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DAHAN Yannick

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Yannick Dahan, les lecteurs de Mad Movies le connaisse bien, il en va de même pour les abonnés à la chaîne Ciné Frissons puisque ce dernier animait avec fougue et panache une émission dans laquelle il nous présentait films et dvds, se laissant aller à des proses inquisitrices ou dithyrambiques suivant les oeuvres présentées. En tout cas, qu'on soit d'accord ou non avec ses avis, il y a bien une chose qu'on ne peut pas enlever à Yannick, c'est son amour du cinéma de genre.

Normal donc que ce jeune homme passe un jour derrière la caméra pour nous livrer...un film de genre bien sur ! Son projet sera baptisé LA HORDE, film qu'il co-réalisera avec Benjamin Rocher. Actuellement en post-production, nous avons pu interviewer ces deux réalisateurs au sujet de leur film, fort attendu par les fans et qui sortira dans le courant de l'année 2009 !

Bonjour à tous les deux. Yannick, qu'est-ce qui t'a donné l'envie de passer derrière la caméra ?

YANNICK DAHAN :
D’abord, tu as le fantasme de mioche qui te fait dire dans un coin de ta tête que c’est le métier que tu veux faire. Mais tu n’as aucune conscience des réalités. Donc, à l’origine, c’est les 10 commandements et Il était une fois dans l’ouest, les premiers films que mes parents m’ont emmené voir au cinoche, qui m’ont donné la passion du septième art. Puis, gamin, j’ai été élevé à Star Wars, Conan, Indiana Jones etc. Et là, j’ai su que c’était le métier que je voulais faire, sans forcément m’imaginer réalisateur. Puis tu grandis, tu te prends des réalités dans la gueule et la suite est une affaire de confiance en soi et de rencontres. C’est en bossant sur opération frisson, en parlant de jeunes réals, en voyant des journalistes passer derrière la camera, et surtout en rencontrant les frères Rocher que le fantasme s’est petit à petit transformé en réalité. Donc, dans mon cas, ça a été un long processus, et pas la décision d’un jour. Passer le cap de la réalisation, c’est la conjugaison d’un nombre hallucinants de facteurs hasardeux : de la passion, de la chance, de l’inconscience, des rencontres, des opportunités, des contacts etc.
Pour Benjamin, faudra lui poser la question...

BENJAMIN ROCHER :
J'ai toujours eu envie de raconter des histoires de façon visuelle. Avant de savoir écrire, je fabriquais des blipbooks, à 7 ans je construisais un théâtre d'ombres chinoises pour faire des représentations aux copains. Après avoir essayé de faire de la BD, des petits films d'animation rudimentaires, je réalise mon premier court métrage en 3D en 1997. En 2000, j'en fais un deuxième mélangeant prises de vue réelles et images de synthèse, tout en commençant à réaliser pour différentes boîtes de prod. L'envie a donc toujours été là, même si la chance de pouvoir la concrétiser est, comme, dit Yannick, dépendante d'un nombre hallucinant de facteurs.

Qui a eu l'idée du scénario de LA HORDE ?

YANNICK DAHAN :
Ça été un vrai travail collectif, né d’une opportunité. Canal + lançait sa collection French Frayeurs et, connaissant le discours d’opération frisson et les talents des frères Rocher, son responsable Manuel Alduy nous a suggéré de nous lancer dans la préparation d’un film à petit budget qui pouvait correspondre à ses attentes. Benjamin et moi travaillions déjà sur le synopsis d’un autre film, mais le budget nécessaire était trop important pour un premier film. Donc on a gambergé sur quelque chose de plus modeste, qui pouvait se dérouler dans un lieu unique et qui soit fantastique, ce qui était l’exigence de Canal. Et un jour j’ai juste dit à Raphaël Rocher que ce serait sympa de prendre la logique d’une Nuit en Enfer, à savoir un genre qui glisse brutalement vers un autre, mais de le traiter sérieusement. Ensuite, Benjamin et moi, de par nos goûts partagés, sommes tombés d’accord sur deux genres à mixer : le polar urbain très seventies, et le film de zombies. Bon, ça c’était l’intention de base. Entre le tournage et les différentes versions du scénario, cette logique a beaucoup évolué et le film ne correspondra pas stricto sensu à cette idée de départ.

