Toujours prompt à vous faire découvrir de nouvelles choses, Horreur.com s'intéresse aujourd'hui à Antoine Saison, qui a créé son groupe ELVIN ROAD et qui nous a fait parvenir l'album "Intersections".
Quel rapport entre son groupe et un site de cinéma fantastique me direz-vous ? Simple, il vous suffira d'écouter cet album pour que le rapport vous saute aux yeux. Les 11 titres qui composent "Intersections" pourraient parfaitement être pris pour des "main title" d'oeuvres cinématographiques de genre. Mélangeant les influences et les styles, passant de l'électro à la pop ou au rock, mais en gardant toujours à l'esprit l'idée de cohésion, les 11 morceaux sont de nature variées et vous emmeneront dans des univers différents mais toujours intéressants, et dont ce sera à vous de "poser" des images dessus.
Et quand Antoine nous dit que son influence majeur reste la musique de John Carpenter, on comprend mieux pourquoi "Intersections" nous parle aussi bien...

Depuis quand existe Elvin Road ? Combien d'albums avez-vous déjà sortis ?
Elvin Road existe depuis que j'étudie et fais de la musique, c'est à dire depuis mes 9 ans mais le nom, l'entité Elvin Road, elle sévit officiellement depuis 2005.
En dehors des albums des groupes plus rock expérimental et fusion que j'avais créé ou rejoint à Lyon puis Paris, j'avais déjà composé un 1er album solo "Pictures on fire" dont Nightdrive ou encore Subcity sont issus mais il n'est jamais sorti. "Intersections" est donc le 1er album d'Elvin Road.

Peux-tu nous présenter les membres de la formation et leur rôle (Instrument)?
Il n'y a pas de membres à proprement dit car il n'y a pas réellement de line-up. Actuellement, je bosse sur mon prochain album avec un nouveau batteur, un nouveau chanteur, deux bassistes.... Seul Sébastien, mon guitariste solo et rythmique petruccien m'accompagne depuis le début, amitié lycéenne oblige. Je parlerai plutôt de guest mais loin de moi l'idée de me distancer d'eux, c'est simplement qu'il n'y a que 5 titres sur 11 enregistrés en acoustique avec eux et un seul à la compo. Mathieu Dugelay, le batteur sur Prophecy et Core vient de Venitia, groupe rock gothique. Il sortait de 6 mois d'enregistrement studio avec Paul Kendall, producteur de Depeche Mode, Cure et NIN, donc déjà bien rodé pour enchaîner ces 2 jours d'enregistrement et puis c'est un ami fidèle et très efficace en puissance. Lena au chant et écoutée avec délice à Maubert à la fête de la musique à Paris, vient du groupe electro indus Jabberwock dont le nouvel album sort en septembre. Victor et Antoine du groupe Pilot (au prochain furia sound festival), au mix et mastering, sont considérés aussi comme musiciens sur cet album tant la collaboration a été étroite et variée (trompette, FX, montage..). J'en oublie mais tous ont apporté leur toucher, leur recul et leur sensibilité. On vient tous de groupes au genre hybride et on a en commun le goût pour l'éclectisme et le rock bien senti. La rencontre de ces talents venus de différentes contrées constitue la genèse en partie du style de l'album ; de ces "Intersections", de ces croisements de talents naît un mix, une richesse, un style unique car imprévu. En tout cas, pour tous, c'était un challenge, une aventure, et pour moi, c'est une méthode de travail et ma manière de prendre sérieusement mon pied.

Qu'est-ce qui t'a décidé à créer Elvin Road et quel but t'étais-tu fixé quant à son genre musical ?
Les faux plans et formations stériles ou peu fiables m'ont lassé en 10 ans et on n'est jamais aussi bien servi que par ses rêves. Pour le genre, difficile de te répondre... je ne réfléchis jamais au style que je vais jouer, c'est instinctif donc je joue, c'est tout ! Je suis quasi aussi cinéphile que mélomane ! D'où le côté B.O. sous influence rock sur "Intersections". C'est vrai que ce mix stylé Série B / rock hybride excepté peut-être les sublimes Mister Bungle ou Naked city, j'ai pas encore trouvé de frère et je ne parle pas de pop visuelle éthérée comme Air, Archive, My album leaf ou Moby. Mais tu verras, si t'écoutes le prochain album, que rien n'est figé ou charté. Tant que ça intrigue, ça émeut ou ça avoine...

On ressent l'influence des musiques de John Carpenter dans cet album. Est-ce un compositeur qui t'influence et que tu apprécies ? Pourquoi, qu'apporte-t-il d'après toi à la musique de films ?
Il est le maître de l'efficacité mélodique et atmosphérique comme du fantastique old school, dans le meilleur sens du terme. Le minimalisme moderne lui doit beaucoup. Les sons, la structure, tout est posé et si parfaitement habité. Y a qu'à regarder toute la vague electro hype actuelle, tout le monde s'en inspire mais peu le remercient. Normal qu'il m'ait influencé, j'aurai été triste d'être passé à côté. The Thing, Halloween et Ghost of mars sont de purs bijoux d'inventivité et d'intégrité artistiques, cheap ou pas. Il faut bien s'en décoller mais un tel niveau, ça motive, ça donne envie de jouer des ambiances, "riffer" des scènes.

