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Nightborn | Yon Lapsi | 2026
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Nightborn | Yon Lapsi | 2026
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Nightborn

Yon Lapsi

Dans la forêt finlandaise, Saga et son mari ouvrent un nouveau chapitre de leur vie. Mais un effrayant soupçon à propos de leur nouveau-né éclipse la joie de Saga et divise son couple alors qu'elle seule se bat contre l'inquiétante vérité...

Nightborn | Yon Lapsi | 2026

L'AVIS :

Avec Nightborn, la cinéaste finlandaise Hanna Bergholm, déjà connue pour Hatching ( Ego), explore à nouveau la métamorphose du corps et ce qui se dissimule derrière les façades. Cependant, tandis que Hatching employait l’entité comme une extension des tourments d’une jeune fille, Nightborn pénètre dans une sphère bien plus personnelle : la gestation, le corps post-partum, l’appréhension de ne pas chérir son bébé et cette sensation effrayante de ne pas incarner la mère que la société anticipe de vous.

Saga et Jon constituent un duo finno-britannique souhaitant ardemment fonder une famille. Ils abandonnent leur existence antérieure pour s’établir dans l’ancienne demeure familiale de Saga, reculée au sein d’une futaie finlandaise. Une habitation qui fut la propriété de ses ascendants et qui représente ainsi, superficiellement, un retour aux origines.

Cependant, chez Bergholm, le retour aux origines implique également l’éveil d’un élément qui, peut-être, n’aurait jamais dû être dérangé.

Dès le début, Nightborn pose l’idée d’un retour aux sources. Saga retourne dans la maison de son enfance, entourée d’une nature presque vivante. Elle connaît bien ce lieu, reconnaît les paysages, les arbres et leurs rythmes. Jon, lui, est l’étranger. Cette distinction est importante. Le couple est aussi un mélange culturel : Saga est finlandaise, Jon est britannique. Il représente une forme de raison, de vie ordinaire et de foi dans les structures. Saga, au contraire, est intimement liée à cette maison et à cette forêt. La forêt devient alors bien plus qu’un simple arrière-plan. C’est une mémoire vivante.

C’est à ce moment que Nightborn se connecte au folklore nordique. Bergholm fait appel aux histoires de trolls et d’esprits de la nature, en particulier cette notion d’un monde naturel peuplé de puissances hors de portée humaine. Le film s’inscrit ainsi dans une lignée de folk horror où s’aventurer dans une nature indomptée équivaut à entrer dans un domaine où les règles ne sont plus sous notre contrôle.

Le folklore finlandais connaît particulièrement le concept de metsänväki, le « peuple de la forêt », qui désigne les entités surnaturelles liées au monde forestier. Nightborn ne propose pas une réplique exacte d’une légende : il mêle plutôt diverses figures et croyances nordiques pour bâtir sa propre mythologie. Et cette mythologie finit par s’intégrer à la famille elle-même.

Saga et Jon souhaitent avoir des enfants. Ils envisagent leur famille, leur foyer, leur futur. Ils désirent presque une vision parfaite de la parentalité. Puis Kuura arrive, et tout de suite, un problème survient.

La naissance est spécialement ardue et brutale. Saga émerge physiquement et mentalement changée de cet accouchement. Son bébé crie sans arrêt, il est couvert de poils, ne réagit pas comme un nourrisson habituel et refuse le lait maternel. Il préfère le sang et la chair crue. Il ne tolère pas non plus la clarté et montre une sensibilité spécifique au fer. En d’autres termes : Kuura n’est pas simplement un bébé « atypique ». Tout dans ses réactions renvoie peu à peu à une essence qui n’est plus totalement humaine.

C’est ici que le film explore une notion captivante : Kuura est-il monstrueux, ou est-ce notre attente de la normalité qui rend monstrueux ce qui est distinct ? Saga est la première à percevoir une anomalie chez son enfant. Mais ses proches peuvent aisément voir cette perception comme un résultat de sa condition psychologique. Et c’est justement cela qui rend la situation si malaisante.