D'ailleurs, ça parle de quoi LA HORDE ?

YANNICK DAHAN :
On voulait partir d’une structure codée, très simple, voire caricaturale et essayer de l’enrichir de l’intérieur. Donc le pitch est assez basique. On suit quatre flics violents, borderline, meurtris par la mort de l’un des leurs. Dés le début du film, ils cherchent à se venger et découvrent où se cachent les meurtriers, deux trafiquants nigérians planqués en haut d’une tour HLM dans une cité à l’abandon. Mais leur face à face ne se produit pas comme prévu. Alors que leur confrontation est à son paroxysme, le chaos s’empare soudainement de l’immeuble. Flics et gangsters devront gérer leur conflit pour réussir à survivre et à s’échapper d’une tour infestée de créatures sanguinaires. Bref, un petit survival pour toute la famille^^


Pourquoi deux réalisateurs ? Qui fait quoi ?

YANNICK DAHAN :
Ben deux réalisateurs parce que le projet s’est monté comme ça suite à l’opportunité offerte par Canal. Benjamin, Raphaël et moi avons décidé de monter une boite de prod. pour financer le film. Raphaël étant plus producteur dans l’âme que nous, Benjamin et moi avons partagé l’écriture et la réalisation. Au stade du scénar, on a demandé à Arnaud Bordas et Stéphane Moissakis de nous filer un coup de main afin d’avoir plusieurs points de vue. Quant à la réalisation, Benjamin et moi l’avons assumée en duo, sans que chacun soit cantonné dans un rôle précis.

BENJAMIN ROCHER :
Il faut aussi avouer que, pour un premier film, LA HORDE est un projet énorme ! Etre deux nous a permis de gagner beaucoup de temps (que nous n'avions pas de toute façon ^^).

Vous êtes fans de films de zombies tous les deux ? Qu'aimez-vous chez ces créatures ? Quels sont les films que vous préférez dans cette catégorie ? Ceux qui vous ont influencé pour LA HORDE (tous genres confondus) ?

YANNICK DAHAN :
Personnellement oui, j’ai toujours été fasciné par les zombies. Pour moi, ce sont les créatures les plus terrifiantes qui existent dans l’imaginaire collectif car elles touchent à notre plus grande flippe : celle de la mort. Et le concept du film de zombies, les morts qui reviennent pour dévorer les vivants, outre son symbolisme évident, a quelque chose d’organique, de charnel, de viscéral, qui interpelle nos peurs les plus profondes. Donc je suis forcément admiratif de zombie et du jour des morts-vivants. Mais nous ne cherchions pas à aller dans ce sens. Mon film de "zombies" préféré reste 28 semaines plus tard, parce qu’il utilise le concept de zombies sans complaisance, à des fins avant tout existentialistes. Quant aux autres références qui nous animent, il y en a sans doute des tonnes, mais on ne pourra pas te donner un film en particulier qui aurait influencé la horde. Benjamin et moi sommes de gros cinéphages. On bouffe beaucoup de films, donc je pense que la horde sera un maelstrom de références digérées. Mais ce n’est pas à nous de dire lesquelles. On n’en a pas toujours conscience. 



Où s'est déroulé le tournage du film et en combien de jours ?

YANNICK DAHAN :
Qui dit petit budget, dit temps de tournage très limité. Donc, nous n’avons eu que 33 jours, autant dire pas grand-chose. Mais on a fait au mieux pour exploiter ce temps précieux. Le tournage s’est déroulé essentiellement à Clichy sous Bois, dans le quartier de la Forestière pour les extérieurs et le reste à L’île St Denis, dans un ancien entrepôt des galeries Lafayette, où nous avons construit les intérieurs.