D'ailleurs, quels sont les principales influences d'Elvin Road ?
Je ne vais pas citer le 1/4 sinon on devrait abattre une forêt si c'était imprimé.
Côté musique, le maître précédemment cité, David Lynch pour l'élégance et la violence du choc des registres, Tarantino pour sa richesse éclairée et Michael Mann pour son style nocturne et urbain "si classe"... En musique, les grands classiques du rock traditionnel, Mike Patton, Trent Renzor, John Zorn, King Crinsom, Jan Hammer, Depeche Mode, pas mal de metal crossover comme Filter, American Head Charge, Helmet ou Senser, le free jazz, la musique contemporaine et avant tout, les BO des 50's à aujourd'hui.

A l'écoute de l'album, on a l'impression que chaque morceau est pensé comme une sorte de "main title" d'un film. Il y a une vraie recherche, une vraie cohésion. Est-ce un effet que tu recherchais ?
L'effet, c'était d'avoir le maximum d'univers et d'impressions, donc 11 si possible.
Perso, je trouve assez frustrant d'avoir seulement un ou deux thèmes dans une BO et plus généralement, un vrai bon album, c'est 100% de titres réussis. Je ne voulais pas faire de l'habillage entre deux beaux titres ou encore déclinés à merci, comme il existe parfois. Je ne dis pas non plus que mes 11 titres sont beaux, attention ! Les musiciens et moi avons tout pour qu'ils soient des compositions à part entière et qu'un morceau n'ait pas à rougir de l'autre. Par respect de soi déjà et des auditeurs.

Niveau musical, l'album n'a pas qu'un "style" mais baigne dans l'electro, la pop, le rock gothique... Tu aimes le mélange des genres ?
Là non plus, je ne me pose pas vraiment la question. On trouve un bon riff et hop ! Une belle nappe ou une voix fantomatique arrivent. Si ça fonctionne, pourquoi s'en priver ? Je ne pense pas qu'il faut figer ou trop dogmatiser la musique, c'est comme pour une langue, ce serait peu salutaire. Qui oserait dire aujourd'hui que Zappa s'est trompé ou qu'Eastwood est un naze ?

Comment composes-tu les morceaux ? Tu regardes les films que tu aimes et tu essayes d'apporter ta vision musicale aux images ? Tu peux nous décrire un peu la création d'un morceau ?
J'appuie sur une touche et ça vient ou ça ne vient pas. Le temps passe et si la mélodie ou son esquisse reste, c'est qu'elle mérite d'être bossée voire partagée avec d'autres musiciens. Les films m'influencent certainement mais c'est l'humeur de l'instant, le contexte qui inspirent. Les bœufs et périodes solitaires ou introspectives, ça a du bon aussi pour la composition.

Quels sont les BO de films que tu vénères et pourquoi ?
J'en citerai 10 spontanément sinon on ne va pas s'en sortir : D.O.A. de Chaz Jankel (Mort à l'arrivée de 1988), Twin Peaks, Thelma & Louise, Lost Highway, Ghost of mars, Gattaca, Miami Vice, Magnolia, Peggy Sue got maried, Jesus Christ super star & Manhunter. Tu vois, ça fait onze.

Idem niveau cinéma, quels sont tes goûts principaux, tes films de chevet ?
Forcément, ça se croise : Mare al dentro, Le cercle des poètes disparus, Hidden, Les dents de la mer, Police Federal Los Angeles, Mulholland Drive, DOA, Reservoir dogs, Play Misty for me, The Party, Aliens, Evil Dead et les meilleurs Carpenter, Allen et Mann.

Ton rêve, ce serait de composer la musique intégrale d'un film ? Tu as déjà reçu des propositions dans ce domaine ?
Composer un score oui bien sûr, si l'univers du réal et du mien ont des choses à partager. Des propositions sérieuses qui aboutissent ? Pas encore, si je reste en France.

Si justement ce rêve se réalisait et qu'on te laisse le choix de choisir le réalisateur pour lequel tu travaillerais, tu choisirais qui et pourquoi ?
Mann ou Carpenter ex aequo.
Je connais bien leurs territoires et leurs frontières comme si j'y étais né. Leurs amis aussi. Et comme on n’est jamais aussi bon inspiré quand on se sent chez soi... Je suis sûr que Nightdrive et For John raviraient les oreilles et BO des deux concernés.

Si tu devais donner envie aux lecteurs d'Horreur.com de découvrir ton univers et Elvin Road, que leur dirais-tu ?
"When rock & films fuck together..."

Tu as un Myspace ou un site sur lequel on peut venir découvrir Elvin Road ?
http://ww.myspace.com/elvinroad , sur itunes également sinon dans les Cinélive ou L'écran Fantastique de mars.

Que peux-t-on te souhaiter pour le futur ?
Cf question 12.
MERCI A ANTOINE ET BONNE CONTINUATION !
Stéphane ERBISTI