RDV SUR FACEBOOK



CONNEXION



Votre note: -
Moyenne: 4.5
(9 votes)
Un couple d’anglais, Evelyn et Tom, visite le sud de l’Espagne pour les vacances. On propose alors au couple de faire un tour du côté d’Almanzora, une petite île où Tom avait déjà séjourné voilà de nombreuses années : une bonne initiative puisque Evelyn, enceinte, souhaiterait s’éloigner de la bruyante cité. En ville, la plage vient de recracher le cadavre d’une jeune femme…un requin ? Peut-être, on ne sait jamais… Une fois arrivée à bon port, les deux touristes se rendent compte rapidement qu’ils sont quasiment seuls sur l’île : quelques enfants traînent dans les rues, sans aucune surveillance parentale. Leurs intentions semblent incertaines, et le jeune couple va les découvrir…avec effroi !



Si "Le village des damnés", sa suite "Children of the damned" ou "La mauvaise graine" nous avaient appris à nous méfier de nos chérubins, il faudra attendre les années 70/80 pour voir le sujet traité maintes fois avec des titres tel que "Attention les enfants regardent", "Les tueurs de l’éclipse", "Massacre au camp d’été", "la petite fille au bout du chemin", ou le très nul et tromesque "Beware : children at play", entre autres ; une voie ouverte sans aucun doute par Bava, avec la chute cultissime de "La baie sanglante".



Bien que le sujet trouvera son point d’orgue avec le génial Who can kill a child ? dont je vais causer ici, cela n’empêchera pas les français – la même année en plus – de pomper la recette avec "Demain les mômes" et même les américains avec la saga des "Démons des maïs". Car oui, cette saga de sept films (comment ça vous étiez pas au courant !?), et la nouvelle de King par la même occasion, doit tout au film de Serrador.

Même schéma, même histoire (un couple, des enfants tueurs, une ville déserte) mais une folie meurtrière qui sera amplement justifiée (le culte du maïs), ce qui n’est heureusement pas le cas dans Who can kill a child ?.
Et là j’insiste sur le titre anglais (le titre espagnol est identique), d’une cohérence absolue au contraire d’un titre français science fictionnel comme c’est pas permis, et donc forcément con. On ne s’étonnera même pas que certains le confondent avec "Les traqués de l’an 2000" !



Car toute la problématique du film se pose dans ce titre : Comment peut-on tuer un enfant ? Qui peut en arriver là ?
Dès le début, Serrador nous le dévoile sans aucune concession : notre Terre tuen ses enfants depuis des milliers d’années. L’innocence, la fragilité, la naïveté : elles ne font pas le poids face aux exactions de l’homme, aux fléaux de l’humanité que sont la famine ou la guerre. Et le film ne s’évertue pas à nous apprendre tout cela par un simple panneau d’introduction, mais à travers des images d’archives proprement insoutenables, et ceci pendant près d’une dizaine de minutes. Une mise en bouche particulièrement parlante : oui, ce film sera impitoyable…

Au contraire de son film précédant (tout aussi grandiose), "la residence", qui se déroulait dans un obscur pensionnat, Serrador nous trimballe ici sous le soleil, dans la sueur et le sang ; labyrinthe sec, blanc et chaud, véritable contre-pied aux habituels décors du genre.

Un couple de touristes british, déjà parents, tombe nez à nez avec l’improbable, font face à un retournement de valeurs brutal et illogique : sur la petite île qu’ils visitent, les enfants ont pris le pouvoir et ont massacré tous les adultes. Tout comme dans "les oiseaux" d’Hitchcock, nous n’en saurons pas plus, si ce n’est à travers l’évocation des souvenirs terrifiants de l’unique survivant du village. Une frénésie s’est emparée des bambins, se mettant à massacrer sans remords et sans limites, le sourire aux lèvres : le meurtre devient un jeu.



C’est la revanche tant attendue contre un monde d’adultes sans pitié : sous un soleil de plomb, les deux protagonistes principaux devront coûte que coûte filer de l’île malfaisante. Mais comment échapper à ces myriades d’enfants trompeurs et assassins, présents à chaque coin de rue ?
Les tuer ? La tâche ne sera pas aisée…
Avantage que détient le couple : la jeune femme est enceinte et ne peut donc être supprimée. Mais la cruauté de ces enfants n’a aucun frein, ce qui nous vaudra une scène particulièrement traumatisante…

Quand de simples enfants deviennent bien plus menaçants et dangereux que n’importe quels morts vivants ou autres profanateurs de sépultures : un concept audacieux…et qui marche.
Au propos particulièrement nihiliste et grave s’ajoute une grande violence, et ceci notamment lors d’une dernière partie particulièrement secouante. Flippant, fort bien interprété et superbement filmé (l’incroyable plan des enfants dévalant la colline dans le dos de leur future victime), Who can kill a child ? a un peu raté sa vocation de classique sans qu’on sache trop pourquoi : une sortie Zone 2 aiderait peut-être à faire avancer le schmilblick pour ce fleuron de l’âge d’or du cinéma fantastique espagnol, proprement indispensable !