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Camp Motion Pictures, bien décidé à nous faire manger du kitsch et du mauvais goût, sort une nouvelle vidéo dans sa Retro 80s Horror Collection. "Cette année, 75.000 personnes furent tuées par leurs proches parents" explique un texte défilant à l'ouverture du métrage. C'est une famille modèle que présente Woodchipper Massacre, trois enfants, un père aimant, tentant de combler le vide laissé par la mort de sa femme. Lorsqu'un voyage d'affaire appelle leur paternel, les trois enfants (dont l'un est d'ailleurs âgé d'au moins 20 ans) sont confiés à leur immonde tante. La vieille bique est une sorte de mère-la-pudeur, surveillant les moindres faits et gestes de ses proches, leur faisant constamment des reproches. Les enfants serrent les dents et subissent la tare à tata. La tata tarée pousse le bouchon un peu loin le jour où elle confisque le couteau collector "Rambo" au benjamin de la famille. Celui-ci décide de ne pas se laisser faire, et ne pas renoncer à l'arme. Tati tirant de l'autre côté, le gamin finit par lâcher prise, et envoie accidentellement le couteau dans le ventre de sa tante. Une seule solution pour faire disparaître le cadavre : la machine à hacher le bois.



"Woodchipper Massacre" est au croisement de "The Brady Bunch" et de "Massacre à la Tronçonneuse"" annonce la jaquette du DVD. Jon McBride, le réalisateur, enfonce le clou : "Woodchipper a été ma première incursion dans le style de la sitcom familiale, et sous bon nombre d'aspect, c'était un hommage à ces vieux feuilletons que j'aimais tant étant gamin." La couleur est annoncée, Woodchipper Massacre n'est pas un film d'horreur, mais une sorte de téléfilm immensément kitsch saupoudré de rares effets gores.

Cet aspect 80s, aujourd'hui devenu une culture du mauvais goût assumée, s'avère plutôt bénéfique pour le métrage. Les immondes choucroutes, les tenues parfois à la limite de l'expérimental de la jeune actrice ou encore les chemises à carreaux des jeunes hommes, confèrent un aspect involontairement parodique à Woodchipper Massacre. La pochette ne fait qu'enfoncer le clou avec son graphisme bande dessinée, saturée en rouge, où danse la phrase "How mush flesh would a woodchipper chip, if a Woodchipper could chip flesh?" (il s'agit de la parodie d'une phrase d'entraînement à la diction, équivalent anglo-saxon des chaussettes de l'archiduchesse). De ce seul fait, cette sitcom ratée des 80s devient un nanar monumental et parfaitement regardable des années 2000.

Afin d'assurer au présent méfait un statut culte, les acteurs se lancent à corps perdus dans des interprétations très personnelles de leur rôle. Ce qu'il faut entendre par là, c'est qu'en matière de cabotinage, le jeu des acteurs laisserait rêveur un chihuahua névrosé devant la casquette du facteur. Les acteurs articulent chacune de leurs syllabes comme s'ils avaient quelque chose coincé entre les dents. Lorsqu'ils ne parlent pas, ils batifolent en tous sens. Pour faire court, ils surjouent abominablement.
Le grand prix revient à Denice Edeal, dont la voix est si haute qu'elle pourrait fendre un carreau. Au bout de quelques lignes de dialogue, les spectateurs les plus sensibles massacreront leur téléviseur à grand coup de hache. Les autres se mettront tout simplement du persil dans les oreilles. Passé ce cap, le rendu est suffisamment mauvais pour être apprécié à sa juste valeur. Un peu comme un épisode de la petite maison dans la prairie où les enfants rejetteraient l'autorité parentale à coup de tronçonneuse.
Bien sûr le résultat ne serait pas aussi probant si d'énormes fautes de scripts ne s'étaient pas glissées là par hasard. L'un des protagonistes apparaît avec une chemise à carreaux. Il entre dans la maison et sa chemise est uniforme – dans un ton plutôt maladif. Quand il en sort les carreaux sont revenus. Magique la maison ! Ce serait faire un raccourci malvenu que de dire que la réalisation est bancale. Elle est à la hauteur d'un téléfilm (ceux destinés à la ménagère de moins de 50 ans, qui passent en général l'après-midi), ni bonne ni mauvaise. "Poussiéreuse" serait le mot le plus adéquat.

Les années 80 n'avaient cependant pas que de la qualité à revendre, fût-t-elle involontaire. Les métrages filmés au caméscope dans les années 80 ne peuvent prétendre rivaliser avec les DV Cam du XXIe siècle. En l'occurrence l'image laisse très largement à désirer. Les parasites sont nombreux, et ont tendance à faire oublier au spectateur qu'il vient de rentrer un DVD dans son lecteur et pas une vieille VHS. Si l'image à tendance à revêtir un aspect très poussiéreux, le son n'est pas en reste. En effet, la prise de son (qui fut directe à n'en pas douter) révèle certaines difficultés, inconfortables pour le spectateur. Entre certains dialogues quasiment inaudibles, et un bruit de fond constant, les audio-maniaques auront de quoi s'arracher les cheveux. Quant à la voix hérissante de Denice Edeal, comme explicité ci avant, ce n'est pas la qualité de l'enregistrement sonore qui la rend plus agréable.

Pas plus que la bande originale, soit dit en passant. "Originale" étant un qualificatif légèrement abusif pour désigner la musique qui rythme Woodchipper Massacre (quoique rythmer ne soit certainement pas non plus le bon mot). A fin de précision, la bande sonore pourra être qualifiée de "joyeusement sautillante." Le nom du compositeur de l'un des titres annonce directement la couleur : Grave of the Living Scum (ndr : Tombe des Racailles Vivantes).

Faire son film soit même, était à l'époque encore plus osé que maintenant. En effet, n'en déplaise aux grincheux, le numérique à contribuer à rendre accessible le cinéma à toute une flopée de réalisateur en herbe. De ce fait, les défauts techniques de Woodchipper Massacre sont légion. Cela pourra rendre sa vision insupportable à toute personne ne portant qu'un intérêt mitigé au cinéma de genre indépendant et fauché. Les deux allant souvent de paire, cela va sans dire.

Woodchipper Massacre est – outre un Nanar kitschissime – le premier film de Jon McBride. La même année, il réalisera dans la foulée un "Cannibal Campout" (aussi édité par Camp Motion Pictures) qui semble avoir fait les beaux jours des vidéos clubs à la fin des années 80, grâce à un aspect sanglant, absent de Woodchipper Massacre.

En vingt ans Jon McBride réalisera quelques onze films, tous sortis uniquement en vidéo, tous des séries B au fort potentiel potager. Pour autant, Woodchipper Massacre se laisse regarder et divertit le spectateur du début à la fin. Si un jour de pluie, l'ennui vous gagne, et qu'à la télévision il n'y a qu'une énième rediffusion de la petite maison dans la prairie, alors Woodchipper Massacre sera votre échappatoire aux ennuyantes aventures de Nelly Olson. Au cas où vous cherchiez plutôt un métrage pour (ré)animer votre soirée, alors passez votre chemin.

Avant de vous quitter, j'aimerais saluer encore une fois l'initiative de Camp Motion Pictures. L'éditeur américain déterre de sacrés navets, et les présente toujours dans de superbes éditions à petit prix, preuve qu'elle ne les considère pas comme de sordides produits de consommations, mais comme des œuvres à part entière.

Pour plus d'information sur les productions Camp Motion Pictures : www.campmotionpictures.com/






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