A quoi peut-on s'attendre niveau "gore" ?

YANNICK DAHAN :
Alors autant mettre un terme au fantasme de tous ceux qui attendent un film sanguinolent. Benjamin et moi sommes fans de films d’horreur mais en tant que réals, le gore n’est pas dans notre nature. On ne voulait pas de gros plans sur des tripes ou des mutilations. On adore voir ça au cinoche mais on n’a pas envie de le faire. C’est pas notre truc^^ Donc la Horde sera un film violent mais pas gore. Il y aura du sang, quelques effets gore mais ils seront brefs et on ne s’attardera pas dessus.



Vous êtes en plein dans la Post-prod. Êtes-vous satisfaits de ce qui a été filmé ? Ça correspond à ce que vous imaginiez ?

YANNICK DAHAN :
On commence le montage oui. Et on compose avec ce qu’on a pu tourner. Mais dés le tournage, on a pris conscience de plein de réalités et il est évident qu’on a pas pu tourner les choses systématiquement comme nous le voulions, ce qui est normal sur un premier film où on veut en faire trop sans en avoir les moyens^^. Sur certaines scènes il a fallu aller vite, donc faire plus simple. Nous avons dû parfois sacrifier certains effets gore justement, parfois des scènes ou des éléments d’action, par manque de temps. Donc au montage, il y a des scènes qui fonctionnent super bien et d’autres moins. C’est à nous de recomposer le film, manipuler son rythme, virer ce qui n’est pas bon etc. pour fabriquer une œuvre qui se tienne. Pour l’instant, on est plutôt satisfait de ce qu’on arrive à faire, parfois avec peu d’éléments^^ Mais on vient de comprendre une réalité commune à tous les films : le résultat ne correspond JAMAIS à ce que tu avais imaginé, parce que trop de paramètres interfèrent entre le fantasme de l’écriture et la réalité du tournage. Pour te donner une idée, nous avons eu 12 versions de scripts différentes, les dernières étant beaucoup plus resserrées. Et au montage, tout change aussi. On pensait avoir tourné un film sombre, glauque, désenchanté. Et pourtant on est en train de se rendre compte que le film est plus léger que ça, plus fun, plus comics-book qu’on l’imaginait. Comme quoi…^^

BENJAMIN ROCHER :
On est au milieu du montage, tout peut encore changer. Le vrai challenge est de réussir à prendre du recul à chaque étape (scénario, tournage, montage, etc.) et de faire au mieux avec ce que tu as, même si ce n'est pas ce que tu avais imaginé au départ ! Si tu t'accroches aveuglément à ton fantasme premier, t'es mort !

Apparemment, votre annonce pour recruter des figurants pour jouer les zombies a marché du tonnerre. Vous vous attendiez à un tel engouement ?

YANNICK DAHAN :
Franchement non. On a tenté le tout pour le tout et le résultat a été extraordinaire. On s’attendait à 200 ou 300 réponses et plus de 3000 milles personnes ont répondu à l’appel, et de toute la France. Certains se sont même donnés un mal fou pour venir à Paris, se loger, endurer tout le tournage etc. Et les scènes qui les impliquent ont clairement été les plus jouissives à tourner. Ces gens étaient motivés, disponibles, souriants et généreux. De vrais geeks là uniquement pour la passion du genre. C’est grâce à eux que La Horde a pu se faire. On ne les remerciera jamais assez !

Le tournage fut-il éprouvant, y a-t-il eu des moments de stress, de tensions auxquels vous ne vous étiez pas préparés ?

