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Troupe artistique catalane mélangeant théâtre de rue et technologies d'avant-garde, La Fura Dels Baus et ses directeurs Alex Ollé et Carlos Padrissa avaient déjà conçu un "Fausto 3.0" pour le théâtre, puis un "Fausto 4.0" pour l'opéra, lorsque leur vint l'idée de compléter cette performance par une oeuvre cinématographique, "Fausto 5.0". N'ayant aucune expérience dans ce domaine, ils firent appel au scénariste Fernando Léon De Aranda, réputé pour son réalisme, afin de s'assurer d'une bonne cohérence narrative, ainsi qu'au réalisateur publicitaire Isidro Ortis et au photographe Pedro Del Rey, dotés d'un solide background en matière de technique.



Chef de service dans un centre de recherche consacré aux maladies en phase terminale, le Dr Fausto (Miguel Angel Sola) n'est plus que l'ombre de lui-même: introverti, inexpressif, usé, il ne se rend même pas compte des sentiments de son assistante Julia (Najwa Nimri) à son égard. Se rendant en train à une convention médicale, des événements étranges commencent à l'entourer...

Arrivé en gare de Barcelone, il est bousculé par un homme, Santos Vella (Eduard Fernandez), qui prétend le reconnaître pour avoir été l'un de ses patients. Loin de lui en vouloir de s'être trompé de diagnostic en le considérant comme incurable, Santos fait preuve d'humour, de familiarité... et commence vite à devenir gênant pour Fausto. A peine ce dernier a-t-il fini par se débarasser de l'importun que son taxi tombe en panne, et voilà Santos Vella au volant d'une voiture, lui proposant de l'amener à sa convention.

Harcèlement? Coïncidence? Peut-être pas. Car quelques temps plus tard, ce sont les désirs les plus inavoués du Dr Fausto qui commencent à se réaliser ...



La Fura Dels Baus serait-elle plus sage qu'elle n'y paraît, ou bien est-ce le budget amputé de moitié en cours de tournage qui est à l'origine de ce résultat?... Toujours est-il que le sentiment qui vient au terme du visionnage de "Fausto 5.0" est pour le moins partagé...

Au niveau du casting, pas de doute, nous sommes en présence de pointures. On suit avec grand plaisir la renaissance du Dr Fausto, Miguel Angel Sola interprétant avec conviction son passage de l'état de quasi zombie à celui d'homme éveillé ayant traversé la folie et l'extase. Eduard Fernandez, en Méphistophélès moderne, nous épate par son charisme, sa vivacité et sa faconde, tandis que Najwa Nimri nous éblouit par sa grâce. A noter, par ailleurs, que la moitié du charme s'envole si on regarde le film en version française...

La réalisation elle-même, grâce aux choix avisés des partenaires qu'on fait les membres de La Fura Dels Baus, tient impeccablement la route, ne s'égarant qu'à de courtes reprises dans des similis clips mal justifiés. Le monde mortifère du Dr Fausto s'exprime dans des couleurs glauques, verdâtres, des décors confinés, minimalistes et glacés, où cî et là ne croissent que les aspects crasseux de l'existence: mentalité crapuleuse et cynique des médecins, autopsie, Barcelone vue sous l'angle de sa décrépitude... Une atmosphère particulièrement réussie, où la magie des voeux exaucés paraît toujours inquiétante.



Mais au-delà, quelle déception... L'aventure vécue par le Dr Fausto n'est, tout au plus, qu'une méchante crise d'adolescence, et Santos Vella une sorte de coach... Se faire sucer par une belle fille, casser des vases de collection, sauter sur les fauteuils du salon... Diable, voilà bien de la démesure... On finirait presque par se demander si les agités de La Fura Dels Baus ne passent pas eux-mêmes leur journée dans un centre de soins palliatifs, à n'avoir trouvé que ces quelques écarts afin d'illustrer le dangereux vertige des souhaits... Oh, attention, voilà que le Dr Fausto boit un verre d'alcool!... Mais ne craignez rien, Méphisto va le raccompagner.

Oui, entendu, l'un des désirs de Fausto est un peu plus sulfureux que les autres, et puis il y a ce cauchemar, ce mort... Mais quoi, c'est tout? Rien d'autre? C'est ça, le mythe faustien? Juste ce pauvre petit monsieur qui s'éclate un coup, Santos Vella n'ayant finalement servi qu'à lui rendre la mesure humaines des choses ?... Voilà de quoi rendre perplexe plus d'un Cénobite! De la même façon que Brian Yuzna se vautre en plaçant le centre d'intérêt de son "Faust" dans la vengeance, ici "Fausto 5.0" rate complètement le coche en le plaçant dans un épanouissement personnel qui semble tout de même assez retardataire, et qui ne prend guère d'ampleur, que ce soit sous l'angle de la métaphysique ou celui de l'horreur.



"Fausto 5.0" est donc un beau film, agréable à regarder, surtout pour la prestation de ses acteurs. Mais pour le reste, qu'on se le dise: n'est pas encore né celui qui saura renouveler le thème du pacte faustien mieux que ne l'a fait tant de fois Clive Barker.








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