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MARC Pascal

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Il y a peu de temps, David Maurice vous a présenté le court-métrage "Loin de Tout", réalisé par Pascal Marc.

Comme on aime vous faire découvrir de nouveaux talents, Horreur.com vous propose de mettre en avant ce réalisateur et vous livre un interview qui vous en apprendra plus sur "Loin de tout" et sur Pascal Marc...

Tout d’abord peux-tu te présenter auprès de nos chers internautes?

Je suis Pascal, de mon prénom. Et marc de mon nom. Sinon à part ça je suis "réalisateur", enfin pour l'instant c'est un bien grand mot. En gros pour le moment j'aspire à vivre de mes réalisations !

Dans bon nombre d’interviews à ton sujet, tu te dis autodidacte et cela ne fait que quelques années que tu exerces derrière la caméra. Cependant, quand on voit ton court-métrage "Loin de tout", on a l’impression que celui-ci transpire le professionnalisme de longue date : mais comment diantre as-tu appris le métier?

En fait j'ai juste attendu d'être prêt mentalement avant de me lancer dans ma première réalisation. C'est pour cela que j'ai commencé assez tard. Et je pense que si mentalement on sait ce qu'on veut, ce qu'on aime et ce qu'on n’aime pas, les choses vont plus vite et se passent forcément mieux.
Je ne pense pas en termes d'apprentissage quand je fais un projet, je pense à l'ambiance du projet, son univers et non à ce que cela va m'apprendre. Car même si chaque projet apprend des choses ce n'est pas de cette manière que je réfléchis, ce n'est pas cela qui m'intéresse. Pour moi l'idée c'est d'avoir une ligne directrice et d'essayer de la tenir jusqu'au bout.
Après pour l'aspect professionnel de "Loin de tout" c'est principalement à tous ceux qui ont bossé sur le film à qui je dois ça. Sinon, si j'avais été seul pour tout faire, le film n'aurait pas la même gueule…

"Loin de tout" est un court-métrage mêlant habilement divers registres du cinéma de genre : le fantastique, l’épouvante, le survival sans oublier cet aspect psychologique et tragique. Pourquoi t’être dirigé dans le domaine du fantastique et de l’horreur?

C'est tout simple en réalité. Je suis un amoureux des images, de l'esthétique des images. Et quoi de mieux, afin d'essayer de créer des images marquantes, que le fantastique, où plus de choses sont permises. On peut s'affranchir de certaines situations logiques et ainsi arriver à créer un univers particulier. Ce qui est tout de suite plus complexe dans un film plus réaliste.

Quels sont tes films de genre favoris? Tes realisateurs préférés?

J'aime l'esthétique des films fantastiques espagnols, j'aime le rythme des films fantastiques nordiques, j'aime l'ambiance des films fantastiques japonais, j'aime l'efficacité de certains films fantastiques américains… Un mélange de tout ça et je suis aux anges…
Niveau realisateurs je vais prendre quatre américains (David Fincher, P.T. Anderson, James Gray, Todd Haynes), trois espagnols (Alejandro Amenabar, Jaume balaguero, Fernando Leon de Aranoa), trois français (Jacques Audiard, Michel Gondry, Erick Zonca), deux anglais (Danny Boyle, en oubliant tout de même "Slumdog millionaire" que j'ai profondément détesté, et Sam Mendes), un mexicain (Alejandro Gonzalez Iñarritu), un allemand (Tom Tykwer), un suédois (Lukas Moodysson), une danoise (Susanne Bier), une néo-zélandaise (Jane Campion), un brésilien (Fernando Meirelles)… Voici une petite liste non exhaustive, ce ne sont pas que des réals de films de genre mais ce sont des réals qui n'ont fait que des films que j'apprécie…

Parlons de ton dernier court-métrage "Loin de tout" :

Le scénario de "Loin de tout" semble mûrement réfléchi et est loin d’être habituel. Peux-tu revenir sur la genèse de ce scénario?