YANNICK DAHAN :
Oui, ça a été très difficile pour toute l’équipe. Nous n’avions pas assez de temps, pas assez d’argent et ça a été une source de frustration permanente. Je remercie d’ailleurs l’équipe d’avoir été si impliquée et si patiente dans de telles conditions. On a eu bien sûr de très beaux moments mais bon, faut bien comprendre que c’est un premier film, réalisé par beaucoup de gens dont c’était la première expérience Il y avait donc un fossé entre nos attentes et la réalité. C’est ce fossé là qui a été difficile à gérer. Mais je pense en même temps que ce fut une expérience et un apprentissage phénoménaux. Un trip hardcore mais que Benjamin et moi n’oublierons jamais. C’est dans la douleur qu’on est créatif. Et c’est la douleur qui nous fait grandir…

Le film de genre en France n'a jamais connu de réel âge d'or hormis dans les années 40. Que pensez-vous des nouveaux talents français (Alexandre Aja, Xavier Gens, Alexandre Bustillo, Pascal Laugier...), de leurs films et pourquoi d'après vous il n' y a pas d'histoire d'amour entre la France et le cinéma fantastique, comme il a pu y en avoir une en Angleterre (Hammer films) ou aux USA (Universal et autres), alors que nous sommes quand même le pays qui a inventé le cinéma fantastique avec Méliès ?

YANNICK DAHAN :
Que te dire ? C’est un débat sans fin dans lequel je m’implique depuis des années. Il y a mille paramètres qui entrent en jeu : le manque de financement, la frilosité des distributeurs et des exploitants, la peur des chaînes télé, le manque d’aide publique, la condescendance des industriels du milieu, l’incompétence de certains producteurs et artisans du genre etc. Oui, il y a un vrai problème mais ce sont des initiatives comme celles d’Aja, de Bustillo et Maury avec La Fabrique de Films, de Xavier Gens ou de Pascal Laugier qui font petit à petit avancer les choses. On a compris qu’on ne peut compter sur personne, donc il faut qu’on se démerde seul, avec des financements très restreints. C’est frustrant pour nous comme pour le public, qui ne retrouve jamais la facture d’un film d’horreur américain. Mais il faut persévérer. Un jour, un film fantastique Français sera suffisamment fédérateur pour inverser la tendance. Enfin, je l’espère.



A votre avis, qu'est-ce qui différencie votre film des autres films de genre made in France ? Quel était votre but en vous lançant dans cette aventure ?

YANNICK DAHAN :
C’est trop tôt pour répondre à cette question de façon définitive. Mais une chose est évidente : on ne voulait pas repousser les limites du gore, de la violence et de la souffrance. Martyrs, Frontières, à l’intérieur ou Haute tension sont des œuvres très intenses, très sombres, très violentes tant graphiquement que psychologiquement et c‘est pour ça qu‘elles sont marquantes. Nous, on voulait avant tout faire un film fun, un "ride" délirant où l’action, l’humour et des persos "bigger than life" priment sur un quelconque trauma. C’est à vous de nous dire si le film correspondra à ça, mais dans l’idée, je pense qu’on se situe juste dans un autre genre, plus orienté sur l’action.

Quand pourrons-nous voir LA HORDE sur les écrans français ?

YANNICK DAHAN :
On ne connait pas encore la date de sortie. Le film devrait être fini pour Juin si tout va bien. Après, c’est le distributeur qui décide l’été ou l’automne, je ne sais pas, mais le film sortira en 2009 normalement.

MERCI A YANNICK ET BENJAMIN POUR LEUR DISPONIBILITÉ

Plus de news sur LA HORDE :
http://yannickdahan.oldiblog.com/

Interview réalisé par Stéphane Erbisti



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  avis de Gama08
Super interview. En tant que zombie "hordesque", ça fait du bien de retrouver la passion et la bonne humeur qui planaient sur le tournage à travers les réponses de Yannick et Benjamin. J'ai pris un pied monumental à faire le zombie pendant deux jours et je crois que j'en prendrais un encore plus grand à voir le film...
Vivement !!!


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