RDV SUR FACEBOOK



CONNEXION



Réalisation
Art Doran

Scénariste
Art Doran

Date de sortie
2014

Genre
barbaque et tripailles

Tagline


Cast
Ulli Lommel
Thomas Goersch
Carina Palmer


Pays
Allemagne

Production


Musique
Art Doran

Effets spéciaux



Votre note: -
Moyenne: 4.8
(4 votes)
Dorian, la trentaine, découvre un jour qu’il est atteint d’un cancer du colon. Dans un premier temps, il se rend à l’hôpital pour tenter de se faire soigner mais devant la lourde opération à effectuer et le lieu angoissant, il se résigne et laisse la maladie le ronger, physiquement et mentalement...



Prix du jury au Sadique Master Festival, le film d’Art Doran n’est pas à mettre devant tous les yeux et mieux vaut avoir le cœur bien accroché ! Souvent comparé au très bon « Thanatomorphose » d’Eric Falardeau, « Carcinoma » a effectivement comme point commun de suivre une victime de maladie grave du début de sa dégénérescence jusqu’à sa mort, le tout sans concession mais là ou le métrage québécois restait enfermé dans l’appartement de son héroïne, celui de Doran nous amène vers différents endroits, tous plus glauques et anxiogènes les uns que les autres. Que ce soit l’hôpital, la déchèterie (lieu de travail du héros) ou l’appartement, tous mettent mal à l’aise. Et comme cela ne suffisait pas, Dorian va aussi se rendre dans des endroits encore plus sordides comme ce club gay sadomasochiste ou son meilleur ami l’emmènera. Si vous attendez du cinéma qu’il soit un divertissement, vous êtes au mauvais endroit. A l’inverse, si vous cherchez à vous confronter à des réalités insoutenables et à sortir de votre zone de confort, vous êtes au bon endroit.
De l’apparition de la maladie, Art Doran n’en dit pas beaucoup mais laisse quelques pistes.



Parfois grossières (les innombrables plans de pollution de la ville sont un peu too much), parfois plus subtiles (la tendance scatophile et sexuellement un peu trash de Dorian et de sa petite amie), les raisons sont multiples (d’ailleurs, peut-être est-ce juste apparu « comme ça ») et le spectateur se fera son propre avis. Au niveau de la représentation graphique par contre, le réalisateur ne cachera rien, bien au contraire, et avec un talent certain. En effet, la transformation physique et les symptômes de la maladie sont montrés de manière frontale et avec un réalisme saisissant. Pour l’anecdote, selon les organisateurs du Sadique Master Festival, Art Doran serait, « dans le civil », un chirurgien qui aurait donc une grande connaissance du milieu hospitalier et de tout ce qu’on peut y trouver comme plaies et autres amputations et aurait ainsi des facilités pour les créer au cinéma. On ne peut pas dire le contraire tant tout est réussi et criant de vérité. Le délabrement physique de Dorian, les différentes nécroses de son abdomen, tout est montré et le film arrive à impliquer son spectateur et à lui faire ressentir d’angoissants sentiments. Loin de procurer le moindre plaisir (ce qu’il ne cherche pas à faire, de toute façon), « Carcinoma » atteint l’objectif qu’il se fixe : montrer l’horreur de la maladie.



En plus de la décadence corporelle, Art Doran use d’autres méthodes très cinématographiques pour montrer l’invasion de la maladie dans le corps de Dorian et surtout la perte de ses repères et de sa santé mentale. D’abord à l’aide d’une photographie terne et d’un montage chronologiquement mélangé mais aussi avec une bande son étrange. De ce côté-là, on se satisfera pleinement des bruitages (dont l’apparition et surtout la disparition progressive et discrète permettent une immersion totale) mais un peu moins de la musique répétitive et souvent trop présente.


Réaliste dans ses effets mais très cinématographique dans sa mise en scène et poétique dans son approche, « Carcinoma » possède aussi diverses séquences qui font décrocher le spectateur du film à certains moments. En effet, même si l’on peut comprendre qu’un homme atteint d’un cancer du colon a des problèmes intestinaux, il n’était pas nécessaire d’insérer à plusieurs reprises des scènes de Dorian aux toilettes. Plutôt que d’accentuer le malaise, ces moments deviennent des running gags (preuve en sont les rires dans la salle du festival). Plus intéressante, la relation entre Dorian et le personnage d’église qu’il va rencontrer pour se confesser. Une relation qui, au fur et à mesure du film, va se désagréger et qui prend aux tripes tout comme celle du héros avec sa mère qui va s’occuper de son fils jusqu’à la fin, même dans les moments les plus terribles et les moins dignes.



Clairement, «Carcinoma » est un film sans concession dont on ressort le cœur serré et les trippes retournées. En effet, plus flippant qu’un boogeyman, qu’un alien ou qu’un fantôme car plus réel et plus proche de nous, la maladie est la source de malheur de Dorian et une épée de Damoclès au dessus de la tête de tout un chacun. On sort donc de la salle chamboulée et mal en point mais avec une envie de profiter du temps qui nous reste sur cette terre. Finalement, « Carcinoma » ne serait-il pas un « feel good movie » au processus inversé ?









Du même réalisateur :