Le véritable monstre du film serait presque l’idée que la maternité doit forcément être une chose joyeuse. Saga est fatiguée. Son corps a vécu un accouchement difficile. Elle ne se rétablit pas comme il le faudrait. Elle souffre, se met en doute et n’arrive pas à tisser le lien que toute nouvelle mère semble devoir avoir. Elle s’attendait à une maternité épanouie, un bébé craquant et l’amour immédiat pour son enfant. Mais Kuura pleure, mord, refuse de manger normalement et semble toujours réclamer quelque chose à sa mère.

Le film convertit ainsi les signes de la dépression post-partum en véritable matière d’horreur. Les incertitudes de Saga peuvent être vues comme des visions, une paranoïa ou une perception venue d’ailleurs. Et Nightborn maintient volontairement cette zone d’ombre. C’est d’autant plus captivant que Saga n’est pas dépeinte comme une innocente sans reproche. Elle aussi projette ses propres désirs sur son bébé. Elle voulait une certaine maternité, une certaine connexion avec son enfant. Quand elle réalise que le vécu ne correspond pas à ce tableau, elle en pâtit. Le film n’affirme donc pas juste : « la société est dure envers les mères ».

Il met aussi en lumière qu’une mère peut avoir du mal à accueillir son enfant quand il ne correspond pas à ce qu’elle avait imaginé.

La question de la filiation devient alors primordiale. Kuura est-il vraiment un enfant de troll ? Et si oui, d’où vient sa nature ? Le film n’offre jamais d’explication généalogique totalement convaincante, et c’est sûrement un de ses points les plus agaçants. Saga a pourtant un lien spécial avec cette forêt et cette demeure. Sa famille semble aussi savoir des choses à son sujet et sur son enfance. Cela laisse penser que Kuura ne serait pas un cas à part. La question devient alors presque une question de sang : qu’a transmis Saga à son enfant ? Pas juste physiquement, mais dans sa culture, sa psychologie et même le surnaturel.

Le film rend ainsi l’héritage familial beaucoup plus troublant. Saga retourne dans la maison de sa grand-mère pour retrouver ses origines et découvre finalement que ses origines sont peut-être bien monstrueuses.

Rupert Grint est particulièrement captivant dans le rôle de Jon. Il n’est pas dépeint comme un père violent ou délaissant. Au contraire, il aspire sincèrement à être un bon père. Il souhaite nourrir son enfant, prendre soin de lui et veiller sur sa famille. C’est précisément ce qui complexifie le conflit final. Jon cherche à trouver une résolution logique à une situation qui échappe à la logique. Quand Kuura rejette la nourriture habituelle et demande autre chose, Saga finit par consentir à lui donner de la viande crue. Jon, de son côté, persiste à vouloir imposer une certaine normalité. Lentement, le couple ne se dispute donc plus uniquement concernant l’éducation de leur progéniture.
Leur dispute porte sur la nature de leur enfant. Pour Jon, Kuura doit être ramené vers la conventionnalité. Pour Saga, quelque chose commence au contraire à émerger : elle accepte graduellement la possibilité que son fils ne soit pas humain. Et cette acceptation va entièrement transformer leur relation.

Tel Hatching, Hanna Bergholm emploie le body horror afin de montrer une métamorphose interne. La naissance n’est pas embellie. Le sang, la souffrance, le corps meurtri de Saga, l’épuisement et les séquelles se conjuguent dans cette terreur très charnelle. Arrive ensuite Kuura. Un nouveau-né velu, affamé, combatif, qui mord plutôt que de sucer et qui semble plus fait pour les bois que pour la demeure.

La créature devient ainsi l’émanation de la maternité elle-même. Un enfant émane du corps de la mère, mais la mère ne le maîtrise plus une fois né. C’est justement ce que fait Kuura : il échappe à la maîtrise de Saga. Pourtant, plus Saga renonce à le maîtriser, plus elle semble s’unir à lui.

C’est à son dernier acte que Nightborn change vraiment de cap. Jon veut finalement reprendre la main. Le conflit est sans retour, et il pense même à se séparer et à avoir la garde de Kuura. Il croit qu’il agit pour protéger son enfant. Mais c’est là que la vraie nature de Kuura se montre. Quand Jon prend le dessus sur Saga, la forêt semble envahir la maison. Les arbres et les branches deviennent vraiment une partie de l’enfant. Une branche transperce Jon et le tue. Puis Saga lui arrache le cœur et le donne à manger à Kuura.

