Tueur frappe trois fois - le

Morte non ha sesso - la

L'inspecteur Franz Bulon s'occupe du trafic de stupéfiants. Son supérieur lui met la pression car l'enquête sur un vaste réseau de trafic de drogue piétine. Pire que tout, les principaux suspects qui auraient pu le rencarder et faire progresser l'enquête se font assassiner par un mystérieux tueur. Mais un autre facteur entre en jeu dans le fait que Bulon n'avance pas : son esprit est préoccupé par Lisa, sa femme qui bien plus jeune que lui, et qui déclenche en lui une jalousie maladive qui vient compromettre leur couple...

Tueur frappe trois fois - le |  Morte non ha sesso - la | 1968

L'AVIS :

Réalisateur n'ayant qu'une dizaine de films à son actif, ayant débuté en 1967 avec le western Bandidos puis ayant trouvé la mort dans un tragique accident en 1976 à l'âge de 59 ans, Massimo Dallamano a néanmoins marqué de son empreinte le cinéma de genre italien, notamment grâce à deux célèbres giallos, Mais qu'avez-vous fait à Solange ? en 1972 et La Lame Infernale en 1974. On lui doit également la très sympathique sexy comédie La Belle et le puceau avec Edwige Fenech en 1974 ou le film de possession Emilie l'enfant des ténèbres en 1975 entre autres.

Avant de passer derrière la caméra, il a été un directeur de la photographie réputé, avec à son actif un travail sur Pour une poignée de dollars et Et pour Quelques Dollars de Plus de Sergio Leone, excusez du peu ! Le film qui nous intéresse ici, à savoir Le Tueur frappe trois fois, est sa seconde réalisation. Elle date de 1968 et est régulièrement catégorisée dans le genre du giallo, ce qu'elle n'est pas vraiment en réalité.

Si on a bien un assassin ganté et vêtu de noir qui tue au couteau, point de violence graphique ou d'effets stylisés ici, ni même de suspense ou d'intrigue ayant pour but de nous faire découvrir son identité, qui sera révélée assez tôt dans le film. Le Tueur frappe trois fois est avant tout un film policier, nous présentant un vieux flic proche de la retraite, joué par John Mills, devant démanteler un réseau de trafiquants de drogue. L'originalité du film de Dallamano est d'avoir greffée à cette enquête policière une étude quasi comportementale sur la vie de couple, celui composé par notre vieil inspecteur et sa ravissante épouse dans le cas présent.

Car oui, on sent bien que ce qui intéresse le réalisateur ici, ce n'est guère les rares meurtres au couteau, qui utilisent les codes des proto-giallo voire des Krimi allemand (l'action du film se déroule à Hamboug et le film est une co-production Italo-américano-allemande) ni même l'aspect policier de son film en fait. Non, ce qui retient son attention, c'est les rapports compliqués entre son héros et sa femme, superbement interprétée par Luciana Paluzzi, une rousse incendiaire au passé trouble et dont le comportement, qui ne nous semble pas, à nous spectateurs, particulièrement sujet à interrogation, déclenche des crises de jalousie maladive chez son époux, crises qui viennent continuellement perturber son travail et son mental. Il ne se passe pas une minute où notre inspecteur ne pense pas à sa femme, s'imaginant des liaisons adultères à tire-larigot, stressant quand elle ne répond pas au téléphone, abandonnant ses recherches dans le cadre de son enquête pour aller voir si sa femme est bel et bien à la maison. Une relation un brin toxique, qu'on imagine difficile à vivre pour Lisa, qui fait chambre à part et se sent comme retenue prisonnière dans sa maison, devant toujours justifier ses moindres mouvements, ses moindres sorties.

A bien y regarder, on a là les codes du film noir américain, Lisa étant la femme fatale à la poitrine généreuse, et qui n'est peut être pas aussi blanche colombe qu'on le pense. A ce duo complexe viendra s'ajouter la présence de notre tueur, joué par le séduisant Robert Hoffman. Un tueur à gages, retenu malgré lui par un caïd de la mafia et obligé de remplir ses contrats d'assassinat. Particulièrement superstitieux, il ne cesse de jouer avec une petite pièce en forme de toupie, son porte-bonheur. Quand il va perdre son fétiche lors d'un crime, sa vie bascule, il se sent désemparé, en perte de chance, lui qui n'a toujours pas été appréhendé par la police après avoir pourtant frappé trois fois. Bien sûr, les trois personnages vont finir par se rencontrer, et Dallamano va s'en servir pour attiser encore plus son drame conjugal, avec une idée qu'on devine sans trop de difficulté mais dont on se demande comment elle va se réaliser. Un triangle amoureux semble se profiler, dont les ramifications maintiennent notre intérêt. On retiendra la mise en scène et surtout la photographie du film, Dallamano connaissant son affaire à ce sujet et offrant au public de belles images.

Reste que si vous vous attendiez à un pur giallo, vous risquez fort d'être désarçonnés. La psychologie des personnages est au centre du film, bien plus que les images scabreuses ou violentes, quasiment absentes ici, si ce n'est quelques visions fugaces d'une poitrine dénudée. On se demandera, comme l'inspecteur d'ailleurs, quelle est la signification des tulipes, dont un indic lui a parlé. On n'aura malheureusement aucune réponse dans le film, mais une petite recherche sur le net nous fera comprendre l'allusion à ces fleurs, dont la signification est en effet propice à ce qu'on vient de voir. Le Tueur frappe trois fois est un film atypique, contemplatif la plupart du temps, différent de ce qu'on en attendait au départ, qui nous montre un réalisateur se cherchant encore mais dont on ressent clairement le potentiel.

Tueur frappe trois fois - le |  Morte non ha sesso - la | 1968
Tueur frappe trois fois - le |  Morte non ha sesso - la | 1968

*Disponible en combo DVD-+BR chez RIMINI EDITIONS
BONUS :
- Présentation du film par Stéphane Lacombe (36,30 min)
- Livret Massimo Dallamano, passage éclair par Marc Toullec (24 pages)
https://www.fnac.com/a22681319/Le-Tueur-frappe-3-fois-Edition-Collector…

Note
3
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Stéphane Erbisti