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Claire Parker quitte son lieu de travail, une station-service, tôt le matin. Elle attend son petit ami Jimmy qui doit venir la chercher pour la raccompagner chez elle. La camionnette arrive mais ce n’est pas Jimmy qui conduit mais un homme, Duke Desmond, qui se dit envoyé par Jimmy. Claire monte avec lui et Duke l’emmène chez elle. Une fois rentrée, Claire se fait agresser par Duke qui finit par la tuer. Au moment du coup fatal, Claire se réveille dans la station-service. Tout ça n’était qu’un cauchemar. Du moins, c’est ce qu’elle croit au début mais elle devient la proie de visions violentes et revit sans cesse sa mort. A chaque fois que Duke lui porte le coup mortel, elle se réveille sur son lieu de travail et le cauchemar recommence…



Une bonne surprise que ce petit film sans prétention, passé inaperçu chez nous jusqu’à sa sortie en DVD, ce qui permettra de le découvrir et de lui donner sa chance, car il le mérite.
Attention toutefois, ne vous laissez pas abuser par la jaquette qui nous ferait penser qu’on va assister à un film de tortures façon "Hostel", ni par son titre, "Gruesome" pouvant se traduire par horrible, car ce film ne présente que très, très peu de scènes sanglantes. Il se révèle par contre très intelligent au niveau de son scénario, et il vous faudra être attentif au moindre détail, au moindre dialogue pour en comprendre toutes les subtilités car le final pourra vous apparaître incompréhensible ou quelque peu tordu si vous n’êtes pas à 100% dans le film. En clair, "Gruesome" n’est pas un banal film d’horreur, il fait participer la réflexion du spectateur et n’est pas là uniquement pour divertir.

"Gruesome" a été réalisé en 2006 par les frères Crook, dont c’est la première incursion dans l’horreur et le thriller psychologique. Jeff et Josh ont toujours réalisé leurs films ensemble, et ce, depuis 2003, date de leur premier tournage. Ils ont trois films à leur actif lorsqu’ils s’attaquent à la réalisation de "Gruesome", dont le titre original, "Salvage", correspond bien mieux à ce que vous allez voir à l’écran. La lecture du scénario vous aura peut-être fait penser à cette excellente comédie intitulée "Un Jour sans Fin". Logique puisque les réalisateurs avaient en tête de livrer une version horrifique de ce film, tout en développant une thématique très intéressante lors du final. On en reparlera à la fin de cette chronique.

Pour incarner l’héroïne principale, les Crook ont choisi l’actrice Lauren Currie Lewis, jolie brune qui n’avait joué que dans un film auparavant mais qui porte littéralement "Gruesome" sur ses épaules et se révèle particulièrement douée ici. Alternant diverses émotions, son jeu rend crédible le personnage qu’elle incarne et qui est pris dans un cauchemar récurrent, qui lui fait perdre pied, ne sachant plus si elle devient folle ou si elle vit vraiment les événements. La séquence où le policier lui montre l’enregistrement de la caméra de surveillance de la station-service, sur lequel elle voit qu’elle est seule dans sa boutique contrairement à ce qu’elle a vécu, amplifie encore sa sensation de perdre la raison.

Autre personnage clé du film, le psycho-killer Duke Desmonds bien sûr. Incarné à l’écran par Chris Ferry, ce dernier lui confère une aura malsaine qui fait froid dans le dos. Au début du film, on a plutôt l’impression d’avoir affaire à un gros benêt qui se prend pour un psychopathe mais la suite nous fera clairement comprendre que cet homme est complètement cinglé et qu’il ne reculera devant rien en ce qui concerne les atrocités qu’il commet. L’ignoble scène du découpage de visage, et surtout de l’arrachage de visage, bien que filmé en hors champ, vous fera grincer des dents, car les bruitages sont particulièrement réalistes et sordides, et les cris de l’héroïne amplifient encore la souffrance qu’elle ressent.

