James Watkins a frappé fort avec son premier long-métrage "Eden Lake". Un film coup de poing que j'ai véritablement pris en pleine face, marqué par le jeu excellent de l'ensemble du casting et surtout par le nihilisme du film et son final glacial.
Ayant l'opportunité de questionner James Watkins, j'ai saisi l'occasion et vous livre aujourd'hui cet interview.
Bonne lecture.
Stéphane Erbisti

Bonjour James. Vous êtes anglais. Est-ce la montée de la criminalité chez les adolescents dans votre pays et le projet "Respect" mené par Tony Blair en 2006 qui vous a donné l’idée d’Eden Lake ? Vous-même, avez-vous déjà été confronté à cette violence adolescente ?
Il n’y a pas eu d’événement ou d’inspiration particuliers. Je pense que j’avais simplement conscience de ce fossé intergénérationnel – un baril de poudre duquel il ne restait plus qu’à allumer la mèche.

Kelly Reilly est absolument époustouflante dans votre film. Le choix de cette actrice était-il prédéfini dans votre esprit ou l’avez-vous choisi lors d’un casting traditionnel ?
J’avais Kelly en tête depuis le départ. Je suis avide d’acteurs talentueux et Kelly est pour moi l’une des meilleures.

Le personnage de Jenny est au antipode d’un personnage comme "Ellen Ripley". Jenny est juste un petit bout de femme qui va vivre un vrai calvaire. Elle est humaine, touchante. Tout le monde s’attend à ce qu’elle "se transforme" en Bruce Willis (et le VOUDRAIT !) pour flanquer une bonne raclée aux voyous et ça n’arrive quasiment jamais. Pourquoi ce choix ? Pour rendre votre film encore plus crédible ?
Je ne voulais pas qu’elle se transforme en ellen ripley ou Sarah Connor. C’était important pour moi qu’elle reste une simple institutrice. Elle essaie d’être une combattante, mais dès qu’elle est confrontée au meurtre, elle n’en retire aucun triomphe. C’est tragique.

J’ai trouvé que la violence dans votre film n’était jamais gratuite, hormis la scène du clou dans le pied, scène qui fait partie de ce qu’on appelle "les ficelles du genre". Que vous apportez cette scène par rapport à l’héroïne ?
Pour moi cette scène renforce la fatalité : même le paysage est contre elle. Du point de vue du personnage, l’agonie est doublée car elle sait qu’à chaque seconde perdue, Steve se rapproche un peu plus de la mort…

La genèse d’Eden Lake passe par deux court-métrages qui ont abouti au film. Pouvez-vous nous parler de ces deux courts-métrages ?
Tout d’abord, ils nous ont servis d’outils de travail, nous permettant de peaufiner les idées développées dans le scénario, de voir comment elles passaient de l'écriture à l’écran. Mais c’était également une superbe opportunité de diminuer mon rôle de réalisateur dans une équipe. Enfin ils ont été d’un immense secours pour trouver des financements : quand tu montres un script à un financier et qu’il l’aime, la première chose qu’il demande c’est : "Super ! Qui va le réaliser ?" Le producteur tousse et répond : "C’est le scénariste." Long silence, grimace de douleur...
Là nous avons pu lui tendre un DVD et lui dire : "Tenez, regardez-çà !"

Vous avez dit que la référence principale d’Eden Lake était le film français "
HAUTE TENSION" d’Alexandre Aja. Pourtant les deux films sont très différents. En quoi ce film vous a t’il inspiré ?
Principalement du point de vue de l’utilisation de la caméra dans l’esthétique du film ; ces deux films ont la même ambition : faire un film qui semble avoir coûté bien plus cher qu’en réalité. Et une grande utilisation de la caméra fixe…

Si on cite également comme référence le "
Délivrance" de John Boorman pour le côté "forestier", vous êtes d’accord ? Quels autres films vous ont influencé ? "
Les Chiens de Paille" par exemple ? La fin du film m’a fait penser à "
La Dernière Maison sur la Gauche" mais en situation inversée, avec Jenny qui se retrouve dans la maison de son bourreau. Aviez-vous pensé à ce film lors de l’écriture du final d’Eden lake ?
Il est clair que Chris Ross et moi avons utilisé le cinéma des 70's comme modèle pour le rendue du film. En ce qui concerne l’histoire à proprement parlée, je voulais une vraie scène de survie dans les bois tout en la modernisant dans la manière de filmer.

Avez-vous eu carte blanche concernant les scènes de violence, vous avez filmé vraiment tout ce que vous vouliez montrer à l’écran ? Combien de temps a duré le tournage ?
Le tournage a duré 35 jours. On n’a pas chaumé ! En fait on s’est retenue sur beaucoup de scènes violentes – à la fois au niveau du son et de l’image – pour moi c’est souvent plus puissant quand on ne voit pas la scène. D’où la fin du film...
Je voulais montrer la violence telle qu’elle est : écœurante, indécente, inquiétante, et avec ses conséquences. Ce n’était pas juste histoire de titiller.

Quand on voit pour la première fois le père de Brett, on comprend de suite pourquoi il a cette violence en lui. Votre film nous dit "que les parents ont les enfants qu’ils méritent". Vous pensez que les parents sont toujours responsables de ce que deviennent leurs enfants ?
Pour moi, c’est plus complexe que ça. Il y a la pression sociale aussi. Et Jenny et Steve, le couple de classe moyenne, sont loin d’être parfaits – quelque peu condescendants dans leur manière de regarder les enfants. Mais je voulais montrer comment la violence engendre la violence.

Personnellement, quand le père de Brett emmène Jenny dans les WC à la fin et qu’on entend seulement ses cris, ça m’a réellement mis un coup de poing dans l’estomac. C’est peut-être la pire fin que j’ai jamais vu car je ne m’y attendais pas. Même des films comme "
Funny Games" ne m’ont pas touché autant émotionnellement. C’est vraiment terrible comme fin, vous le savez ça ? (Et la performance d’actrice de Kelly Reilly y est pour beaucoup). Aviez-vous envisagé une fin plus heureuse ou est-ce la seule qui soit crédible pour vous ?
C’était la seule fin possible. Je ne pouvais pas l’imaginer sortir un Uzi de sous sa robe. Je ne voulais pas faire "Un Justicier dans la Ville".

Comment se comportaient les jeunes acteurs de la bande de voyous sur le tournage ? Ont-ils été choqué par ce que vous leur demandiez de faire à ce pauvre Steve, vous ont-ils posé des questions sur le pourquoi de cette violence chez les adolescents ?
Ils se sont beaucoup amusés. Quand vous avez 70 personnes sur le tournage et les maquilleurs qui distribuent du sang, ça n’a pas l’air aussi choquant que vous pensez. Avec du matériel gore on se marre bien en fait. Les enfants n’arrêtaient pas de faire des farces au gens de l’équipe en faisant des trous dans leurs tasses...

Un futur projet en tant que réalisateur ?
J’espère bien faire un film de fantôme d’un nouveau genre la prochaine fois – quelque chose de tendre et de terrifiant à la fois !

Un petit mot pour les fans français de votre film ?
S’il vous plaît, venez voir mon prochain film !
MERCI A JAMES WATKINS D'AVOIR PRIS UN PEU DE TEMPS POUR REPONDRE A CET INTERVIEW !
MERCI A ALEXANDRA MARTIN POUR LA TRADUCTION DES QUESTIONS ET DES REPONSES !
MERCI A STEPHANIE LAROQUE D'AVOIR RENDU POSSIBLE CET INTERVIEW !