RDV SUR FACEBOOK



CONNEXION



Votre note: -
Moyenne: 2.4
(3 votes)
Près de dix années après une vague de disparitions non élucidées dans une zone rurale en Pennsylvannie, Marylin oblige son petit ami Julian à réaliser un vol dans une banque afin de les aider à payer leurs dettes. Ce larcin est organisé par Max son ex-taulard de frère et Kurt, un ami. Mais comme on pouvait s'y attendre, ça tourne mal. Bilan des courses : un mort et le reste de l’équipe de malfrats en herbe est obligé de se cacher dans une maison abandonnée où ils avaient convenu un rendez-vous. Entre temps, l’imprévisible Kurt a pris en otages Samantha et sa jeune fille Courtney. Malheureusement pour tous les intéressés, le refuge en question se trouve à côté d'un abattoir vide où un tueur en série psychologiquement perturbé, lui-même victime d'enlèvement dix ans plus tôt, réside…



Pour la petite histoire, Malevolence (que l’on traduirait par « malveillance » dans la langue de Shakespeare) est un petit slasher au budget de 200 000$ jamais sorti au cinéma mais ayant fait parler de lui dans les festivals où il a acquis une certaine notoriété et remporté quelques distinctions comme par exemple le prix du meilleur long métrage au New York City Horror Festival en 2003 où il était présenté en avant-première. Malevolence c’est aussi la séquelle de "Bereavement", un film sorti après, mais surtout un très bon slasher renouvelant le genre avec un fort accent de "Massacre à la tronçonneuse" question ambiance et grain de pellicule. Malevolence c’est enfin le premier opus d’une trilogie conçue de A à Z par Stevan Mena, un amoureux du cinéma des Carpenter et autres Hooper, qui endosse plusieurs casquettes sur les tournages puisqu’il est à la fois producteur, réalisateur, scénariste, compositeur et… figurant, dans son œuvre séminale tout du moins. Si ça, ce n’est pas du dévouement ma bonne dame ! Toutefois, ce film est-il aussi bon que sa préquelle ?



Pour commencer, Malevolence présente un scénario de base voyant quatre criminels en fuite se retrouver dans une maison perdue au milieu de la forêt avec deux otages et qui tombent sur quelque chose de bien plus dangereux que les forces de l’ordre à leurs trousses. Ca ne vous rappelle rien ? Il faut dire que les origines de ce type de script remontent à loin. C’est en effet avec "Psychose" d'Alfred Hitchcock en 1960 que l’on rencontre pour la première fois ce genre d’arc narratif repris notamment plus tard par Tarantino en 1996 avec "Une nuit en enfer" ou encore par Alex Turner en 2004 avec "Dead Birds". Pourtant, et contrairement à la plupart de ses prédécesseurs, Mena ne parvient pas à exploiter la disjonction générique dans ce genre d’intrigue. Alors que les films susmentionnés faisaient croire aux spectateurs qu'ils étaient simplement en train de regarder une sorte de « thriller hold-up », avant de se faufiler par derrière avec beaucoup plus de « matériel » horrible, Malevolence, au contraire, balance la mèche dès le début avec son prologue. On y voit, une décennie avant les événements principaux, un garçon être enlevé et forcé de regarder une femme liée se faisant massacrer dans un ancien abattoir par un serial killer sadique. Dans sa volonté d'établir une trame de fond, Mena a raté un truc ici, car après une ouverture comme ça, personne n'est susceptible d'être surpris que ces voleurs de banque incompétents se dirigent tout droit vers un piège mortel ! On pourrait également citer le huis clos comme autre fait scénaristique dommageable. En effet, la structure simple – six personnes et un tueur circonscrits dans un même lieu – paraît déjà vue et surtout hautement prévisible car on peut deviner quels sont les personnages qui vont mourir sur la base des choix moraux qu'ils ont faits et s'ils ont fait ou dit quelque chose de méchant à quelqu'un d'autre. De plus, dans ce type de métrages, les gens font des choses de plus en plus stupides, tandis que le boogeyman de service (ne parlant pas du tout) refuse tout simplement de mourir. Fondamentalement, on rencontre tous les clichés du genre en matière de slasher et je vous épargnerai les poncifs concernant la psychologie des protagonistes ! Ajoutons à cela des idées saugrenues laissant beaucoup à désirer (comme celle de nommer un perso Kurt et un autre Courtney, « ha ha ha » quelle poilade !) et des personnages plats (tous sont quasi ou presque incarnés par un casting amateur) qui se mélangent tous et n'ont pas de caractéristiques discernables et vous aurez un film plutôt ennuyeux. Mais bon, c’est peut-être là un signe des limites d'une production à petit budget, l'histoire n’est peut-être pas ce qui prime après tout…



Pourtant, pour beaucoup, Malevolence sera considéré comme un énième slasher banal qui a certaines idées certes, notamment en termes de tension (avec quelques apparitions soudaines du meurtrier), mais trop peu. Stevan Mena semble manquer de talent, et son film fera penser, par moments, à un conglomérat entre "Massacre à la tronçonneuse" (pour le tueur masqué hautement dérangé vivant dans un abattoir à l’aspect crasseux), "Halloween, la nuit des masques" (pour la partition musicale à base de synthétiseur), "Vendredi 13 chapitre 2 : le tueur du vendredi" (pour le masque mi toile de jute, mi taie d’oreiller porté par Jason). Cette sorte de familiarité était pourtant destinée à être un hommage au genre du slasher. Au lieu de cela, elle se transforme plutôt en une pâle imitation. Après tout, il y a tout de même un sacré pas à franchir entre l'apprentissage et la digestion de ses influences et se contenter de les répéter mécaniquement comme on enfile des perles !

Toutefois, on ne peut nier que Malevolence avec la photographie de Tsuyoshi Kimoto, est imprégné d’une ambiance glauque assez efficace et surtout que Stevan Mena au lieu de se contenter d’éléments comme l’humour juvénile potache et le sexe à gogo comme beaucoup de films actuels, essaie de se concentrer plus sur les éléments horrifiques et de tension, mais la mayonnaise ne prend pas, faute de fonds suffisants sûrement.



Malevolence n'est certainement pas terrible : le film a une réputation usurpée par rapport à tout le buzz l’entourant et vaut donc la plupart des directs-to-video qui sortent actuellement, c'est-à-dire que c’est regardable si on n’est pas trop exigeant en la matière mais vite oubliable. La faute à : un scénario convenu malgré une idée de départ plutôt bonne, des performances d’acteurs plutôt fades, des accords de musique parfois inquiétants mais semblant plagiés et surtout, une envie trop grande mais non canalisée de rendre hommage aux maîtres de l’horreur. Reste avant tout une photographie superbe malgré, on le répète, un budget des plus dérisoires. Mena, qui a écrit, réalisé, produit ce film montre malgré tout un amour profond pour le genre. Et ce qui est beau au final c’est qu’avec le temps il a acquis de l’expérience et de la maturité, après encore une incursion dans l’horreur en 2007 avec « Brutal massacre » et qu’il a réussi à faire un grand film de genre par la suite avec le superbe "Bereavement". Il ne faut donc jamais perdre espoir et surtout se dire qu’il fallait peut-être qu’il fasse ce film médiocre avant de réaliser un chef-d’œuvre. Mieux vaut ça que l’inverse !









Du même réalisateur :

BEREAVEMENT