Le projet est né par le biais d'un forum internet (Cinéastes & Cinéma), donc le scénario a été écrit à distance (merci Skype!) par Julien Delacre et Sylvain Boïdo. Ensuite je suis intervenu dessus afin d'amener un peu de mon univers et changer (avec Julien et Sylvain toujours) certaines choses qui ne me plaisaient pas, en transformer d'autres etc…
Sous ses aspects ultra classiques et ultra traditionnels, notre but était d'amener au scénario des petites touches d'originalité, de le faire basculer dans différents genres.

Combien de temps a duré le tournage? Avez-vous rencontré des difficultés?

Le tournage a duré 10 ou 12 jours, je ne me souviens plus (j'ai la mémoire qui flanche). C'est beaucoup vous allez me dire pour un court de 15 minutes! C'est exact! Mais à la base le film devait faire 25 minutes. J'ai jeté beaucoup de choses au montage…
Des difficultés : euh… Mis à part le fait d'avoir eu 4 chefs op différents lors du tournage (le premier n'a pas réussi à faire ce que je désirais, il est donc parti au bout de 2 jours ; ensuite ce sont la chef électro et le cadreur qui ont pris le relais ; puis un autre chef op qui n'a pu rester qu'une seule journée ; et enfin Michaël, le dernier, qui est resté avec nous jusqu'à la fin pour les intérieurs de "l'ermite"), mis à part le camping, mises à part les douches extérieures, mis à part le fait que chaque membre de l'équipe a perdu 5 kilos par manque de nourriture insuffisante, mises à part mes deux nuits blanches consécutives lors des deux derniers jours de tournage, mises à part bien d'autres choses. Donc mis à part tout ça on peut dire qu'il n'y a pas eu de difficultés, puisque l'essentiel c'est que le film existe… Mais bon, c'est le lot de quasi tous les courts réalisés avec des budgets ultra serrés.

Et niveau financement? Avez-vous été restreints ou avez-vous pu gérer la situation et obtenir au final exactement ce que vous désiriez?

Bien évidemment avec des budgets limite ridicules (car faire un film de genre avec 3500 euros c'est pas super simple) il faut faire des compromis, des concessions. Il faut bien évidemment trouver des astuces, essayer de tricher au maximum. Il faut que l'équipe soit motivée et que chacun donne du sien comme si c'était son propre film. Mais dans l'ensemble je suis satisfait du résultat compte tenu des moyens que l'on avait, le but était quand même de rendre crédible cet univers et c'était pas si facile à faire je dois dire !

Le casting de "Loin de tout" est de très bonne qualité. Comment s’est fait le choix du casting? Connaissiez-vous déjà des acteurs ou aviez-vous déjà des idées toutes faites de personnes que vous vouliez voir dans votre court-métrage?

Le casting s'est fait à distance en fait. Mon premier assistant, Julien Delacre, a auditionné des comédiens pour tous les rôles. Il a filmé les castings et m'a fait parvenir les vidéos par le net. J'ai visionné tout ça et j'ai fait mon choix sans avoir vu "en vrai" les comédiens. Pour certains j'ai mis du temps à me décider, et de certains choix en dépendaient forcément d'autres. Au final on a quand même eu de la chance d'être tombé sur des acteurs de ce niveau. Même si perso c'est fini ce système, maintenant je tiens aux rencontres et à la prépa avant un film, c'est primordial pour créer des personnages qui arrivent à vivre en quelques images.

Le film se passe en grande partie dans la forêt mais également dans une sorte de cabane en bois bordée par la dite forêt. Où s’est déroulé le tournage exactement?

Le tournage a eu lieu à Villers-Saint-Sépulcre en Picardie. Le tout s'est déroulé chez la famille Czapnik, qui nous a gentiment prêté leur maison, leur jardin et la forêt qui entoure le tout. Sans eux ce n'aurait pas été la même histoire, ils nous ont accueillis avec une telle gentillesse et une telle bonne humeur qu'on se devait de faire le maximum pour que le film soit réussi.

Un passage du film met en scène un ermite sanguinaire tapi au fond d’une vieille cabane délabrée et lugubre, véritable porte des enfers. Qui était chargé des décors et comment cet univers répugnant et inquiétant a-t-il pris forme?