La grande force du film, hormis le bon jeu des acteurs, provient du scénario lui-même et de son traitement, car si l’héroïne finit par ne plus trop comprendre ce qu’il lui arrive, le spectateur lui-même en arrive au même point ! On se retrouve parfois complètement paumé devant son écran, essayant de trouver les aboutissants de l’histoire, et de comprendre ce qui se passe réellement devant nos yeux. On cherche, on se creuse la tête, on pense avoir trouvé et hop, la séquence suivante nous remet dans le doute et l’incompréhension. Comme je le disais au début, "Gruesome" ne fait pas de vous un simple spectateur passif. Je peux d’ailleurs comprendre que certaines personnes "décrochent" du film car il demande une réelle implication, il faut prendre sur soi et se dire que ce qui semble ici tarabiscoté trouvera sûrement une explication à la fin. Les visions de l’héroïne sont-elles des flashbacks, des images d’événements qui vont se produire par la suite, un simple effet de son imagination ? Autant de questions qui nous assaillent et qui nous mettent mal à l’aise car on n’arrive pas toujours à faire le lien et à trouver ça logique. Pourtant, si on fait bien attention à certains détails, la révélation finale nous apparaîtra (presque) comme une évidence, même si un temps de réflexion sera nécessaire pour se remémorer certaines scènes, certains indices qui font prendre tout son intérêt au film et font que celui-ci est somme toute bien logique par rapport au point de vue adopté par le scénario.

**** SPOILERS CONCERNANT LE FINAL****

A NE LIRE QUE SI VOUS AVEZ VU LE FILM

La scène finale du film est assez complexe si on n’a pas suivi le déroulement de l’histoire avec intérêt. Notamment quand la mère de l’héroïne lui dit qu’elle n’est pas sa mère et que le personnage de Claire devient celui de Duke. Que se passe-t-il ?? Notre cerveau se met en ébullition, essayant de comprendre ce qu’on est en train de voir à l’écran.
En fait, le talent des réalisateurs est d’avoir réussi à nous faire croire qu’on vivait l’histoire à travers Claire. Hors, à de nombreuses reprises, on nous donne certains indices qui éclairent la scène finale. Le prêtre rencontré par Claire lui dit que Duke est bel et bien mort, et qu’il vit désormais en Enfer. Le policier affirme avoir bel et bien tué Duke, nous avons d’ailleurs la vision de ce passage dans le film. Pourquoi donc Claire se transforme-t-elle en Duke à la fin ? Tout simplement parce que nous suivons l’histoire par rapport à l’âme de Duke ! Celle-ci est en effet en Enfer et son châtiment est de revivre les atrocités que son enveloppe corporelle à fait subir à ses victimes, notamment à Claire. Tel Sisyphe qui pousse inlassablement une pierre, l’âme de Duke doit revivre inlassablement les souffrances vécues par ses victimes. Telle est sa punition céleste ou plutôt infernale. Il y a d’ailleurs une image au milieu du film qui donnait la solution, c’est celle où Claire prend sa douche et lorsqu’elle se dirige vers le miroir tout embué, on distingue que son reflet est celui de Duke et non pas celui d’une jeune fille brune.
"Gruesome" est donc un film traitant de la vie qu’ont les âmes impures ayant été envoyées en Enfer pour expier leurs péchés. En mettant ces âmes dans la peau de leurs victimes et en leur faisant subir le même destin tragique, elles ressentent par la même occasion les souffrances, les cris et la peur qu’elles ont occasionnés. Le personnage de la mère peut d’ailleurs être vu comme celui d’un démon jouant avec l’âme de Duke. Dans cette même scène finale, on voit derrière le "faux" Duke des ombres de personnes apparaîtrent, sûrement les âmes d’autres victimes du tueur en série venues savourer le châtiment qu’il va subir.

****FIN SPOILERS****


"Gruesome" s’avère définitivement très intéressant et derrière un scénario qui peut apparaître un brin confus, se cache une très bonne idée, mise en scène avec brio par Josh et Jeff Crook. N’hésitez pas à découvrir ce film digne d’intérêt, qui bénéficie en outre d’une excellente partition musicale, qui saura vous mettre en situation de stress lors de certaines séquences riches en émotions fortes. Sélectionné au Festival de Sundance en 2006, "Gruesome" saura convaincre les spectateurs qui aiment qu’on les fasse réfléchir et participer, ce que fait le film sans difficulté ! Bien sûr, le film n’est pas exempt de petits défauts, comme un rythme un peu lent parfois, mais ces défauts apparaîtront bien mineurs par rapport à la richesse de la thématique proposée.









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