé à une élite déjà bien trop riche ? Dans quelle mesure un paysage audiovisuel cloisonné et formaté où seuls surnageraient quelques enfants terribles, serait-il souhaitable ?
Le format numérique a au moins cet avantage de permettre à de jeunes cinéastes sans le sous de réaliser leurs projets –souvent ambitieux et impertinents – à moindre coût. Il est fort à parier que les "grands réalisateurs" de demain auront fait leurs armes sur des caméras digitales.

C'est ce format là qui a permis à Naked Beneath the Water de voir le jour. En effet ce long métrage, Sean Cain l'a produit, écrit et réalisé lui-même. Le projet n'aurait jamais pu voir le jour sur celluloïd, trop cher trop peu viable et un peu trop corsé. Allons donc.
Vous rappelez vous de la posture punk-attitude dont il a déjà été question lors d'une précédente critique ? On lève le poing bien haut, on sort le doigt du milieu – le plus long donc – et on hurle. Juste un peu plus en face de l'Amérique puritaine et institutionnelle. Voilà, parfait, maintenant on garde la pose.



Les Etats-Unis ont une culture de la télévision tout à fait différente de nous, européens – bien que cette différence tende à s'élimer grâce à des chaînes comme TF1 ou M6. Talk Shows et Real TV font parti du quotidien du petit écran. Les thèmes sont variés, et misent très souvent sur le voyeurisme latent de tout spectateur – regardez donc Oprah Winfrey pour vous faire une petite idée sur la question. Un certain nombre d'émissions populaires est basé sur des retransmissions d'interventions policières, filmées par des caméras embarquées en patrouille, ou sur des reconstitutions de crimes "célèbres".
C'est cette tendance au voyeurisme que Sean Cain dénonce ici sans aucune subtilité. Demandez lui d'écraser une mouche, il sortirait probablement un fusil à pompe pour détruire l'insecte. C'est là toute la qualité de Naked Beneath the Water qui sort l'artillerie lourde une bonne fois pour toute. Le métrage ose montrer un tueur en série la tête haute, fier du méfait accompli, marcher au ralenti alors que derrière lui flotte un drapeau américain, et que résonne l'hymne nationale.
Aucun doute là-dessus, ça va faire grincer un paquet de dents. Pas seulement celles des patriotes, ou des conservateurs, mais aussi celles des patrons de grandes chaînes. Car ce que Naked Beneath the Water pointe du doigt c'est la façon de ficeler de telles émissions, de façon à toujours faire miroiter les choses. Vous aimeriez être célèbre, gagner de l'argent et passer à la télé ? Rien de plus simple, sortez-vous les doigts du fondement, et fichez les dans celui de votre voisin. S'il meurt, c'est encore mieux, mais surtout, n'oubliez pas d'enregistrer votre exploit. Faire commerce de la mort de son prochain ne semble pas poser de problème de conscience à tout le monde…



Il est clair que le cinéaste prend un malin plaisir à violemment malmener le concept de Real TV. Les séquences de mise en abîme sont les plus travaillées, le manque de moyen mis à part, on jurerait qu'il s'agit d'une véritable émission. Le générique de Public Enemy Number One, créé pour l'occasion est tout bonnement impressionnant. Rythmé, voyeuriste, racoleur, et exubérant, il pousse la critique un cran plus loin.
L'émission se base sur trois concepts simples, et le revendique Murder, Mayhem, Money ("Meurtre, chaos, argent"). En cherchant (un) peu, Sean Cain raille l'hypocrisie du système, avec un humour vitriolé. En effet, vous l'aurez compris, Naked Beneath the Water n'est pas à prendre au premier degré. Au contraire, il doit être compris comme un jet de fiel à l'intention d'un mode divertissement télévisuel qui a un peu trop tendance à sombrer dans le voyeurisme macabre. La façon de faire de Sean Cain est, il faut l'avouer, sacrément jouissive.
Il est des jours où il faut savoir ne pas prendre de pincettes, où il s'avère nécessaire de sortir la main de fer de son gant de velours.

La bande son le prouve, parfois dynamique, et violente, souvent convenue et efficace. Les ficelles sont grosses – les violons grinçants sont au rendez-vous – mais le film a le bon goût de ne pas trop tirer dessus.



Malgré toutes ses qualités, découlant de son absence de concession, Naked Beneath the Water souffre d'un défaut regrettable. Le rendu du format numérique est tout particulièrement dégueulasse. Il n'y a pas d'autre mot, l'image est vraiment laide, et donne l'impression d'un film amateur. C'est d'autant plus dommage que cela ne permet pas de profiter pleinement de la mise en scène de Sean Cain.
Résultat, l'aspect vindicatif du métrage arrive en pleine face du spectateur, sans d'autre sommation. L'aspect positif de la chose, est que Naked Beneath the Water n'en ressemble que plus à un métrage punk, énervé et viscéral, qui ne prend pas la peine d'y mettre les formes.

Peut-être est-ce un choix délibéré de la part du cinéaste, dans l'optique de s'approcher le plus près possible du format "Real TV". Cela paraît cependant peu probable du fait de la division du métrage entre la mise en abîme (Public Enemy Number One et les vidéos qui en découlent) et la quête de Pelle proprement dite.
Cela n'enlève en rien au fait que Naked Beneath the Water est un excellent divertissement coup de poing (américain).








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