La chef déco se nomme Marion Thelma. Elle était assistée de Louise-Alice Véret, Grégoire Bienvenu et Pierre Quéméré. Et cette petite équipe a fait des merveilles, je n'en reviens toujours pas. En fait ils ont dû recréer entièrement tout l'intérieur de chez "l'ermite" (donc trois pièces différentes) à partir de "rien" ou presque. Tout a été tourné dans une sorte d'atelier qui a été vidé entièrement. A partir de là les choses ont pris forme, du sang par-ci, une main coupée par-là, une langue accrochée au mur etc… Pareil pour les autres pièces aux univers différents pour chacune. Car chaque décor représente un passage dans l'avancement vers la mort.
En fait c'est surtout grâce aux discussions avec Marion Thelma que tout cet univers a pris forme. Et c'est de ça que j'ai envie pour mes prochains projets : créer des univers, des ambiances à force de discussions et d'échanges.

Ce passage nous rappelle instinctivement certains survival movies tels que "détour mortel" ou "wolf creek". En as-tu été inspiré pour créer ton univers?

Bizarrement, je n'ai pas voulu m'inspirer d'autres films pour réaliser "Loin de tout". Dans aucune discussion le nom d'un film n'a été mentionné. Je dis "bizarrement" car effectivement quand on voit "détour mortel" on se dit forcément que l'inspiration est flagrante. Et pourtant non, même si c'est une inspiration totalement inconsciente à mon avis. Car, quand même, le plus marrant dans tout ça, c'est que la chef déco n'avait vu aucun film d'horreur avant, elle partait d'une base vierge, donc elle ne s'inspirait de rien d'existant.

Contrairement à ce que l’on aurait pu penser en arrivant à cette scène où l’ermite découpe sa victime à coups de hachoir, tu choisis de ne pas faire dans la boucherie sanguinaire, le gore qui tache, mais plutôt de rester dans un domaine plus psychologique et dramatique que tu sembles tant aimer. Pourquoi ce choix? Est-ce pour te démarquer de toute cette vague de nouveaux films sanguinolents dont "saw 3" semble être le nouvel initiateur?

Oui, comme je le disais à propos du scénario, on voulait faire un film qui reste, on va dire, "traditionnel", "classique" mais qui s'échappe par moments des sentiers battus, qui s'éloigne un peu pour aller tutoyer d'autres genres. C'est assez important selon moi de surprendre les spectateurs, d'essayer de les amener vers un endroit, un univers auxquels ils ne s'attendaient pas à aller.

"Loin de tout" est passé dans plusieurs festivals durant l’année 2009 et a raflé quelques prix. Peux-tu brièvement nous en parler?

Pour l'instant j'avoue que ça démarre bien. Le film est fini depuis avril et nous en sommes à sept sélections en festivals; dont deux prix (un prix du public et un prix technique). J'espère que ça va continuer comme ça. C'est toujours un plaisir d'avoir l'occasion de diffuser son film en festival et se frotter au public et à ses réactions (car les gens sont partagés sur le film, les avis sont assez tranchés, mais en même temps c'est ça qui est intéressant)

Ton cinéma à toi :

Avec "Loin de tout", tu n’en es pas à ta première incursion dans les courts-métrages. En effet, juste avant celui-ci, tu as réalisé un autre court intitulé "Un peu de toi" que l’on peut découvrir en intégralité sur ton site internet www.pascalmarc.com. Peux-tu raconter rapidement le scénario à nos amis lecteurs?

"Un peu de toi" raconte la descente aux enfers d'une femme abandonnée par son mari et qui, peu à peu, sombre dans la folie meurtrière.

Lors de ce premier court, l’aspect dramatique et psychologique était déjà bien présent. Doit-on comprendre que nous tenons là les principaux ingrédients de ton univers cinématographique?

Oui, j'espère en tout cas…

Que penses-tu du cinéma de genre d’aujourd’hui et plus particulièrement hexagonal?

