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Ryan Nicholson est de retour avec une nouvelle boucherie sobrement intitulée Hanger. Pour ceux qui auraient oublié de se réveiller pendent leurs cours d'Anglais, je me ferai un plaisir de vous fournir une petite explication de titre. Mais avant la linguistique, voyons de quoi le film traite. Rose (Debbie Rochon) se prostitue pour gagner sa croute. Tout irait presque bien si Leroy, son maquereau, n'était pas une ordure de première, et si – accessoirement – elle n'était pas enceinte. Une prostituée enceinte, c'est un marché de niche. Résultat Rose gagne moins et son mac' l'a mauvaise. Résultat le gredin décide de pratiquer l'avortement avec un simple cintre. Rose décède, le Mac part en tôle et le fœtus déjà grand survit. Dix-huit ans plus tard, le fœtus a grandi (dans les poubelles). Son père adoptif le présente à son père biologique, un des clients de Rose. Son amour pour la prostituée n'a d'égale que sa haine pour Leroy. Il va donc prendre son fils sous son aile et fomenter un plan pour évincer le vil maquereau qui 18 ans plus tôt tua sa Rose bien aimée. Que le massacre commence.



Chers anglophobes, voici quelques explications concernant le titre (et son sous-titre). "Hanger" du verbe "to hang", pendre, désigne un cintre, vous savez cette espèce de saleté en métal sur laquelle vous pendez éventuellement vos chemises, pantalon et porte-jarretelles. Dans le contexte du film de Ryan Nicholson, le "Hanger" en question est à la fois le cintre qui a servi à avorter Rose, et le nom du gamin qui a survécu au dit avortement.
Incidemment, le film est sous-titré "Payback is a bitch of a whore". Littéralement la vengeance est une salope de pute. On traduirait plutôt vaguement par "la vengeance est un plat qui se mange très froid". Voilà qui annonce la couleur. Vous voyez, vous auriez mieux fait de suivre en cours !

Pour ceux qui auraient dormi dans un placard pendant les quelques dernières années, remettons les choses en ordre. Ryan Nicholson est un réalisateur montant de la scène "cinéma de genre indépendant" nord-américaine. Il commence à faire sévèrement parler de lui avec "Live Feed", sorte de relecture indépendante du "Hostel" d'Eli Roth. Ryan prouve que les divagations du protégé de Tarantino ne sont rien de moins que de la branlette de gosse de riche. Avec un budget moindre, et sans aller plus loin que Los Angeles, Ryan Nicholson nous embarque dans un délire d'une sauvagerie sans nom se déroulant... en Asie.
Loin de s'en tenir là, le réalisateur revient en force avec "Gutterballs" sorti en France chez le défunt Néo Publishing. Là, c'est la claque dans la face, et le réalisateur semble trouver sa marque de fabrique.



En effet "Gutterballs" montrait un irrespect certain envers le politiquement correct. Bien au contraire, il s'évertuait à démolir les poncifs du film pour adolescents, pour les transformer en un enchaînement de délire gore et frontal. C'est justement là ce qui fait toute la saveur du cinéma de Ryan Nicholson : il n'a pas froid aux yeux, et il se fout bien d'en mettre plein les notres. En résulte une réalisation sans concession, où la caméra préfère s'enfoncer dans la tripaille plutôt que de faire du hors-champ.

Cela va même au-delà de la volonté de trop en montrer, et d'agresser visuellement le public. On sent bien le majeur de Ryan Nicholson bien haut levé, comme pour dire "tu peux toujours t'asseoir là-dessus, politiquement correct de mes deux". Parce qu'en plus d'être visuellement cru, Hanger atteint des sommets de vulgarité. Comment qualifier autrement Lloyd Kaufman travesti en train de se faire bruler la verge et hurlant à son mac "tu peux toujours me cramer la bite, je ne serai jamais une femme et tu seras toujours une pédale". Et là, c'est léger comparativement au reste du film.
Après tout, venant d'un film dont le sujet est la vengeance d'un fils de pute fruit de l'échec d'un avortement au cintre, vous ne vous attendiez tout de même pas à des dialogues en vers...



Cette volonté d'en mettre plein le museau à son public s'explique d'au moins une façon : il peut se le permettre. En effet, le cinéaste a œuvré et continue à œuvrer principalement en tant qu'artiste d'effets spéciaux (entre autres "Scary Movie", "Destination Finale"...). Résultat, s'il faut recréer un vagin prosthétique pour y enfoncer un cintre, il n'y a pas lieu d'hésiter !
Certes, l'argent manquant, les effets sont parfois légèrement fauchés. Cependant, une telle pléthore d'effets visuels frontaux est si rare, qu'elle surprend toujours. Si au cours de la vision du film vous vous dites "il ne va quand même pas oser", vous pouvez être sûr que non seulement il va oser, mais en plus vous aurez double ration.

Tant qu'à montrer des effets gore face-caméra, autant y aller franchement sur les pépées aussi. C'est un véritable festival de nichons, de fessiers et de sexes en tous genres que Hanger déroule sous les yeux du spectateur hagard.

Bien évidemment, tout cela est éminemment gratuit. Cependant, la jaquette du DVD ne porte pas la mention "le film le plus touchant depuis "Pride and Prejudice", on s'en croirait touché par la grâce". Dieu me tripote comme disait Pierre (Desproges). Si vous avez cédé à la tentation de regarder Hanger ce ne peut être qu'en connaissance de cause. Et le poster ne trompe pas : il est sale, dégoulinant d'hémoglobine et présente un monstre défiguré. Toutefois nous sommes ici à des lieues de la gratuité insipide des pornos gore qui fleurissent sur nos écrans. Ryan Nicholson saupoudre le tout d'un humour graveleux du meilleur effet.



Cependant, cette apparente gratuité tant dans le visuel que dans le propos, pourrait bien marquer une certaine vindicte. A l'image des cinéastes de la transgression (Nick Zedd, Richard Kern) qui vomissaient la nouvelle vague, il se pourrait bien que Ryan Nicholson soit acteur d'un mouvement de cinéma alternatif, un cinéma punk conduit tambour battant par Troma. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si l'on retrouve Lloyd Kaufman face à la caméra. Toute cette vague de jeunes cinéastes élevés à grands coups de "Tromatismes" et que Lloyd appelle tendrement "la relève", est justement là pour dire bien haut "j'emmerde le consensualisme nauséeux d'Hollywood". C'est une manière de dire que l'institutionnalisme ramollit sévèrement la créativité ; la preuve en est tous ces immondes remakes, ces suites et ces préquelles jusqu'à en vomir.

Quoi qu'il en soit, avec ce nouveau film à son actif, Ryan Nicholson enfonce le clou un peu plus profond. Sa marque de fabrique est bel et bien forgée dans le métal du politiquement incorrect doublé d'un style visuel agressif mais teinté d'humour.

Alors, suivrez-vous Ryan Nicholson et son humour qui tâche et jusqu'au-boutiste ? Personnellement, j'en suis ! Merci Ryan, c'est frais et ça fait du bien par où ça passe.








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