Affiche française
Drakula Istanbul'da | Drakula Istanbul'da | 1953
Affiche originale
Drakula Istanbul'da | Drakula Istanbul'da | 1953
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Drakula Istanbul'da

Drakula Istanbul'da

Un jeune avocat, Azmi, est envoyé en Transylvanie pour conclure une transaction avec un certain comte Drakula. Arrivé au château, il ne croise le mystérieux hôte que de manière épisodique, une fois la nuit tombée. En explorant les lieux, il découvre que Drakula n'est pas tout à fait humain. Ce dernier se rend ensuite à Istanbul, où il poursuit ses victimes dans les ruelles nocturnes…

Drakula Istanbul'da | Drakula Istanbul'da | 1953

L'AVIS :

On pourrait croire, à tort, que Drakula Istanbul’da n’est qu’une excentricité folklorique : un Dracula en fez, arpentant les rives du Bosphore. Erreur. C’est la première adaptation cinématographique qui ose coller au roman de Bram Stoker jusque dans ses aspects les plus crus, au point de montrer pour la première fois à l’écran les canines acérées du vampire en gros plan. Cette fidélité au roman est toutefois… indirecte. En réalité, Mehmet Muhtar n’adapte pas Dracula de Bram Stoker, mais une traduction turque publiée en 1928 : “Kazikli Voyvoda” (“Impaler Voivode”) de Ali Riza Seyfi. Cette traduction prend de grandes libertés avec le roman d’origine.

Changement des noms et des lieux : Mina se transforme en Güzin, Londres disparaît au profit d’Istanbul. Ce n’est pas un simple changement de décor, cela transforme la dynamique du récit, le vampire n’attaquant plus au cœur de l’Empire britannique mais à une capitale en pleine modernisation. Au-delà du nom, l’équivalent de Mina ici est une danseuse de cabaret.

Atténuation du religieux chrétien : là où Stoker insiste sur les crucifix et la symbolique catholique, Seyfi remplace ces éléments par des amulettes et des références à des superstitions locales. Cette laïcisation partielle permet de contourner la sensibilité religieuse tout en conservant la lutte archétypique entre le bien et le mal.

Modification des intrigues secondaires : certaines lettres, journaux et points de vue multiples disparaissent, au profit d’un récit plus linéaire. Cela supprime la polyphonie caractéristique de Stoker, mais renforce la tension d’un duel entre le vampire et ses poursuivants.

Ces choix de “traduction” influencent évidemment directement le film : Mehmet Muhtar hérite de ce canevas déjà adapté à un public turc, ce qui explique la relative absence de certains personnages secondaires, la forte présence d’Istanbul comme espace dramatique, et la manière dont le vampire est filmé, moins comme un aristocrate décadent que comme une menace concrète et étrangère. Là où Hollywood, depuis le Dracula de 1931, privilégie l’élégance et le mystère mondain, Drakula Istanbul’da ancre son récit dans un réalisme populaire et un imaginaire qui appartient autant au folklore local qu’au roman victorien.

La musique est elle aussi un hybride : quelques accents orchestraux mêlés à des motifs folkloriques. C’est là que réside le charme unique du film : il ne cherche pas à “turquiser” artificiellement Dracula, il l’importe tel un virus qui se mêlerait et s’adapterait au sang local.

Bien sûr, il y a des maladresses : jeu parfois théâtral, effets spéciaux rudimentaires, et un rythme qui oscille entre lenteur sépulcrale et emballement soudain. Mais ces défauts ne font que renforcer l’étrangeté de l'atmosphère. Le film échappe au ridicule par la sincérité absolue de sa mise en scène : Muhtar croit à son vampire, et ça se voit.

Drakula Istanbul’da est une œuvre charnière : elle relie les adaptations classiques des années 20 à 50 à un cinéma de genre plus cru et plus visuel, celui qui dominera les années 60 et 70. Et elle rappelle que le mythe de Dracula, loin d’être une exclusivité anglo-saxonne, s’exporte et se métamorphose selon les terres qu’il infecte. Intéressant pour l’audace, l’atmosphère, et ce délicieux mélange d’exotisme et de classicisme. On aurait presque envie qu’Atif Kaptan revienne aujourd’hui hanter les rives du Bosphore.

Drakula Istanbul'da | Drakula Istanbul'da | 1953
Drakula Istanbul'da | Drakula Istanbul'da | 1953
Bande-annonce
Note
3
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Mélanie W.