Affiche française
Cadet | Kadet | 2024
Affiche originale
Cadet | Kadet | 2024
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oui
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Cadet

Kadet

Dans un internat militaire réputé pour sa discipline inflexible, un jeune garçon est confronté à l’apprentissage de l’obéissance et de l’autorité. A mesure que l’institution impose ses règles, peu à peu, quelque chose mue, à la fois dans les murs, mais aussi dans l’enfant lui-même...

Cadet | Kadet | 2024

L'AVIS :

Avec Kadet (Cadet en VF), Adilkhan Yerzhanov ne filme pas la peur comme c’est trop souvent le cas ; il la conditionne. Le film ne cherche jamais la vulgaire démonstration et ne tombe jamais dans la facilité de jump scares. Il préfère l’installation progressive d’un climat, fondé sur la répétition, l’humiliation, et la rigidité du cadre, et ce aussi bien sur le fond que sur la forme. Il ne s’agit pas ici d’une horreur spectaculaire, mais presque administrative, où chaque geste est codifié, chaque regard surveillé. Le choix d’un internat militaire dans un contexte post Union soviétique n’a évidemment rien d’anodin. Yerzhanov filme cet endroit comme un lieu où l’enfance n’est pas détruite frontalement, mais lentement reprogrammée. Le fantastique s’installe également sournoisement. Ce n’est pas une rupture franche et frontale avec le réel, il s’infiltre et se confond presque avec la logique même de l’institution.

Notre jeune protagoniste (interprété par Ratmir Yusupzhanov) n’est pas “possédé” au sens classique du terme. Sa trajectoire et celle du film en général est celle d’un corps et d’un esprit soumis à une pression constante, où la violence physique importe moins que la violence symbolique. Les brimades et autres règles absurdes ne font pas des élèves des hommes, mais des êtres fonctionnels dans une société étroitement modelée.

C’est là que Kadet se distingue radicalement de la majorité des films de genre contemporains. Ici, il n’y a ni catharsis, ni soulagement. Chaque étape de transformation est vécue comme une perte (de singularité, de lien affectif…). La figure maternelle, œuvrant au sein de l’institution en tant que professeur d’histoire, est volontairement tenue à distance. Elle personnifie le dernier vestige d’un monde incompatible avec la logique militaire, mais ne personnifie pas non plus l’idéal maternel qu’on pourrait attendre. Même là, le spectateur n’aura aucun réconfort.

Visuellement, Kadet est d’une rigueur implacable. Les compositions sont presque punitives. Les bâtiments sont à la fois des décors mais aussi des structures mentales. Ces structures soviétiques composent un espace où toute fuite (aussi bien physique que mentale) serait illusoire. La caméra refuse l’empathie facile. Elle observe, souvent à distance, laissant les scènes se dérouler sans parti pris émotionnel. Ce refus du spectaculaire crée une tension sourde, presque clinique, qui rapproche Kadet d’un cinéma de l’aliénation, plus que de l’horreur traditionnelle.

Là où le film impressionne significativement et durablement, c’est dans sa capacité à politiser l’horreur sans jamais la théoriser explicitement, ni tomber dans le militantisme de bas étage qui serait totalement dénué de subtilité. Yerzhanov ne délivre aucun discours, ne brandit aucun message. Tout passe par les mises en situation, par l’accumulation de violences et micro-violences, par la normalisation voir l'institutionnalisation de l’inacceptable. Le fantastique, d’abord très discret mais persistant, agit comme la matérialisation de cette logique. Ce n’est pas ici une force extérieure mais le produit naturel d’un environnement déshumanisant.

Kadet est un film austère, exigeant, parfois inconfortable. C’est exactement pour cela qu’il est essentiel. En refusant les codes contemporains faciles de l’horreur, Yerzhanov livre une œuvre où la peur naît de la normalité même de la violence. Un film qui ne cherche pas à divertir. Il rappelle également que le cinéma de genre peut encore être un outil de réflexion, un terrain d’expérimentation morale.

Cadet | Kadet | 2024
Cadet | Kadet | 2024
Bande-annonce
Note
5
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Mélanie W.