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Depuis qu’elle est revenue à la maison suite à une opération de chirurgie esthétique, maman n’est plus comme avant. Le visage entouré de bandages, cette dernière est devenue froide et distante. Pire, elle semble ne plus vouloir avoir de contact avec le monde extérieur. Lucas et Elias, ses deux jumeaux de dix ans qu’elle élève seule dans cette belle maison isolée en pleine campagne, commencent à se demander si cette personne est bien leur mère. En parfaits petits détectives en herbe, ces derniers vont alors tenter de découvrir la vérité…



Ancienne journaliste de cinéma, assistante en réalisation et directrice de casting, Veronika Franz a travaillé comme scénariste et conseillère artistique sur l’ensemble des films du cinéaste autrichien Ulrich Seidl depuis "the bosom friend" en 1997. C’est avec un certain Severin Fiala, avec qui elle a déjà réalisé le long-métrage documentaire "Kern" (un portrait de l’acteur et réalisateur autrichien Peter Kern), qu’elle va alors réaliser en 2014 "ich seh ich seh" ("je vois je vois"), intitulé "goodnight mommy" dans nos contrées.

« Nous aimons être remués au cinéma » annonce Veronika Franz dans une interview lors de la 22ème édition du Festival International du Film Fantastique de Gérardmer. Des propos qui prennent tout leur sens une fois sorti de la projection de ce "goodnight mommy", probablement le meilleur film en compétition cette année-là à la Perle des Vosges. Un film d’horreur psychologique porté sous forme de drame familial, flirtant même avec le registre du paranormal, qui repartira du festival vosgien avec le Prix du Jury Jeunes et le Prix du Jury Syfy (avec qui je suis en parfait accord depuis trois années consécutives maintenant, après les prix décernés également à "you’re next" en 2013 et "the sacrament" en 2014).



Le long-métrage autrichien, dont il est question dans cette chronique, questionne sur le pouvoir des relations familiales, l’identité et l’éducation, mais aussi sur l’amour maternel. Un film très porté « famille » donc, ce qui se ressent dès les premières minutes de "goodnight mommy" où l’on nous montre une famille bavaroise chanter en chœur comme on pouvait en voir dans des anciennes publicités. Une introduction au grain d’image assez sale (effet vieilli), comme pour nous montrer une certaine nostalgie, une vie familiale heureuse et paisible manifestement bien loin à présent dans ce qui va nous être conté ici.

Car très vite cet esprit festif des soirées familiales au coin du feu ou autour d’un bon repas où chants et amusements se succèdent cède sa place à un tout autre univers. Un univers bien plus sombre, comme en témoignent certaines séquences nous parvenant dès le début du film : des enfants seuls, sans parent, qui jouent dans la nature, une maison isolée en pleine campagne, une exploration dans un tunnel où le sol est jonché d’ossements… Des images qui interrogent, un silence qui résonne, un climat peu chaleureux pour ne pas dire carrément froid : nous voilà plongés dans le cauchemar éveillé de Veronika Franz et Severin Fiala.

Malgré un rythme assez lent, "goodnight mommy" s’avère si riche en mystères et suscite tellement d’interrogations chez le spectateur que nous ne pouvons que rentrer dans cette histoire énigmatique et prenante à la fois qui verra son tempo aller crescendo jusqu’à virer dans le torture movie assez violent et réellement dérangeant.
Le casting, et plus particulièrement les trois personnages principaux que sont les deux enfants et leur mère (95% du film sont consacrés à ces trois protagonistes), est d’ailleurs de très bonne facture et attise encore un peu plus notre curiosité et notre immersion dans ce drame familial qui semble se dérouler devant nos yeux. Une galerie de personnages certes très petite mais ô combien remarquable, participant sans nul doute possible à la réussite du projet de Veronika Franz et Severin Fiala.



De "goodnight mommy", nous retiendrons également un découpage du scénario maîtrisé et réfléchi. Tel un conte de fée, nous suivons nos jeunes jumeaux blondinets, parfaite représentation de la candeur, dans leur vie quotidienne faite de jeux en extérieur et autres aventures imaginaires dans les champs de maïs environnants, jusqu’à l’arrivée de cette femme au visage bandé, véritable incarnation du Mal ici (le vilain monstre des contes de fée). Pour Lucas et Elias, cette dame au comportement étrange et au caractère parfois nerveux, souvent entrevue dans la pénombre, a de quoi inquiéter. Très vite, des suspicions et des doutes s’installent dans la tête des deux gamins de plus en plus persuadés que cette femme revenue à la maison le visage bandé n’est pas leur mère.