La scène est bien sûr horrible, cruelle et très troublante. Mais elle a aussi un sens symbolique fort. Saga ne cherche plus à libérer son enfant de sa monstruosité. Elle assume son enfant. Même si cela veut dire accepter ce qu’il est. Même si cela veut dire rejeter pour toujours le monde humain dont Jon fait partie. Le cœur de Jon devient vraiment la nourriture de cette nouvelle famille.

Et quand Kuura retourne dans la forêt, il semble que quelque chose se soit refermé pour toujours. La forêt semble presque sourire à Saga. Ce sourire est important. Parce que Saga n’est plus juste une femme qui retourne dans sa maison d’enfance. Elle fait maintenant partie de ce monde.

C’est probablement ainsi que je vois la fin. On peut bien sûr y voir la victoire du surnaturel : Kuura est vraiment une créature hors du commun, il est lié à la forêt, et Saga finit par épouser sa vraie nature. Mais on peut aussi y percevoir une métaphore bien plus sombre sur l’acceptation parentale. Durant tout le film, Saga essaie d’être une « bonne mère ». Elle veut se conformer à l’image qu’elle s’est faite de la parentalité et à celle que les autres projettent. Mais son enfant est monstrueux. Alors, que faire ?

La réponse de Nightborn est aussi troublante que profonde : il faut cesser de vouloir le changer. Jon, qui paraissait pourtant le plus sensé et le plus gentil du couple, devient en fait celui qui veut séparer la mère et son enfant. Il devient le problème.
Et Saga, qui semblait la moins fiable de tous, finit par être celle qui comprend vraiment Kuura. C’est là toute l’ambiguïté du film : Saga a-t-elle perdu la tête ou est-elle la seule à saisir la vérité ? La réponse ultime semble être : les deux peuvent être vrais. Elle peut souffrir d’une profonde détresse post-partum, avoir perdu ses repères et être fragile mentalement tout en ayant parfaitement raison sur la nature de son enfant.

C’est finalement ce qui rend le titre Nightborn, « enfant de la nuit », particulièrement juste. Kuura est un enfant venu d’ailleurs. Il ne supporte pas la lumière, se nourrit de sang, a un corps d’animal et est lié à la forêt. Mais Saga devient aussi peu à peu un « enfant de la nuit ». Elle retourne dans sa maison familiale pensant trouver ses origines, et réalise qu’elles ne sont pas si humaines qu’elle l’imaginait. La forêt n’est donc pas seulement l’endroit où vit le monstre. La forêt est l’origine du monstre. Et peut-être même l’origine de Saga elle-même.

Nightborn n’est finalement pas juste un film de « bébé monstre ». C’est une œuvre sur la différence entre l’enfant qu’on attend et celui qu’on a. Sur la pression mise sur les parents pour qu’ils soient heureux. Sur la culpabilité de ne pas ressentir tout de suite cet amour total qu’on présente souvent comme allant de soi. Sur le corps de la femme après la naissance. Et surtout sur cette idée très simple mais qui dérange beaucoup : aimer quelqu’un sans conditions, c’est parfois accepter ce que les autres jugent inacceptable.

La fin peut paraître abrupte, voire floue, car le film ne prend pas vraiment le temps d’expliquer toute son histoire. On peut notamment rester étonné par la manière dont la nature de troll de Kuura se transmet et par certaines règles du folklore mentionnées puis oubliées par l’histoire.
Mais je trouve justement que ce manque de précision participe aussi à son étrangeté. Nightborn ne cherche pas à bâtir une mythologie très cohérente. Il se sert du folklore comme une force brute qui s’entremêle au traumatisme de la maternité. Et quand la forêt finit par sourire à Saga, il n’y a plus vraiment de séparation entre la mère, l’enfant et la nature. Saga voulait retrouver ses racines. Elle y est finalement retournée bien plus concrètement qu’elle ne l’avait pensé.

Nightborn | Yon Lapsi | 2026
Nightborn | Yon Lapsi | 2026
Bande-annonce
Note
4
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Delphine Greffier