Ça bouge pas mal en ce moment au niveau du cinéma de genre, pleins de choses différentes voient le jour, il commence à y en avoir pour tous les goûts.
De la même manière il y a pas mal de tentatives en France depuis quelques temps. Je dis tentatives pour deux raisons. La première (j'en avais déjà parlé sur un autre site de cinéma de genre) c'est la distribution. En France on saborde nos films de genre avec des diffusions qui font doucement rigoler, les films sont mal distribués. On les met déjà dans très peu de salles, ce qui fait que de nos jours le film ne reste que peu de temps et n'a pas le temps de faire sa place dans les salles. En plus on ne fait aucune promo en dehors du cercle des amoureux des films de genre, ce qui limite quand même pas mal le public. Pourquoi on ne parle pas plus de ces films de genre qui arrivent en France? Pourquoi en France on en parle comme d'un sous-genre qui n'est là que pour divertir, donc qui a un intérêt limité? On a un problème avec ça en France je trouve, on veut tout intellectualiser, on préfère faire des films d'auteurs chiants car "ça raconte des choses super profondes"… Sinon on préfère mettre un max d'argent dans des comédies, alors que ça ne sert à rien de mettre autant d'argent dans la plupart des comédies que l'on voit à l'écran, avec moins d'argent bien souvent il y aurait le même film. Pourquoi personne ne veut parier sur des films différents, des films de genre qui je suis sûr peuvent trouver leur public en France? Car de tels films ont besoin d'argent quand même afin d'être à la hauteur et d'avoir un univers crédible à 100%.
A cause de tout ça, c'est donc la deuxième raison (je sais c'est un peu le fouillis dans ma réponse!), il est difficile en France encore de faire de bons films de genre, car je dois pour l'instant avouer que les films de genre français sont très inégaux. Je suis souvent déçu pour l'instant.
Mon discours peut paraitre prétentieux mais je suis assez difficile en tant que spectateur et en tant que realisateur aussi. Et j'ai ce discours car je sais que tout ça peut changer si on s'en donne les moyens. Il y a une nouvelle génération de cinéastes (je le vois un peu autour de moi) qui arrive, qui n'a pas peur de faire du fantastique (quitte à se planter des fois). Une génération qui veut que ça bouge un peu, que ça change. Une génération qui veut mettre en avant les images (on oublie trop souvent de faire des images en France!) et qui, je suis sûr, va y arriver. On est tellement nombreux à taper à la porte que je suis persuadé qu'on va arriver à la défoncer cette foutue porte!
Donc au final, mon top 5 des films fantastiques ou horreur français de ces dernières années : "Martyrs" de Pascal Laugier qui pour moi est largement au-dessus du lot. "Haute tension" d'Alexandre Aja, alors que je n'adhère pas forcément à ses autres films. "Ils" de Xavier Palud et David Moreau que j'ai vraiment adoré (dommage qu'ils soient partis aux US faire un film que je trouve inintéressant juste après). "Maléfique" d'Eric Valette, une pure réussite avec peu de moyens. "Calvaire " de Fabrice du Weltz, je sais c'est belge (c'est presque pareil!), mais ce film est tellement bon, tellement puissant que je suis obligé de le mettre.

Dans un futur proche :

As-tu d’autres projets à ce jour?

Oui un projet de court avec Prométhée Productions. Le film s'appelle "A contre corps". C'est un film assez dur psychologiquement et physiquement. Un film noir et sombre, sur un couple qui s'autodétruit. Mais ce n'est pas un film de genre cette fois-ci. Nous en sommes encore à la recherche de financement.

Outre le fantastique, l’horreur et le drame, serais-tu intéressé par d’autres registres (action, comédie, policier…)? Si oui, lesquels?

Policier je dis oui de suite… En fait j'aime surtout les films assez noirs. Je suis très très peu attiré par la comédie, j'aurais du mal à réaliser un film qui ne soit pas au moins un peu "désespéré"…


www.horreur.com a changé de version il y a quelques temps (nouveau design, remodelage intégral). Que penses-tu de notre site? T’y rends-tu de temps en temps?

Je trouve le site très bien fichu. Et je dis ça sans langue de bois. Je ne connais pas le site depuis très longtemps à vrai dire, mais les fiches de critiques donnent envie de découvrir pas mal de films. Ce qui est assez bien car je me rends compte que j'ai quand même quelques lacunes cinématographiques.

Je remercie Pascal MARC de m’avoir accordé un peu de temps pour répondre à ces questions. Horreur.com lui souhaite beaucoup de réussites et de bien belles choses pour l’avenir.

Interview réalisée par David MAURICE le dimanche 5 juillet 2009



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