Est-ce réellement leur mère? Difficile pour ces enfants de répondre par l’affirmative tellement cette femme semble si différente de cette dernière.
Enfant, le moindre détail peut avoir son importance, d’autant plus que l’imagination débordante à cet âge-là n’arrange pas la situation et va rapidement permettre aux doutes de se frayer un petit chemin dans l’esprit de nos petites têtes blondes bien décidées à connaître la vérité. Même si pour cela, ils sont prêts à tout mettre en œuvre, vraiment tout…

Très vite, les rapports de force vont s’inverser au sein de cette petite famille dès lors que les doutes vont s’installer chez les deux jumeaux de dix ans. Dès le début, nous sentions déjà un certain problème d’éducation, un manque évident de suivi parental (des enfants livrés à eux-mêmes, une mère seule et rarement présente du fait de son travail dans les médias, des jeux d’enfants inquiétants comme le fait de jouer avec des cafards ou de mettre le chat dans le vivarium…), bref un équilibre assez fragile dans ce cocon familial dans lequel il suffirait d’un rien pour que l’équilibre soit rompu. Ce rien, c’est justement l’arrivée de cette femme au visage bandé qui se présente comme leur mère mais qui n’en a pas les traits, le comportement et l’attitude.

Alors que cette dernière demande le silence, insiste pour que les enfants jouent dehors sans la déranger, c’est donc sans trop de surprise que Lucas et Elias, présentés depuis un petit moment déjà comme des enfants fort éveillés (bien plus proches de l’hyperactivité que de la passivité), vont désobéir, animés par cette volonté de connaître la véritable identité de cette étrange femme. Très vite, les deux jeunes garçons vont progressivement envahir l’espace de vie de leur mère qui leur est pourtant interdit. Cela commence par des pistages et de l’espionnage (un babyphone placé dans la chambre), jusqu’ici quelque chose pouvant être perçu comme des enfantillages, des jeux inoffensifs. Mais ce qui ressemblait alors à des simples jeux d’enfants dus probablement à une imagination débordante va s’accentuer et donner lieu à une dernière demi-heure dérangeante, pour ne pas dire malsaine, et mettant l’amour maternel à très rude épreuve.

Même si une partie du twist final sera facilement devinée par les plus aguerris d’entre nous (du fait d’un trop grand nombre d’indices laissant percevoir la réalité), la fin de l’histoire racontée par nos deux réalisateurs autrichiens laissera libre cours à votre imagination. En raison de moult indices et petits détails disséminés un peu partout dans le film, chacun se fera en effet sa propre interprétation du scénario de "goodnight mommy", bien que beaucoup d’entre nous préfèreront faire dans le classique et s’adonner à un exercice de réflexion bien moins tumultueux dirons-nous.
Mais il est vrai que cette narration si particulière où nous vivons la situation quasi dans la peau des enfants (débordant d’imagination rappelons-le) a de quoi nous pousser à croire certaines choses, à carrément revoir d’autres interprétations possibles (et jusqu’ici impensables) pour ensuite les confronter entre elles… et garder peut-être la plus rationnelle…



Porté par un casting d’exception, "goodnight mommy" nous livre ici un drame familial basculant dans l’horreur physique et morale avec une grande habilité. Malgré la lenteur du rythme en première partie, le film de Veronika Franz et Severin Fiala nous tient en haleine du début à la fin grâce à cette histoire énigmatique où doutes, suspicions et autres détails troublants viennent tourmenter le spectateur plongé alors en plein mystère.
Quand on y pense, douter de l’identité de sa propre mère et mettre l’amour maternel à rude épreuve comme c’est le cas ici dans "goodnight mommy", c’est tout simplement horrible et c’est ce qui fait la force de ce film autrichien récompensé entre autres à Gérardmer et à Sitges.
Un film hautement recommandable!








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